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Full text of "La consolation de la Philosophie de Boece. Traduction nouvelle par M. C *** dédiée aux malheureux"

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Q£îe'*J) c*xL 3*~ st&ZtM* 

p^.nJllU*' Æ C ^5 M V, 





LA CONSOLATION 

PELA 

PHILOSOPHIE 

de boece , 




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LA CONSOLATION 

DELA 39006^ 

PHILOSOPHIE 

DE B OE CE. 

Traduction nouvelle par M. C *** 
DÉDIÉE AUX MALHEUREUX. 




A P A R 1 

Chez G O G U É , Quai des Àugufti ns 

près le Pont S. Michel. 



M. DCC. LXXI. 

Avec Approbation t & Privilège du Roi, 



C*te.T 




* * **.*.#.*.*¥¥*'« *VV : ? : «fo 




^ * 7 * 

’ \ 

MALHEUREUX. 

V ou s allez vous moquer de 
t moi > & perjifler ma Dédicace , 
voaj Auteurs à bon titre , qui , 
quoique perfuadés , an moins au- 
tant que le Public , / Æ £ 0/2 ^ 
V£W Ouvrages , /><?«/• en //Ver 
meilleur parti , coure f avec e/n- 
prejfement , en faire hommage à 
la grandeur , o« /ej proflituer çl 
l’opulence. Quelle mal-adreffe 
dire^-vous , dédier f on travail 
.aux Malheureux ! Quel avantage 
,«n peut-il revenir je cet Auteur 
aiij 

VHXSDÏLTOK 

IMotk do Palais des Arts 



yj Ê PITRE. 

toal-avife ? Quel avantage ? Leur 
teconnoijfance , s ils ont le ccéur 
bien fait / & lors mime qu’ils 
/croient les -plus ingrats des konr 
mes , ji je peux , en di/Jipant 
leurs préjugés & leurs erreurs , 
contribuer à la guèrifon de leurs 
antes y ce fera pour moi le plus 
précieux de tous les avantages , 
# la plus fiatteufe de toutes les 
rêcompenfes . 

C efl donc à vous , trifle & 
chère portion de l’kumanité> Mor- 
tels malheureux f parce que vous' 
croyeç l etre , c'efl à vous que je 
confacre cet ouvrage . Il contient 
un remède fpécifque y puis -je 
mieux l adrejfer qu’à ceux qui en 
ont befoin ? Vous viveç dans le 
le Jîécle de la Pkilofopkie y que 



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É P ï T Jü E. vi> 

ia PJùlofopMe foit votre Méd*- 
tiw, Elle a fçucharm&tmtrefoh 
la douleur d’un titu/ïte infortuné j 
(»} pourquoi n aurait-elle pas Jk 
même pouvoir fur nom ? Zifeq, 
médite^ Us Usons vraiment pki* 
lèfopkif&s qu’il vous y Jamè'j 
•vous y apprendre ^ à apprécier 
les biens & les maux ,• vous ap- 
prendre % à être Philofaphes. Ne 
vous y trompe % pas ; la vraie 
Philofophie ejl celle qui ne con - 
noit d autres màûx que l’erreur 
& le vice , ni d’autre bien que la 
vertu, P ourles maux phyjiques , 
comme ils font l’in évitable appa- 
nage de P humanité, la Philofo- 
phie les attend avec tranquillité , 




*üj Ê PITRE. 

hs reçoit avec foumiffion , les 
füpporte avec courage , & s’en, 
confole par la, réflexion. Devenez 
donc Philosophes f : c ’ejl-à- dire 
raifonnàbles y vous ceffere f bien? 
tôt de vous oroire malheureux , 
& dèsdors veus cefferezde l'être. 




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ABRÉGÉ 



DE LA FIE 

D E B O E C E. 1 • 

Nïciüs, ManliusJ 

Torquatüs, SE.VE-* 

RiNus, Boethius, naquit 
à Rome l’an 40 j de J. C. fous 
le Confulat cMEt-iu-s ôc dé 
Studius. Il hérita de fon perc , 
le nom de Boethius; de fon bi- 
faïeul j celui de Manlius Tor- 
quitus ; de Ion trifàïeul , celui 
Â'Aniçius : pour celui de Seve- 
rtms , les uns croient tju’il Vient 
d’une fille de Manlius Tkë'odeiü 
fus , fon bifaïeul , mariée.» un* 
Patricien de la famille dês&pis 
rims, famille Confulairé, ou* 
lin fils , de ce ? mêtne Manliüsÿ 
entré par adoptif danscettç 
. âv" 






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G 3gle 




'X Abrégé 

, rn ^ me Emilie : d’autres pen- 
fent que ce nom étoit annexé à 
la famille des Manlius* conune 
celui de Torquatus, & le font 
dériver de la févérité avec la- 
quelle Manlius Torquatùs fit 
punir fon fils, pour avoir com- 
battu fans fon ordre (a ) , & de 
celle avec laquelle Lucius Man- 
lius Torquatus , chalTa le lien 
de fa préfence , parce qu’il étoit 
Soupçonné de péculat. Quoi 
qu il en foit, les noms que porte 
1 Auteur dont je donne l’ou- 
yrage au public , honorent les 
rafles, de Rome , où ils font 
infcFÛs dès les premiers tems 
de la L République. 





(a) Quoiqu’il eiît remporté la vidtoire , it 
■ « »a»cher la tête. Virgile fait allafion à 

. . i , ; , Switmquc fecHrij 

-ddfpiùé Tbrquéuùsï* * ^ 1 - 




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de la vis de Boece . xj 

* Perfônnb-n’ignore qu?ii yaioit 
déjà long-tems que k race des 
Manlienscomptoitdes Préteurs, 
des Confuls & des Di&ateurs , 
lorfque parut ce fameux Titus 
Manlius , qui , à là vue dés deux 
armées, abattit cé Gaulois d’une 
taille déméfurée , dont Pinfo- 
lente audace avoir ofé défier le 
plus brave des Romains. Cette 
aéfion éclatante valut à Rome 
plus qu’iine vi&oire; & à la fit- 
mille des Manliens , le glorieux 
furnom de Torquatus Ça) , qui 
plus de huit fiécles après, fut 
donné à Boëce , l’un de fes def- 
cendans. ” 



(a) 'Titus Manlius , après avoir abattu ce 
temble ennemi , lui ènliya une efpèce de 
haufle-col 9 ou collier , dont U fe para» Cet 
ornement s appelloit torques 3 , ou pprquîs j 
dont fut forme celui dç Tarquatus * qui fiit 
donné à Titus Manlius , & qui teita à % 
poftém&: " 

va v) 



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: ta ; ra Ce d es Ahiciens, held 
Cédoit en rien à celle des Man- 
iiens, ni pour l'ancienneté , ni 
pour la fplendeur; & elle avoit 
en outre l’avantage particulier 
d être là première entre Je» P a - 
tnciennesj. qui eut. eriibralfé la 
f 01 de JefUs-Chrift (4 p aj . mî 
les îlluftres de ce nom, on com- 
pte eutr autres AniciusSextus 

PetrojJiüs Probus. Ammien 

TifI C 5 Jll r n ’ Aufone &de /Code 
Ihéodofien, en parleat avec 

éloge, &c. C’eft lui qui fut en 

37 1 y collègue de l'Empereur 

(a) Fertwr enim , ante altos gtntrofus \ Aûi, 
cius urbis. 

Mufinaffie caput , fie fe Roma inelhajaflat 
Quin & Olibriaci gentifipte & nominisfùertsl 
^bjeftts faflispalmatâinftgnisab au/a 

f 0 ""' Bruti Mmitterefafces 
^f™MmÇkriftoin C fin&efecurfa 
£• Pni4énfc 



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de la iriè dè J? oêct> 

Gratien dans le Gonfulat", & 
qui étant Préfet du Prétoire, 
envoya faint Ambroife Couver-- 
neur dans la Gaule Cifalpine t 
( le Milanès ) , en , lui difant 5 
allez , agiffez moins en Juge $ 
qu’en Évêque ; ce qui fût re-j 
gardé comme Une efpéce de, 
prédiâion , lorfque, peu de tems 
après , ce fage Gouverneur fut 
en effet élu Evêque de Milan;; 
fon mérite ayant réuni en fa 
faveur les fuffrages unanimes 
des Catholiques & des Ariens 
mêmes. 

Saint Paulin nous apprend 
qu’Anicius Probus, fils de Pe- 
tronius, & trifaïeul de Boëce ; 
eût une réputation fi éclatante 
6 t fi répandue , que , comme uni 
autre Salomon , il attira du fond 
l’Orient des perfonnes auflî 
oiftinguées par leu; fageffe^ que 



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0 



Abrégé 

par leur opulence , qui vinrent 
exprès à Rome pour avoir l'a- 
vantage de le voir & de l’en- 
tendre. Il fit , conjointement 
Avec Probinus fon frere, ériger 
une ftatue à fon pere (a) , fie 
c’eft fans doute aum à leurs foins 
fie à leur piété qu’oneft rede- 
vable de ce fuperbe tombeau , 
où repofent fes cendres fie Celles 
de Faltonia fa femme, qui fut 
fille , femme fie mere de Coil- 
fuls. Ce tombeau fe voit encore 
à Rome , fie ne le cède en ma- 



(a) On y lifoit cette infetiption : 

Sexto • Petronio . Probo, Viro cl . 

Proconful. Africor . Prcefefto. 
fr&torio* quater, Ital'u,, Illyrici , Africa* 
Galliar. Confuli . ordinario. Pat ri, Con/ulum. 
'Anicius. Probinus, vir, cl, ConfuL ordinarius . 
& A nid us. Probus, vir • cl. Quaftor, Candidat us 
filii, muttus, fmgulari, religion* % dcbitum*dc~ 
dicarunc , 



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de la vie deBoêce. 'xv 

gnificence à aucun des anciens 
monumens de cette fuperbe 
ville. Saint Jérôme & faint Au- 
guflin font de fréquens éloges 
des Aniciens; & Claudien ne 
fait aucune difficulté de les re- 
garder comme les plus confidé- 
rables de fes contemporains (a). 

Les grandes dignités étoient 
naturellement dûes à l’héritier 
du nom & des mérites de tant 
degrands Hommes. Audi, dès 
fa plus grande jeuneffe , Boëce 
palfa fucceflivement par les dif- 



(*) Qucmcumque requiris 

Hac de ftirpe virum , etnum eft de Confult 
nafci* 

Perfafies numérateur , femperque renatâ 
Mobilitate virent * <§? prolem fata Jequuntur / 
Continuum fimili fervantia legc tenortm . 

Nec quifquam procerum tentât Jîcet arevetufl ê 
Florent , & claro cingatur Renia Senatu , 
Sejactare parent . . % . „ 



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XVJ Abrégé 

Férens degrés qui l’élevèrent ait 
Conlùlat. Il fut trois fois revêtu 
de cette éminente dignité. La 
première en l’année 487 de Je- 
fus-Chrift j il n’avoit alors que 
trente-deux ans. La fécondé, 

ti* ^ IO * ^ ^ ef niere en 5*2 2i 
JL Êut a ^ ors pour collègue le cé- 
lébré Symmaque , dont il avoit 
fille , après la mort 
d fi Lp 1 s, la première femme.’ 
£ l p 1 s étoit de Sicile , d’une 
maifon extrêmement diftinguée. 
La douceur de fon caraaere, 
«c Ion goût pour les feiences, 
ui firent partager tous les amu* 
femens & les travaux de fon 
illuftre époux * dont elle fit toute 
fa vie les plus cheres délices. Il 
eut d’elle deux fils dun mérite 
fi éminent & fi univerlfellement 
Reconnu, quils furent tous les 
$leux créés Confuls enlexuble j 



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de la vie de Bolet . . xvij 

Ils dévoient être extrêmement 
jeunes, puifque leur pere alors 
n’avoit que quarante-cinq ans.' 
Si l’amour paternel, ou plutôt 
l’amour-propre , jouit avec tant 
de joie de l’idée , fouvent fri- 
vole, de là future grandeur des 
•enfans qu’on laide après foi:, 
-quelle fatisfaâion pour Boëce 
■de voir les liens élevés au prin- 
•tems de leur âge, à cette di- 
gnité fuprême, le but & le com- 
ble de l’ambition de ce qu’il y 
; avoit de plus grands Hommes 
parmi les Romains ? Audi en 
parle-t-il avec tant d’enthôufiaf- 
me , qu’on ne peut lire ce qu’il 
en dit , fans partager fa joie, 8c 
reffentir , comme lui , fon bon- 
heur. Il ne fut pas moins heu- 
reux dans fon fécond mariage 
avecRusnciENNE, fille dé 
Symmaque. Il décrit ayec com» 



% 



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iviij Abrégé 

plaifance Tes excellentes qualî- 
achevé en deux mots 
on éloge > en dilant qu’elle étoit 
la parfaite image de fon pere, 
1-a part que Boece eut pref- 
r que toute là vie au gouver- 
nemént de l’Etat , ne l'empê- 
cha point de cultiver les ta- 
lens, Ôe le goût pour les fcien- 
ces , qu’il avoit reçu de h na r 
ture » & qu’une heureufe édu- 
cation avoit perfeaionnés en 
luu Le lànduaire des Mufes fut 
ion berceau. Dès fa plus tendre 
enfance , il fut envoyé à Athè- 
«es, cette ville fçavante , où les 
Belles -Lettres & les Sciences 
aboient été rétablies, & fleu- 
-nfloient plus que jamais. Il y 

f 3 • X .”.^ lu * t ans ent iers fous 
la difapline des plus grands 
M jL ures > au milieu de la jeu* 
aefle la plus diftihguée en tous 



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de la vie de Boëce. six 

genres, qui s’y raflembloit.de 
toutes les parties de l’univers. 
A une aufli bonne école, & 
avec d’auflî excellentes difpofi- 
tions que les Tiennes, Boëce 
ne pouvoit manquer de faire les 
plus grands progrès; Le grand 
nombre de traités qu’il a écrit 
fur toutes fortes de matières , 
&, qu’il a écrit en maître, en 
font uné preuve bien glorieufe. 
La Rhétorique, la Logique , la 
Métaphy Tique , l’Arithmétique , 
la Mufique , la Géographie * 
l’Aftronomie , la Géométrie , 
ks Méchaniques , la Théologie 
même , furent l’objet de fés étu- 
des, & la matière de fescom- 
pofitions. On vante entr’autres 
deux traités théologiques; l’un 
fur les deux natures &. l’uni- 
que perfonne de Jefus-Chrift , 
contre Eutichès 6c Nejlorius , 



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** Abrégé 

qu'ii adreflï au Pape Jean pre; 
mter, alors Diacre de l’Eelife 
Komaine ; & l’autre fur la Tri- 
nité, qu’il adrefla à fon beau - 

pere Syramaque , où il prouve 

quela Trinité efhunfeul Dieu , 

& non pas trois Dieux. Mais le 
plus fameux de fes ouvrages, 
cft fans contredit celui dont je 
donne ici la traduaion. On ne 
fçatt pas précisent le tems 
ou les autres furent compofés: 

'le fut A eft r évid . e r nt <ï ue celui-ci 
le fut dans fa prifon. La prifon , 

ce heu de ténèbres & d’hor- 
reur 4 devient un féjour lumi- 
neux pour l’homme qui, ren- 

trant en lui-méme, 7çait t i r e r 

avantage du recueillement què 
> fohtude procure , & faire 
ufage de cette vigueur que la 
'captivité donne aux grandes 
fîmes i- loin -que. l’adverfité & 



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de la vit dt Boëce. »j 

la perfécution les abattent % 
plus elles font dépouillées des 
chofes de la terre , plus elles 
ont de force pour s’élever vers 
les ob j ets fpirituels. On l’a dit 
avant moi , & -Boëce çn eft uit 
exemple illuftre, l’homme cou* 
rageux , & l’homme vertueux 
fur- tout , n’çft jamais plus libre' 
qu’au milieu des fers. Mais avant 
que d’y confidérer Boëce , il 
faut dire up mot du fujet de fa 
difgrace; & pour cela, je dois 
reprendre les chofes de plus 
haut. 

Théodoric , fils de Théodé- 
mire , Roi des Oftrogoths j 
ayant été, l’an 485), envoyé ep 
Italie , par l’Empereur Zénon , 
contre Odoaçre , qui s’en étoit 
emparé» défit cet ufurpateur; 

• & l’ayant afliégé & pris dans 
jRaYepnes , quoiqu’il lui eùÇ 



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XXÎj Abrégé 

promis la vie , le fit mourir,' 
f°ûs le prétexte vrai ou faux , 
qu’il avoit attenté contre fa per- 
sonne. Toute l’Italie devint 
ainfi la conquête de Théodo- 
ric j & quoiqu’il ne l’eût con- 
quife qu au nom de l’Empe- 
reur, il la retint pour lui-mê- 
me , prit le titre de Roi, & Je 
conferva , duconfentement mê- 
me de Zénon , qu’il eut l’a- 
drefïe de gagner par une am- 
baflade folemnelle, & par les 
lettres les plus refpeéhieufes. 

^Lorfqu’il fut affermi fur le 
trône, il vint à Rome. Ilfçut, 
f n c hfbile politique, gagner le 
le Sénat par fes maniérés affe- 
bles, & Je peuple par fes lar- 
gefles. Les deux fils que Boëce 
avoit eu de fon premier ma- 
riage, Patrice & Hippace i 
«oient alors Confuls , & leur 



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de la vît de Boèce. ttiij 

pere, le plus confidérable des. 
Consulaires par Ton éloquence 
& par fon mérite , placé éntr’eux 
deux j fit au Roi , au rçom du 
Sénat , une harangue ' qui' lui 
attira les applaudiflemens des 
Romains , & les bonnes grâces 
du Prince. La pompe de ce jour 
fut fi brillante , que faint Ful- 
gence , qui en fut témoin , s’é- 
cria ) plus rempli <le f ji encore 
que d’admiration (a): Que la cité 
de Dieu doit être belle , puif qu’une 
cité de la terre l’eft à ce point ! Eh ! 
quelle doit être la gloire des Saints 
qui contemplent P éternelle vérité , 
pttijquè telle efl -celle des hommes 
amateurs de la vanité ! Boëce fitit 

(?) Qaàm fpeciofa débet ejfe Jerufalem ilia 
«œleftu fi fi c falget Roma terreftris ! et fi in 
hoc jAcuio daturtanti honoris dignitas dili 
* ^ualis honor trUtuètuf 

S« Fulgent. 



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Xâdv <■ Abrlgt /. ;> 

lui-même une élégante defçrk- 
ption de cette fête , au Livre 
Fécond de la Çonfolation delà 
Philofophie, 

Théodoric frappé du mérite 
de Boëce , & voyant d’ailleurs : 
de quelle confidération ce grand 
homme étoit dans le Sénat , lui 
fit un accueil diftingué il en 
vint jufqu’à le faire fon premier 
Miniftre , pofte qu’il méritoit 
en effet par toute forte d’en- 
droits, & principalement par, 
une probité à toute épreuve. 
Mais cette vertu fi oéçefTajre à 
çeux que les Souverains hono- 
rent de leur cpnfiance , ne fert 
fouvent qu’à la leur faire perdre, 
plus vite. Comme elle ne leur 
permet pas de fe prêter aux in- 
juftiçes des courtifans , elle ne 
manque guere de leur en atti- 
rer la hainp > qui par Tes intri- 



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de la vie de Bocce, xxV 

gués fourdes & par ies calom» 
nies , leur attire tôt ou tard les 
difgraces les plus éclatantes; 
L efl ce qu’éprouva bientôt l’in- 
corruptible Boëce. *■ 

Le bon ufage qu’il fit de Pau J 
tbrité dont il étoit revêtu } lui 
attira de puiflans ennemis. Un 
indigne ufurpateur des biens de 
les concitoyens y nommé Coni- 

f° r Ç a de mettre fin 
a les injuftices, un Triguilla, 
grand Maître delà Maifon du 
. ‘ , dont il réprima les entré- 
pnfes criminelles ; un Préfet du 
Prétoire , qu’il empêcha de 
dépouiller par un monopole 
odieux, la Province de Cam- 
panie, une foule de Courtifans 
avides des biens de Paulin , 
ç “jj®* Çonfulaire , & qu’il 
fruftra de leur attente , eti s’op- 
polànt aux prbjetâ de leur in, 

b 




xxvj Abrégé 

fatiable cupidité; un Cyprien , 
délateur infâpie , dont il con- 
fondit la méchanceté ; toutes 
çes làngfiies du peuple, qui ne 
travailloient qu’à l’accabler pat 
des impôts aufli inhumainement 
exigés, qu’artificieufement ima- 
ginés ; gens infiniment plus à 
charge à l’Etat, qu’utilesau Roi, 
auquel il s’en plaignit haute- 
ment ; tous les méchans , en un 
mot, confpirerent à le perdre, & 
ils en vinrent à bout d’autant plus 
aifément, queThéodoricne put 
lui pardonner la grandeur d’ame 
avec laquelle il avoit pris la dé- 
fenfe du Sénat , contre ce Prince 
lui-même, qui faifoit accufer 
ce corps refpeétable du crime 
de lèze - Majefté. D’ailleurs, 
Théodoric étoit Arien, ôc n’a-» 
voit point oublié, le zèle avec 
lequel Boëce aVoif fouteny en 



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de la vie de Boèce. xxvj 

toute occafion la Foi Catholi- 
que , jufqu ? à compofer les trai- 
tés dont j’ai parlé ci-deflus. 

Dès que les ennemis de ce 
grand homme virent le Roi ai» 
gri coritre lui, ils chargeront 
trois d’entr’eux de l’accu fer d’a- 
voir entretenu une intelligence 
criminelle avec l'Empereur Ju- 
ftin - t & ils produifirent à cet 
èffet des lettres füppofées , par 
lefquelles Boëcè paroiffoit trai- 
ter avec ce Prince des moyens 
de rétablir la République à Ro- 
me , & defouftraire l’Italie à la 
domination de Théodoric, Je 
fois que quelques Hiftoriensont 
regardé cette entreprife comme 
vraie, parce qu’elle leur a paru 
vraifemblable. Boëce étoit pa- 
rent de l’Empereur Juftin ( a ) ;ij 

(a) Ils étoient Fun & l’autrp de la race des 
A» ICIEH«. L’Empereur s’appelloit Flavius 

b 




xxviij Abrégé 

étoit Catholique, comme lui, 
$c Catholique zélé ; d’ailleurs 
l’Empereur étoit le légitime 
Souverain de l’Italie ; Théodo- 
xic an fond n’en étoit que l’u- 
furpateur, Ces raifons , qui leur 
ont paru fuffifantes pour jufti- 
fier la prétendue intelligence 
de IJoççç avec l’Empereur , 
leur ont aufli paru fuffifantes 
pour en affûter la vérité. Mais 
fans décider fi pette intelli- 
gence eût été excufabte par 
ces motift , ou fi elle n’eût été 
qu’une infidélité condamnable 
dans un Miniftre auquel Théo- 
doric avoit livré fa confiance , 
f affurerai fans héfiter qu’elle 
n’eût jamais üeu , & que la ca- 
lomnie fenle peut l’en avoir 



Aniciüs Jufiinius > 8c Boëce , comme nous 
gavons dit, s’appelloit An ï cï u $ 'Manlius 
Torquaius Sçvcrinus Boethius. 



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de la Stic de B oëce, xiïx 

âceufé. Je n’en veux 1 d’autre 
garant que lui-même^ Il dit net- 
tement , dans le premier Livré 
de la Confolation de la Philô- 
fophie , que ces lettres , feul fon- 
dement de I’accufâtion , étaient 
faufles , & fabriquées par la ma- 
lice de fes ennemis ; & que leur 
fauffeté eut paru avec éviden- 
ce , fi contre toute juftice , on 
ne lui eût ôté la liberté de con- 
fondre fes délateurs , en empê- 
chant qu’ils ne lui fuffent con- 
frontés («). Après un défavcu 
aufli formel , un homme tel qué 
Boëce , en doit être cru fur fa 
foi. Il avoit trop de droiture & 
trop de grandeur d’ame pour 



(a) Nam de compofitis falfo lituris , quid 
attinetdzcere, Quarum fruits aperte potuijfiu'y 
fi hobisip forum delaeorum confeffionc , quod 
in omnibus negotiis maximas vins - habeu 
De Confol. P hile lib . i. profâ 4. wilicuiflet. 

b iij 



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XXX Abrégé 

trahir la vérité. S’il avoit en 
effet confpiré contre Théodo- 
ric, il auroit cru avoir de juftes 
motifs pour le faire, & il s’en 
feroit fait gloire, loin de fe 
déshonorer par un menfonge 
d’autant plus inutile & plus hon- 
teux , qu’il étoit plus aifé de le 
mettre en évidence par la con- 
frontation. Eh ! qui héfitera à 
décider en faveur de ce véné- 
rable Confulaire, rempli de re- 
ligion & d’une probité fi recon- 
nue, contre un Bazile , chaffé 
du Miniftere , homme perdu , 
accablé de dettes & de crimes j 
& contre un Opilion & un Gau- 
âence , fameux par mille frau- 
des criminelles commifes pu- 
bliquement & juftement pünies 
par un exil honteux ? Reconnus 
pour des fourbes , ils n’auroient 
dû fans doute faire aucune foi 



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de la vie de Boëce. xxx) 

dans l’efprit du Prince ; mais uti 
ufurpateur croit aifément tout 
ce qu’il craint. Ses foupçons 
donnent de la réalité à toutes IeS 
entreprifes qu’il croit mériter 
qu’on faffe contre lui. D’ailleurs 
le courroux des Rois eft terri* 
ble; tout fert d’aliment à leur 
foreur & de ma'tiere à leur ven- 
geance. Théodoric étant ai- 
gri contre Boëce , étoit difpofé 
à embrafler tout ce qui pouvoir 
lui fervir de prétexte à le per « 
dre. Ses trois infâmes délateurs , 
chaffés depuis long-tems de lai 
Gour } y furent rappçllés ‘dès 
qu’ils eurent fait entendre qu’ils 
avoient à dépofer contre lui ; ÔC 
leurs dépolirions, toutes faufles 
qu’elle%étoient , leur valurent 
un parfait rétabliflement dans 
leurs anciennes places, fit leur 
premier crédit. Pour Boëce , 
b iv 



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xxxij Abrégé 

il fut aufli-tôt arrêté > conduit à 
Pavie [a ) , & jetté dans une 
obfcure prifon. Le tyran fe 
hâta de l’éloigner de Rome, x 
où fes amis pou voient beau- 
coup, & fon nom encore plus; 
& il le fit rigoureufement ref- . 
ferrer, afin que n’ayant aucune 
communication 'avec les per-, 
fondes du dehors , il lui fut in* 
poflible de travailler à fa jufti- 
fication. On ne fçait point au 
jufte le tems qui s’écoula entre 
la détention & fa mort ; mais il 
eft vraifemblable qu’il fut affez 
ion£,& il eft certain qu’il l’em* 
ploya très-utilement, puifqu’il 
compofa dans fa prifon plu- 
lieurs traités, & entr’autres cet 

— 7 " — r 

(ü) Cette ville s’appelloit alors Tieinum. Le 
Téfin, Tïcinus , rivierefur laquelle elle eftfï- 
tuée, lui avolt donné (on noms on Ta depuis 
#ppellée Papia , Pavie% 



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de la vie de Boêce. ixxiij 

excellent Livre de la Confola-’ 
tion de la Philofophie. Fortifié' 
contre tous lies évene mens , par 
la confidération des grandes 
vérités qu’il y développe avec 
tant d’énergie , il vit la mort 
fans la craindre , & la reçut en 
héros ; & pour dire encore plus ^ 
en Chrétien {a). 

Je ne rapporterai point leS 
merveilles dont on dit que fa 
moft fût accompagnée : je dW 
rai feulement qu’on la regarde 
comme un glorieux martyre, 

(d) Je ne fçais à ; quoi attribuer Tes diffë- 
fentes opinions des Hiftoriens fur l’année de- 
là mort de Boece. L’Abbé de Fleury dît qu’il 
fut mis â mort l’an £24. M. Macquer, dans 
fon excellent abrégé de l’Hiftoire Eccléfîafti- 
5 ue , ne le lait mourir qu’en 525 ; & B’ertius,, 
a qui nous devons la nouvelle édition latine 
de îa^ Confoladon de la Pbilofopbife , qui a 
paru a Léipfîk en 1755 , ne place la mort de 
3 e m’arrête au féntiment de 
i Abbé de Fleury , d’autant plus qu’il parofc 

b v 



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dont il partagea l’honneur avec 
Syrnmaque , fon beau-pere > & 
le Papê Jean premier, qui fu- 
^njt arrêtés . prefqu’en même-! 
teins qiielui, de qui moururent 
peu dë tems après lui j celui-ct 
des mauvais traitemens qu’il 
efliiya dans fa prifon ; Ôc Sym- 
maque , par le glaive , comme 
fbn illuftre gendre. 

. Théodoric ne facrifia pas im- 
punément à fon fanatifme & à 
fa fureur , ees trois glorieu fes 
viékimes ; la vengeance , ainft 



oue la date énoncée dans foft abrégé eft une 
faute d*impreftIon. Pour Bettius , il ne peut 
faire foi , puilqu il donne à Tbéodoric trente- 
quatre ans de régne j & qu’il n’en regha que 
trente-trois ; & qü’il fait mourir Boece la neu- 
vième année de l’Empire de Juftin ; ce qui ne 
pourroit être, quand même il n’aiurôit été. mis 
à mort qu’en ji 6 , puifque Juftin ne monta 
fur le trône que le £ Juillet f,i8, & confç- 
quemment que l’an fié , n*étbit que le hui- 
tième, ficnon le neuvième de fon r egne. 



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de la vie de Boëce .• £Xxv 

que les autres pallions > peut 
goûter quelque plailir att mo- 
ment qu’elle fe fatisfait ; mais 
les remords la fuivent ordinai- 
rement de bien près , fur-tout 
quand elle eft aulB manifefie- 
ment injufte. À peine Théodo- 
ric eut-il affouvi fon courroux, 
qu’il éprouva un trouble affreux, 
qui empoifonna le peu de jours 
qui lui reftoient , ôc en préci- 
pita la fin. Un jour qu’on fervit 
fur fa table un gros poilfon , il 
crut voir dans le plat la tête 
de Symmaque, qui le regardoit 
d’un air menaçant. Cette idée 
fit en lui une fi grande révolu- 
tion , qu’il fut faifi fur le champ 
d’une fièvre violenté , qui en 
peu d’heures mit fin à fes cruau- 
tés & à fa vie. 

Amalafonte , fa fille , étant 
parvenue à la Couronne , ré- 

b vj 



, y Google 




acxyvj 



. f \ 

Abrégi 



para, autant qu’elle le put, les 

outrages qu’il avoir fait à la 

mémoire de Boëce. Il avoit 
renverfé les ftatues que la re» 
ConnoiiTance publique avoit éri- 
gées à ce grand homme ; elle les 
releva. II avoit confifqué tous 
y s biens ; elle les rendit à Ta 
famdle. Et Théodat fon fuc- 
cdleur, donna la première di- 
gnité de fa Cour à un des pa- 
rens de Boëçe , & lui fit épou- 
fer V n e Princefle du fang royal. 

PT? C i-r ft 5 P ï vi Z même * dans 

lEghfe de S., Pierre, & dans 

une Chapelle dédiée à S. Au- 

guûm, que le corps de Boëce 

fut inhumé. Ôn prétend qu’on 

doit autrefois fur Ton tombeau . 

1 épitaphe fuivante. 



Ci gît le célèbre Boëce,'- 
•Grand fur la- terre & dans les deür ' 
Sur d’injufles fonpçons, il fm dans fkvieÜleL- 



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de la vie de Soêce. ixxvij 

Yaiun tyran crue!, exilé dans ces lieux# 

Pour charmer fa douleur , fecourable fagefle, 
yous vîntes lui di&er un Livre précieux i 
Bientôt après, vi&ime de l’envie , 

4 Frappé dun fer mortel il termina & vie(</)* 

Cette épitaphe fut , dit-on, 
effacée de fon tombeau, lorf- 
que ce monument fut embelli 
par Lüitprand , Roi des Lom- 
bards. On y fubftitua la fui va ri- 
te , auffi avantageufe à fa mé- 
moire ; mais moins déshono- 
rante pour celle, de Théodo- 
ric , de la cruauté duquel on 
n’y fait pas une mention fi ex- 
prelfe.. 



(a) Ecce Bçèthus adeft t in cœlo magnus , & omni 
PerfpeÜuf mundo , miras habendus hotyo • 
Qui Tkeodorico Régi delatus iniquo * 

■ Ticini fenium duxit in exilio. 

In quâ fe m&ftum fotans dédit urbe Ubellum * 
Poft iftus gladio , exiït e medio „ * 





xxxviij Abrégé 

Fameux par mon fçavoir dans Rome SS 
dans là Grèce, 

Quoique trois fois Confui , je fus dân» 
ma vieilleflè 

£xile dans ces ]ieux ou je reçus la mort. 

Mais vainqueur des rigueurs du fort , 
Mon nom & mes écrits couronnés par la gloire r 
Sont gravés pour jamais au temple de mé- 
moire (a). 

Je ne dois pas omettre , en 
finiflant cet abrégé , que TEin- 
pereur Othon III, fit en Tan- 
née ppé , élever à Boëce un 
tombeau de marbre , & que 
Gerbert, qui d’Archevêquc de 
Reims , fut fait Evêque de Ra*« 
venues , & enfuite Pape 9 fous? 
le nom de Silveftre fécond, fit 
a cette occafion les vers fuivans. 



' I a ) A/î&oni& & latiorlingut clarijjîmus , & qui 
Confui tram , hic perii > mijfus in exilium ; 
Sedquem mors rapait* probitas evexit ad auras ± 
Et nunefame viget maxima 9 rivet opus. 



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de la vie de Boëce . xxxht 

Roma pvtens dum jura fuo déclarât in orbe , 
Tu y pater, & patrie, lumen * Sevenne Boethi^ 
Confulis officio reram difponis kabenas , 
Infundis lumen ftudiis , & enfer* nefcis . 
Gncoritm ingeniis , /7Z*/w divina co'crcet ‘ 

Imperium mundi. GladioBacekanie Gothorunt, 
Libertas Romana petit , ni Conful & exul „ ; 
Infignts ticulos , preclarâ morte y relinquis, , 
Niww <fe«tf imper iiyfummas qui pragravat artes, 
Tertius Otho >fuà dignum te judicat aulâ , 
Ætcrnumque tibiftatuit monumental aboris ; , 
£t bene promeritum , mentis exornat honeftis. 

Pendant que Rome donnoit 
des loix à toute la terre, Boëce, 
pere de la patrie , vous teniez , 
comme Conful, les rênes du 
Gouvernement. Vous fîtes bril- 
ler les fciences d’une fplendeur 
nouvelle; vous rendîtes la Grè- 
ce même jaloufe de votre re- 
nommée , dont Téclat remplit 
tout 1 univers. Mais la fureur 
des Goths ayant détruit la Ré- 
publique , vous perdîtes vos di- 



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i 1 ■ 

Xi Abrégé de la vie , &c. 

gnités & la vie , quand Rome 
perdit fa liberté. Aujourd’hui 
Othon III , le foutien & la 
gloire de l’Empire; cet augufte 
Monarque, dont le génie eft 
au-delîus dés fciences les plus 
fublimes , vous juge digne de 
fa Cour. Il vous éléve un ma- 
gnifique tombeau, jufte récom- 
penfe de votre mérite & de vos 
travaux, dont ce fuperbe mo-r 
nument éternifera la gloire. 

Fin de l'abrégé de la. vie de Boécc. 




P RÉ F ACE. 

On l’a dit déjà bien des, fois , & 
Ion va peut être encore le redire à 
mon occafion ; la fureur des tradu- * 
étions devient une maladie épidémi- 
que : c’eft la. manie des petits efprits 
de nos jours, qui ne pouvant rien 
produire d’eux-mêmes ,* fe font Au- 
teurs du chef de ceux qui les ont 
précédés , & qui ont écrit dans des 
langues mortes , ou étrangères. 

Je ne fçais fi je ferai afle2 heureux 
pour éviter ce reproche \ mais il ne 
peut tomber avec juftice que fur ceux 
qui s’attachent à traduire des ouvra- 
ges frivoles & fans mérite , ou qui 
choififiant de bons Auteurs , les tra- 
veftiflent en les habillant à leur mode, 
les défigurent en voulant les rajeunir , 
& leur font perdre , par la foiblefle 



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xJi i P R É F A c E. 
ou 1 infidélité de leurs traduirions , 
la plus grande partie de leur prix. J e 
noferois me flatter d'avoir rendu 
toute la force de mon original ; mais 
je crois en avoir rendu fidèlement le 
ens , & du moins on ne me difpu- 
tera pas la ghire d’avoir fait un bon 
choix. Mon Auteur eft Û célébré , Si 
celui de fes ouvrage» que je traduis* 

fiumverfellementeftimé.quejerra, 

vaiüerois en vain à en relever la gloire. 

Contemporain de Caffiodore & 
des famés Cefàire d'Arles, Fulgence, 

Sidoine Acinaire, réunit 

en lui feul lezèle pour la Religion & la 
cience fublime des uns, & l es talens 
poétiques de l’autre. Auffi tous les 
Auteurs qui fontmentiondelui,n’en 
parlent qu’avec éloge (g)> Le p ^ 

ce ( l° a 3 V " dans rabr %é Je la vie de Boë- 



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Prêt a ce. xliij 

fin , dans fon Homme eTÉtat * en dit 
tout ce qu’on en peut dire de plus 
avantageux j & fi l’autorité de cet 
Écrivain ne paroît pas fuffifemment 
impofante, j’en citerai un dont le té- 
moignage doit être d’un poids d’au- 
tant plus grand , qu’il eft générale- 
ment reconnu pour un Critique auffi 
févere que judicieux j c’eft Jules Sca- 
liger. Voici Tes propres paroles 
thii Severini 3 ingenium j ors *fapien- 
tiaj facile provocat omnes Auclores 4 
Jiveilli Grécifint jfive LatinL « Boëce 
» a écrit avec tant de génie , d’éru- 
w dition & de fagefle , qu’il eft com- 
» parable à ce qu’il y a de meilleurs 
» Auteurs parmi les Grecs & les La- 
» tins ». A cet cloge général ; je n’a- 
jouterai que ce peu de mots de l’Abbé 
Fleury , liv. 3 a , de Ton Hiftoire Ec- 
clefiaftique : « Boëce étoit fort zélé 
» pour la Religion Catholique. Le 



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îcliv P R É F A C E. 

» plus beàu & le plus fameux de fes 
» ouvrages , eft la Confolation de là 
» Philofophie , qu’il cômpofa dans fa 
prifon , & dans lequel il parle di- 
i»» «gnement de la Providence , & de la 
» prefcience de Dieu». Témoignage 
glorieux renouvelle par Macquer^ 
dans fon excellent abrégé de l’Hi- 
ftoire Eccléfiaftique , tom. i. p. 1 6±. 

Albert le Grand & faint Thomas 
( a ) ont fait plus encore en faveur 
de Boëce ; ils eftimoient fes ou- 
vrages, & fur -tout la Confolation 
de la Philofophie , aü point d’eû 



(a) On n'eft pas généralement d'accord que 
ce Commentaire foit forti de la plume du Do- 
cteur Angélique. Quelques Critiques l'attri- 
buent à un Thomas , Angîois de nation, & 
fe croient bien fondés dans leur opinion. Ils 
n'y reconnoiflent pas le ftyle du Doéleur de 
rÉglife 5 ils prétendent y trouver des chofes in- 



/ 



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P R EF AC S» xl* 

avoir fait l’objet de leurs médita-; 
tions & de leurs travaux , d’avoir 
cru rendre à leur fiécle & à la pofté- 
rité , un fervice important , en ex- 
pliquant de commentant cet excel- 
lent ouvrage. La Grece , qui fe glo- 
rifioit de fe fuffire à elle-même , de 
d’avoir répandu par-tout la lumière 
des fçiences, fans avoir rien em- 
prunté des autres nations , s’eft fait 
un mérite de poffeder la Confolation 
de la Philofophie , traduite en fa lan-r 
gue , par Maxime Planude , dont la 
traduftion eft très-eftimée. 

Les autres nations n’ont pas été 



dignes de lui : enfin ils foutiennent que dans 
ce Commentaire , il eft fait mention d’un écrit 
poftérieur à la mort du S.Do&eur; que par 
conféquent il n’avoit pu le citer. Les copiftes, 
difent-ils , ayant lu comment. Thomi. Ang . 
auront écrit Tkome, Angelid , pour Thon}* 
Angli. 



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xlvj P r t FAC E. 

moins jaloufes d’enrichir leurs lan- 
gues de cet excellent ouvrage. Dès 
le neuvième fiécle , un Roi d’outre- 
mer , le traduifit & le paraphrafa* 
Ho s [quinque de Confolationc Philo- 
fophU lïbros) Anglosaxonice quon- 

DAM LIBERIORE PARAPHRASI TRANS- 
TÜLERAT ÆlFRIDUS ReX , QUI OBIIT 
ann o 906. Albert us Fabricius in fuâ 
Bibliothecâ Latinâ . On en a une tra- 
duction hébraïque par Samuel Ben 
Banfchat ; une en flamand , à Gand , 
1 48 5 ; deux en Italien , la première 
par Anfelme Lanzo, en ijioj la 
fécondé par Benedetto Varchi, en 
1 j j 1 j & quatre en Efpagnol j la pre- 
mière, par Antoine de Genebrada ; 
la fécondé, par Albert de Agraio ; la 
troifiéme , par Auguftin Lopès , de 
l’Ordre de S. Béftiard, en 1604 j ôc 
la derniere , par Thomas Tamburini. 

J’avoue ingénuement que quand 



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Préface. xlvij 

j’ai commencé la mienne , j’ignorois 
quil y en eût d’autres en françois ; 
(a) ce fut même un pur hafardquime 
fit travailler à cet ouvrage. Une Dame 
plus recommandable encore par fou 
efprit & fon mérite , que par fa naiC 
fance , m’ayant apperçu un jour lifant 
avec beaucoup d'application la Con- 
folation de la Philofophie , me de- 
manda ce Livre ; & le voyant écrit 
dans une langue qui lui étoit étran- 
gère , elle me pria de lui en traduire 



(a) On en compte lîx; celle que Jean 4 c 
Meun dédia à Philippe le Bel , & qu’on re- 
garde comme la première tradu&ion qui ait 
été faite du latin en françois ; celle de Régnault 
de Louens, à peu prés du même-tems ÿ celle 
de Cis , ou de Gys , peu connue ; enfin celles 
de Malaffis , en x 5 5 8 , de Cérizier & de Re- 
ynier. Je ne parlerai que de ces trois dernie- 
fes , qui font les feules que j’aie pu me pro- 
Wer. 



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iclviij P R É F A C p, 

quelques morceaux ; je le fis à la hâte» 
& fans aucune autre vue que celle de 
fàtisfaire en quelque chofe une cu- 
riofité auffi louable. Peu de tems 
après , je découvris la tradudion de 
Cérizier, Aumônier du Roi. Je la 
prefentai a la Dame qui avoit pris 
du goût pour Bocce; elle ne put fou- 
tenir la ledure de fon tradudeur, & 
m’engagea à le devenir moi-même. 
Je lui obéis j je fis ma tradudion , 
& nous eûmes fur ce Livre plufieurs 
conférences , & quelques contefta- 
tions, dans lefquelles elle fit plus 
d'une fois paroîtrë toute la profon- 
deur d’une métaphyfique naturelle , 
8c toute la juftefle d’un bon efprit. 
La mort enleva cette Femmç refpe- 
dable j & je ne penlai plus à la tra- 
dudion que je n’avois faite que 
pour elle. ; 

Jen y aurois même probablement 

penf^ 



, y Google 




pRrfFA-CE? xlli 
peifé ae fna -vie , G un Auteur avan- 
tageufement connu dans la Républi- 
que des Lettres par la tradu&ion dun 
Livre célébré , Ôc plus encore par fes 
propres ouvrages (æ) , ne m'eut , en 
s'entretenant avec moi, de l'excel- 
lente tradudion qu’il venoit de don- 
ner au public j donné occafion de 
parler de là mienne. U voulut la voir# 
J en inis au, net le premier Livre , 
revu fur la nouvelle édition latine im- 
primée à Léipfick en 1753. Il m'ex- 
horta à continuer l'ouvrage , & à le 
donner au public. Je m'y fuis déter- 
mine d autant • plus , volontiers; , que 
la traduftion de Cérizier a des dé- 



, (a) M, Sigaud de la Fond , qui a enrichi la 
République des Lettres de fes Leçons de Phy- 
lîque expérimentale, d’un fçavant Traité de 
l’Économie Animale, & de la Tradudionde 
Mulferabroek. _ 

€ 



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î Préface. 

fauts«$èatiels. Lu ptofeen eft dure, 
Sç |e$ veç? farcis d’expreflîons im* 
p^qpres , & quelquefois inintelligi- 
bles, Dès le commenpemeur 4u ; pre-, 
laiçr , pocïiepreaûerie 1 

Les faveurs d’Apollon ne m'offrent que det 
plaintes , 

Dans /(fx ***<# de mes yeux , mes grâces font 
éteintes $ 

Toutefois les bienfaits de fa douce bonté , 
Touchés de mes malheurs , mont fouveut 

I/honneur dont autrefois U chérit mon en- 
fance, 

Adoucit le chagrin qui choque ma confiance^ 

Dans les eaux de mes yeux. Ce? 
hémiftiehe ne préfente pas une image 
bien agréable Que les bienfaits de la 
dottçs bonté d’Apollon aient affilié 

î. Cf 4, >. qiioiqne «jrès ? n*d H 

très -improprement exprimé, peut 



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peut-être s’entendit mxut les 
faveurs de ce Dieu , n'offrent que des" 
plaintes ; que fis bienfaits foient tou 
chés des malheurs de Boëce , & que 
thonneur dont il chérit i’enfancè du 
Pocte ^ adouciÆe, le .chagrin. qui en 
choque la confiance , c’eft un galima- 
thias inintelligible. Quel contrafte 
avec leTens de PAuteurt& qui pour* 
roit yreçonnoître I élégance 
nité, de fpaftylp ? 

Ecce miki hBm. d&mtïfwîxnfo * 
Et veris clegi jktibtts-ora rigattt. 
Hasfedtetn nidlus.-potu.it pervincere terrer s 
Ne nefirum CQmitAsprqfèqperetv&r ittù 
Gloriafelicis olim viHiÿfquejuvm^ 

Solatur nufii ttunc ntea fata fetüs. 

II! n’a pas mi£ua ré»fli; P rendre 
tes autres vêts, du aicfnç l»àvre„ 
paefie K. 

Ol 



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li; Préface: 

Hk quondam , Sic. , . < . 



Cçrnebat rofci lumina folis. 



Quin ctiam caujfas unit fonora 4 
F lamina follicitent tquora ponti , 

Quis volvat ftabilem fpiritus orbctn J 
Vel car hcfperias fideus in undas 
Çafurum , rutilo fargat ab ortu . . . . 

* Celui qui fçavoitla caverne 
Qd les fureurs de la galerne 
Conspirent de troubler la mer , 

Et pourquoi cette étoile grimpe » 

( Quand elle s y veut abîmer ) 

Jufques au fommer de lolympe, 1 

Voilà, pu je me trompe , une ver-» 
fification pitoyable , qui , quand on 
en romproît la mefur© , & quon enr 
fugprimeroit les rimes , ne feroiç 



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3gle 




Préface; HiJ 

jamais qiiune pitoyable profe , plus 
propre â déshonorer 1 original en- 
core , que le Tradu&eur. 

Je ne citerai plus que cet autre 
endroit du Livre III, pociîe IIL 1 

: ‘ - ï 

Quoique l’avare ambitieux * f . ' 

Put s’enrichir de tout un monde , 

Et rendre fon corps glorieux 
Des perles qui çaiflent dans l’onde ': 
Bien que cent bœufs dedans fes champs î 
Traînaiïènt le foc & le couftre, " 

Les foins de fes remords tranchans, 
Perceroient fon cœur d'outre eh outre 
Et rien avec lui ne defccnd au tombeau, 
Aufli-tôt que la mort a tué fon flambeau. T 

Un fat peut être glorieux des pier- 
res précieufes dont il fe pare, comme 
le mulet de la fable Pétoit de porter 
1 argent du fifc : elles peuvent même 
rendre fon corps tout brillant ; mais 
elles n’en feront jamais un corps glà- 
rieux * • 

c ii j 



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îiv Préface. 

Les foins de fes remords tranchons 
perceroient Jbn (peur d x outre en outre . 
Quel langage I 

Oa dit» éteindre un flambeau; 
mais , le tuer j. eft une expreiflon éga- 
lement balTe & impropre. 

La prdfe de Céririer eft un peu 
moiftsdëraifonnaMe ; mais on y trouve 
quelques contreviens. Je n’en citerai 
4$u’un exemple livre II , fin de la 
profe IV, ü dit : Comme quoi la vie 
prefente nous peut- elle faire heureux > 
ptàfqu étant finie , wlle tous rend 
misérables ? Boé’ce dit pofitivement 
le contraire. Quonam modo pr&fens 
vkafacere beatos potefi » que miferos 
trajfaeht , non eppicit ? Et il ne 
pouvoir penfer autrement. Car ü la 
jouiflance de la vie nous rendoit heu- 
reux , {a perte ferok notre malheur; 
& fi fa perte ne contribue point a 
notre infortune » il eft certain que 




ïtLiin ces tir 

û. pôffeièoft nè faifbit pas notre fë- 

lîcîté. 

En VôÜa àifêz pôut faire rëgârder 
là fradü&ioh die Cériziër cômmé nôii 
avenue 4 ahs h R"é|)ubliqüe des Lët- 
, ôu dû moins comme rie pou- 
vant pas ÿ étiré d’urié gràride litîïiré ; 
8c cependant elle a eu un tres^gland 
nombre d cditrons y âàht h dèa ifemë 
à été faite a Paris en 164$. Ètevrbit- 
elle donc cette bonne fortune à là 
Corifolatioft dô la Théolôgië, que de 
Cërifeièr à jôiritdè fon fcHôf à celte dè 
là Phitofôphié, 8c qu’il a ( pair üriê 
adocîatioh aÔez éxtraordînairè j dé- 
diée tout à ta fois àu Sairit-Efprit ± 
qu’il àppellé le foulas de nos larmes 3 
8c fe divine panacée dé routés nos 
douteurs y & au Cardinal de Richè- 
lieu, auquel il dit : « MaThéôlogie* 
35 toute ingratë qifellë eft dés affai-‘ 
* rës du monde , fljait àiSféz qùe fans 
c iv - 



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ivj Préface. 

” votre a ppui 3 elle n’en doit promet 
» tre à perfonne. ... . Elle a même <ï 
«peu d’opinion de fes forces & de 
»fon adreffe , quelle appréhende- 
s> d avoir befoin do la confolation 
” quelle veut dbnner à l’infortune , . 
” fi vous ne 1 afliirez de l ‘honneur de 
* VOS bonnes grâces.» On peut Juger 
4 e cette Conioiation de la Théologie , 
par la legere efquifle que je vais en 
tracer. 

Le héros de cet ouvrage eft Pierre 
Angelerey appellé Pierre de Moron t 
du nom de la iolitude , où , félon de- 
Cérizier , il jeûna fi rigo uteufemen t 
qiîe dans tout un Carême, il ne man- 
gea que cinq petits pains & huit oi- 
gnons ; 8c il y éroit fi retiré , qu’il 
demeura trois ans dans un trou de 
terre y quiferyoit plutôt^ étui que de- 
demeure à fon corps, . Cet Anachorète, 
quon pouvoir appeller fa Sainteté, 



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Pré F a ce. ilvij 

ifttmé avant fon exaltation, fut , con- 
tinue plaifamment de Cérizier;, tire 
des fpelonqucs d’Italie , par les Cardi- 
naux qui depuis deux ans empéchoient 
le Saint-Efprit défaire un Pape j 
qrçi s’accordèrent enfin à placer le 
faint folitaire fur le trône de S. Pier- 
re. Il y monta fous le nom de Céle- 
ûin V J mais il ri ’y refta que dix-huit 
mois. Le dégoût des grandeurs & fon 
attrait décidé pour la folitude , le por* 
terent à abdiquer la triple Couronne. 
Peu de Souverains ont donné à l’uni-, 
vers ce fpeftacle étonnant ; & parmi 
ceux qui ont fait de pareils faerifices, 
Pierre de Moron eft peut-être le feul 
qui n’ait point éprouvé de repentirs. 

Mais fi fa profonde piété l’en ga-v 
rantit , elle ne le garantit pas des 
mauvais traitémens que lui fit éprou- 
ver la barbare politique de Boni-, 
face VIII, fon fucceffeur , qui ne 




Ivüj Pué face; 

pouvantfe perfeader qu’on perde aifé- 
menrlegoût de régner, craignoit que 
fon prédéceflèur ne proteftâr contre 
fon abdication, & ne remontât fur fon 
&ége. Il le tint donc renfermé dans 
Bn cachot affreux , où il mourut au 
bout de dix mois , foit de mifore ou 
de maladie , foit d’une mort vio- 
lente, comme quelques Hiftoriens 
ïont écrit. 

Quoi qu’il en foit , c’eft cet illu- 
Are malheureux que de Cérizier a 
choifi pour le héros de fon Livre. 
La Théologie, pour le confolér , fe 
fort de la plupart des motifs dont la 
.Philofophie a fait ufâge pour confo- 
lfer fiocce , & elle y en ajoute quelr 
ques autres que la Religion lui four- 
nit , & fur-tout ceux qu’elle rire de 
la patience & des fouffrances des 
Saints , de la fainte Vierge for le 
Calvaire * & de Jefos - Chrift foi- 




PkifAC t. lit 
même* U U représente fit* k Gtdix j 
& fou ittoginàîion écHaüfFéë à 1 k vue 
du fang qtie ce divin Sauveur y ré- 
pandit, en fait éclore auprès deCufco 
au Pérou , le grakdtilëj fteur , dit-il , 
que fa natüré à criicffiéé, éc qu*U dé- 
peint ainfi. 

Son tronc toujours penchant & las ; 
Sorti du fang qui la fait naîtrè, 
Soutient fon corps d un échalas , 

Pour marquer l'a croix de mon maître; 

Le fer qui perça fon côté 
Dans fa feüillê formé une fanée f 
Et nous dépeint la cruauté 
De la plus cruelle fouf&ance. 

Pour porter le deuil d*un grand Roi ; 
Sa ffeur doit êtie violette, 

Et rien que fbri trifle convoi 
Ne doit compofer fâ rofette. 

Uh délicat filèt de fang, 

Fait le^ rebords de fa figure;; 

Le feul vermillon de leur rang,' 

Met du mélange à fa teinture. 

cv) 



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“ : P R È f A C E. , 

Cinq rougeurs diftinguent Ton fond ; ' 
Dou naît le corps d’une colonne , 

De qui la pointe fe confond * 

Dans les replis d’une couronne. 

Toutàla cîme de la fleur, , 

On voit trois clous de Couleur noire 
Qui nous montrent dans leur pâleur , . ’ 
Ceux de qui parle notre hirtoire. * 

Le tems deiïeche ce fleuron. 

Pour nous produire des ddlices ; 

Sous la jaune peau d’un citron , 

. Qui peint le fruit de /es fupplices. 

n dit enfuite qu auprès, de cette 
métamorphofe , celles d’Ajax & d’Hia- 
cintfie ne lui caufent pas plus de 
transport que le pavot & l’abfymhe; 
-que celle de Clitie -.lui donne moins 
d’ardeur qu’une feuille d’ortie ; que 
celle d’Adonis ne flatte ni fon cœur 
ni fa mémoire ; & que celle de Nar- 
cilTe eft un fujetde rebut: il eft pour* 
tant à remarquer que fyr ccfujet de 



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Préfaçe. lx) 

rebut , il a fait précédemment unç ef- 
péce de romance de plu$ de deux 
cens vers, que la raifon défapprou- 
veroit, &que la Théologie n’auroit 
jamais dû prononcer. S’il avoit vécu 
du tems'dè Defpréàux , ce fage cri- 
tique lpi auroit crié : 

Non, je n’approuve point en un fujet chrétien. 
Un. Auteur follement idolâtre & païen. 

‘ La Philofophie de Boëce a fait un 
digne emploi de la fable; mais la 
Théologie de de Cérizier ne pouvoir 
bienféamment s’en fervir. Ce Poëte 
bifatre finit fa métamorphofe par cette 
apoftrophe finguliere. 

Doux zéphir créateur des fleurs! 
Change mon cûeur en un calvaire ÿ 
Donnez-moi ces belles douleurs , 

Ceft une fleur de cimetiere. 

Et un pareil Livre a eu douze édi- 
tions ! 



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ImJ PrÏ.p a ce; 

La traduction que le P. Régnier ' 
Chanoine Régulier , ht imprimer iî 
y a près de cent ans, elt incompara- 
blement meilleure que celle dont je 
viens de parler. Mais i® elle eft de- 
venue fl rare , que ce n’eftque depuis 
très-peu de tems que j’ai pu la ren- 
eontrer, malgré bien des recherches ; 
& probablement je ne l’aurois jamais 
lue , fi le même Auteur qui m’a. en- 
couragé à achever ma traduction, ne 
le fiir donné bien des peines pour me 
ta procurer, a®. Elle eft, comme 
I original, écrite en profe 8c en vers} 
ce qui fait , à mon gré,, une bigarure 
tres-défagréable. Ce reproche tombe, 
je l’avoue , fur l’original lui-même, 
autant que fur le traducteur. En effet, 
la poëlîe de Boëce ferait toujours 
’nn eontrafte frappant avec fa profe , 
quand celle-ci ferait plus élégante, & 
que l'autre le ferait moins. Ce qui 



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Préface. ' Ixiij 

eft défaut dans l'original , ne peut 
jamais bien figurer dans la tradu- 
ûion. 

Ce n’eft pas que je défapprouve 
ie fentiment de ceux qui penfent que 
les Poètes gagnent beaucoup à être 
traduits en vers. La Mothe Houdart 
av.oit la raifort fon cois , & il aurojt 

eu tout l’avantage dans la conteftation 
mue à ce fujet entre MadâmeDacier 
& lui , fi fa traduâion de l’Iliade 
en vers François, n’eüt été beau- 
coup inférieùre à celle que fa partie 
adverfe avoit faite très-élégamment 
en profe. Mais pour que les Poètes 
gagnent à être traduits en vers, il faut 
qu’ils (a) foient traduits par de vrais 



(à) Le P. Regnier, quoiqu’incomparable- 
meat meilleur Poète que de Cérizier, ne l’eft 
pas toujours également. Par exemple ,Ü rend 
ces deux têts dtrLivre premier, poSGe pre- 



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lxîv Préface. 



Poëtes : or l’efpéce en eft rare ; & 
dans le petit nombre , il en eft très- 
peu dont le génie créateur daigne 
sabaiffer à habiller en vers lespen- 
fées d atftrui. D ailleurs un ouvragé 
tel que celui de Boëce , ne pouvant, 
dans fa partie profaïqùe , qui en'fait 
plus des trois quarts , être convena- 

miere, ou Boece parle du changement de ü 
fortune , 

Nunc quia fallactm mutavït nubila vultum , 
Protrahit ingratas impia vitas moras 9 

par cette fiance : 



Maisïorfque la fortune infidèle & changeante 
Commence â m’affliger , \ 

J’invoque le trépas , & U trépas Sab faite , 

De peur de m'obliger. 

Cette exprefïïon, de peur de m s obliger » eft 
tout-i-fait profaïque. Cette autre , le trépas* 
s ab fente» n eft bonne ni en profe ni en vers 5 
fe je ne fçais comment elles ont pu échaper 
Regnier, qui en général eft allé* correéi * 
# quelquefois même élégant. 



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Préface. Ixv; 

blemetit traduif en vers ; quand j’aü- 
rois eu les talens poétiques , dont je 
me confefle très-dépourvu, je n’en 
aurois pas moins pris le parti de tra- 
duire le tout en profe, afin d’éviter , 
une diflonance difgracieufe , & de 
ramener les deux parties difparates à 
celte unité de ftyle, fi recommandée 
(d). C’eft ce que j’ai eflayé de faire : 
fi je n’y ai pas réufli , une meilleure 



(a) Boileau condamne avecraifon celui qui. 
Art port, / . i . 
Follement pompeux , dans fa verve indifcretre , 
Au milieu d’tine églogue , entonne la trompette. 

On en peut dire autant des ouvrages tels 
que celui de Bo'êcej chaque genre a fon ton 
qui lui eft propre : c’eft une faute eflentielle 
que de le varier dune maniéré qui tranche 
trop avec ce qui précédé & ce qui fuit ; & plus 
grande encore , fi ce changement contraire 
d une maniéré trop frappante avec la nature 
du fujet que Ton traite. 



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N P*iràci 

ptame que h mienne, excitée par 

mon exemple , pourra reprendre, 

Se y travailler avec pità de fitecès. 

a ne me refte plus qu’^ donner 
toe notice générale de 1 ouvrage, 
qai mettant fous les yeux tout l’en- 
femble des cinq Livres qu’il cbn- 
tKnt ’ ^ plus d’efièt que des foim 
placés àk&ed* cfe* 
que Livre en particulier. ' 



<(|ÎL*.JS S> 




,» Google 





PR £ C I S 



DES.CINQ LIVRES.. 

fioBcï, vi&ime de k calomnie» ^ 
dépouillé de toutes fes dignités & de 
tous lès biens , déplore , dans la pri- 
fon où il eft renfermé , le changement 
de fa fortune ; il en fait k peinture 
1a plus vive. 8c k plus touchante : k 
Philofophie , fous k figure d’une 
femme majeftueufe, vient leconfo- 
Ier. Elle commence par éloignet de 
lui les mufes profanes, qu’elle re- 
garde comme des confolatrices fri- 
voles , & meme dangereufes j puis 
touchée de compaffion de voir un de 
fes plus chers éléves dans une con- 
llernation déshonorante , elle déiOle 
fes yeux , fe fait connoître à lui , 8c 
lui rappelle quede tout tems les fages 
8c les gens de bien ont fbuffert les 
plus cruelles perfécutionsf dé la parc 



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3gle 




Ixviij Précis 

des méchants , qui, pour être puif- 
fa ns de en grand nombre , n’en font 
pas moins méprifables. Elle lui ap- 
prend que le vrai fage eft à l’épreuve 
de tout. Boëce juftifie fa conduite , 
qu’il met en oppofition avec celle de 
fes perfécuteurs ; il détruit les accu- 
fations intentées contre lui ; il témoi- 
gne toute la douleur qu’il relient, 
& route la furprife qu’il éprouve en 
.voyant les Sénateurs, dont il a été le 
plus zélé défenfeur , fouferire à fa 
condamnation. Il eft cruellement pei- 
.né de penfer que Ion exil peut porter 
atteinte à fa réputation; de voir que 
la perverfité triomphe , tandis que la 
vertu gémit dans l’oppreflion. Dans 
l’excès de fon chagrin, il s’adrefle à 
Dieu, & le prie avec ardeur de jetter 
un regard de Providence fur la terre , 
où les htommes femblent être entié^ 
renx^gt abandonnés au caprice de la 



des cinq Livres . Ulx 

fortune, La Philofophie convient de 
tout ce que Ion éléve dit pour fa jufti" 
fication ÿ mais condamnant fa dou- 
leur & fes plaintes , elle fait une coutte 
expolition de tous le motifs de con* 
iblation qu’elle doit lui donner dans 
le relie de l’ouvrage : & pôur qu’il 
puifle les goûter avec plus de fruit f 
elle l’exhorte à fe défaire des préju** 
gés & des pallions qui dérpbent au$ 
yeux des hommes les vérités les plus 
lumineufes Sc les plus nécelTaires. 

La première de ces vérités , ç’eft l xv# 
que la perte de fa fortune ne mérite 
pas fes regrets autant qu’il le penfe. 

Elle lui en dépeint l’inconftance & 
les caprices. La fortune elle-même 
vient fe juftifier. Elle apprend aux 
hommes qu’ils n’ont aucun dyôit aux; 
biens qu’elle tient fous fon empire j 
qu’ils lui doivent des aétions de gtaçe 
quand elle les leur pr|$e;* ôcii’oaf 



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bat Préçis 

point àfe plaindre quand elle lès en 
dépouille. Elle leur reproche de n’être 
jamais contents , parce qu'ils font in* 
fatiables dans leurs defirs. La Philo* 
fophie enfuite rappelle à Bocce les 
glorieux événemens qui lui font arri- 
vés , de la félicité dont il a joui : féli- 
cité paÜàgere , il eft vrai , mais en 
cela femblable à toutes les chofes 
dici-bas : félicité d’ailleurs dont il 
n’eft pas entiéremenr privé, puifqu’it 
lui refte encore bien des avantages' 
préférables à la vie même , de qui 
foffiroient au bonheur de beaucoup 
d’autres. Au refte, le vrai bonheur eft: 
en nous-mêmes , de nqn pas dàns les 
chofes du dehors, qui peuvent nous 
être ravies à chaque inftant. La Phi- 
lofophie établit enfuite cet étrange 
paradoxe , ou plutôt cette importante 
vérité , que la mauvaife fortune eft 
feuvent plus avantageufe à l l feom* 



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< les cinq Livres. |xxj 

tne , que la plus éclatante profpérité. 

Ce n’eftpas que la fëHeité ne foie 91* 
la fin à laquelle tous les hommes 
tendent par un penchant invincible }, 
mais ils la cherchent tous par des rpu* 
tes différentes , qui ne les y conduifent 
jamais. Les riclieffes ne rendent point 
l'homme heureux. Il n’en a pas be~ 
foin ; un rien ftfifit à la nature , rien 
ne fuffit à là cupidité , que la poflef* 
lion des richeffes enflamme de plus 
en plus , $c ne contente jamais. Les 
dignités ne font pas le, vrai bien , 
puifqif elles ne rendent pas meilleurs 
ceux qui les pofledent}& que loin 
de concilier aux médians Peftime pu* 
blique, elles ne font que mettre leurs 
vices dans un plus grand jour* Le 
pouvoir fouverain , toujours j^orné * 
quelque grand qu'ilfbitj loin de faire 
le bonheur d$ Phonème , fait fouvent 
foa malheur* Le feuV empW defini 




Ixxij Précis ' 

ble , eft celui que l’homme exerce 
ftr fespaflîorts. La gloire & la no- 
bleflè ne font point notre félicité ; la 
première , outre qu’elle • fe trouve 
toujours étroitement concentrée dans 
un petit efpace. de tems _&c de lieu , 
eft fouvent plutôt l’effet de la faulfe 
opinion des peuples , que du mérite 
de ceux fur lefquels elle -répand fon 
luftre j & 1 autre nous eft en quelque 
lbrte tout-a-fait étrangere , puifque 
nous la devons bien , moins fouvent 
Lnos vertus, qu’à celles dé nos ancê- 
tres. Les voluptés font trop gçoflie-r 
tes , detrempces de trop d’amertu- 
me , & trop communes; aux brutes 
mêmes, pour être le vrai bien., En 
quoi confifte-t-il donc, ce vrai bien? 
quelle eft fa nature ? Pour en obtenir 
la connoiffance , la Philofophie s’a- 
drefte à l Êtrefitptême par une, invo-f 
nation fublime.,; ^c ; eUe fait i?oir : eii 

fuite 



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des cinq Livres» lxxii j 

fui ce que la fouveraine béatitude ne 
peut être qu’en Dieu, puifque Dieu 
feul eft le bien fuprêtne , l’unité par- 
faite , premier principe & fin derniers 
de toutes choies. 

Mais fi Dieu eft le fouyerain bien, Liv. IV. 
comment fonffte-t-il le mal , & le. 
lailTe-t-il impuni ? comment fouffre- 
t-il que les mécjians profpérent , 
tandis que les juftes font dans l’ad- 
verfité ? Objection que fait Bocce 
dans l’excès de fa douleur ; & à la- 
quelle la Philofophie répond que le 
vice ne refte jamais fans châtiment , 
ni la vertu fans récompenfe ; que les 
gens de bien , au plus fort de leurs 
affligions , font toujours heureux j 
leur vertu eft leur propre récom- 
penfe j elle les éléye jufqu’à Dieu ; 
elle en fait en quelque , forte des 
Dieux i & que les méçhans au con- 
tt*"® font toujours réellement mal? 

d 



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Ixxïr Précis 

heureux , & d’autant plus malheu- 
reux, qu’ils commettent plus de cri- 
mes » & qu’ils relient plus lortg-teitts 
impunis. Ils font lans aucune véri- 
table puiflànce , puifqu’ils n’en ont 
que pour le mal. Ils fe dégradent eux* 
mêmes de la qualité d’hommes , & fe 
rabaiflent au-deflous des plus vils ani- 
maux. Mais avoir comment les chofes 
vont en ce bas monde, ne femble-t-il 
pas que tout s’y fafle au hafard ? La 
Philofophie répond que l’ignorance 
feule peut avoir cette opinion ; ma U 
que quiconque fçait ouvrir les yeux 
à la lumière, & mûrement réfléchir, 
commît aifément que tout eft dirige 
par la Providence de Dieu. Mie en 
juftifie là conduite, en découvrant 
les vues de fe fàgéfle , qui fçaît tiret 
Je Bie» du fein du mal même. D'après 
ïettë cbofolante tétité , la Phifofm 
phië conclut que chacun doit être 



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des cinq givres. JxxV 
montent de fan fort , quel qu’il foit, 
puifque tout entre dans l’prdre des 
delFejns de la divine Providence. 

Mais 6 tout eft fournis aux ordres Liy. y, 
de la Providence, jufqu'au deftin me- 
me , Sc ce qne le vulgaire appelle ha- 
fard 3 tout eft donc prévu par Dieu , 

& prévu de toute éternité ? Tout ce 
qui arrive , arrive donc nécefïairer 
ment j & dès lors l’hpmme n’étant 
plus libre , ne peut rien mériter ? Ainfi 
il perd la plus douce & la plus pui£> 
fante confblation qu’il puiflfe recevoir 
dans fes fouffrances , puifqu’il en re£ 

fent route l’amertume , fans en ppu- 

yoir .tim.r aucun avantage i.C’eft ici 
eù Beëce triomphe. Il tire de la métv 
phyfique la plus abftraite, & en même 
tems la plus fcavantë fa plus lumi- 
neufe, dés raifonnçmens victorieux* 
par lefquels il démontre l'àçcord par- 
fait dé la prefcience de Dieu avec la 
dij 



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ixxvj Preàis dés cinq Livres^ 

liberté de l’homme. Et après avoir 
menace les mechans des châtimens 
terribles que la juftice de Dieu leur 
prépare, & annoncé aux gens de bien 
la récompenfe qui les attend , il finit 
par exhorter tous les hommes à fe 
porter au bien avec ardeur , puifque 
toutes leurs a étions feront jugées par 
un Dieu fouverainement jufte, & 
qui voit tout (a). 



(a) Je ne dois pas diffimuler que dans 
tes preuves des grandes vérités qu’il établit, 
Boece ufe en quelques endroits de répétitions 
& “ e quelques argumens , qui ne font pas 
peut-etre auffi folides qu’il feroit à defirer. 

aïs je n ai pas cru devoir pour cela les 
uppnmer. J ai entrepris de montrer mon 
Auteur tel quil eft, & non de le réformer. 
V ailleurs ces endroits font extrêmement rares ; 
mais ils font voir que dès le cinquième liécle, 
onfaifo.it quelqu’ufàgede cette dialeélique ex- 
ceflivement fubtile , & quelquefois minutieufe, 
qui s eft depuis emparée des écoles, oü elle a 
cxctct trop long-tems un empire abfolu* 



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APPROBATION. 

J’ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chan- 
eelier, la nouvelle Traduction de la Confo - 
lation de la Philofopkie , par Boëce ; & je n'y 
al rien trouvé qui m'ait paru devoir en empê- 
cher l'impreffion* A Paris , le 8 Août 1770. 

Signé MARIE* 



PRIVILÈGE DU ROI. 

L OUIS, PAR LA GRACE DE DlEU, 
Roi de France et de Navarre: 
A nos amés & féaux Confeillers les Gens 
tenant nos Cours de Parlement , Maîtres des 
Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand- 
Confeil > Prévôt de Paris ,Biùllifs , Sénéchaux, 
leurs Lieutcnans Civils, & autres nos Jufti- 
ciers qu'il appartiendra: Salut. Notre amé le 
fieur J ear-Bapti^e Gogué , Libraire , Nous 
a fait expofer qu'il defireroit faire imprimer & 
donner au Public un ouvrage ayant pour titre : 
Pe la Confolation delà Philofopkie , par Boèce > 
l'il Nous plaifoit lui accorder nos Lettres de 
permiflionpour ce néceffaires* A ces c auses,’ 
jrouîant favorablement traiter l’Expofant , Nou$ 
lui avons permis & permettons par ces Préfen-j 



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Cf s , de taire imprimer ledit ouvrage autant de 
fois que bon lui femblera , & de le (aire vendre 
& débiter par tout notre Royaume , pendant 
le tems de trois années confécutives , à compter 
du jour de la date des Préfentes. Faifons dé- 
fenfes à tous Imprimeurs, Libraires , & autres 
perfonnes, de quelque qualité & condition 
qu’elles foient , d’en introduire d’impreflion 
étrangère dans aucun lieu de notre obéiïïance. 
'A la charge que ces Préfentes feront enregi- 
ftrées tout au long fur le regiftre de la Com- 
munauté des Imprimeurs & Libraires de Paris , 
dans trois mois de la date d’icelles; quel’im- 
preflion dudit ouvrage fera faite dans notre 
Royaume, & non ailleurs, en bon papier & 
beaux cara&eres ; que l’Impétrant fe confor* 
mera en tout aux Réglemens de la Librairie , 
& notamment à celui du io Avril 171$ , à 
peine de déchéance de la préfente Permiflion; 
qu’avant de l’expofer en vente , le manufcrit 
qui aura fervi de copie à l’impreflion dudit ou- 
vrage, fera remis dans le même état où I’appro- 
„ bation y aura été donnée , ès mains de notre 
très-cher & féal Chevalier, Chancelier Garde 
des Sceaux de France , le fîeur de Maupeou j 
qu’il en fera enfuite remis deux exemplaires 
dans notre Bibliothèque publique, un dan* 



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ieêfle de notre château du Louvre, & un dans 
celle dudit fieur deMaupeou; le tout à peine 
de nullité des Préfentes. Du, contenu defquelles 
vousmandons & enjoignons de faire jouir ledit 
Expofant & Tes ayans caufes, pleinement & 
parlement, fans fouffrir qu’il leurfoit fait 
aucun trouble ou empêchement. Voulons qu’à 
la copie des Préfentes, qui fera imprimé tout 
au long au commencement ou à la fin dudit 
ouvrage ,foi foit Ajoutée comme à l’original. 
Commandons au premier notre Huiflïer ou 
Sergent fur ce requis, de foire , pour l’exécu- 
tion d icelles, tous a&es requis & nécelfaires, 
fans demander autre permifiion ; Sc nonob- 
liant clameur de haro , charte normande, 8 ç 
lettres à ce contraires; car tel eft notre plaifir. 
Donne a Paris, le cinquième jour du mois de 
Décembre l’an mil fept cent foixante-dix , & 
de notre régné le cinquatite-fixiéme. Par le 
Roi en fon Confeil. Signé LE BÈGUE. 

Regiftréfur le Regiftre XVIII de la Cham* 
bre Royale 6» Syndicale des Libraires & Im- 
primeurs de Paris , n 9 1150, foL 1 8 6 , con- 
formément au Règlement de 1713. A Paris * • 
fie 11 Décembre 1770. 

Signé A. M. Lottin l’aîné, Adjoint. 

JS)e l’Imprimerie de Ph. D. PIERRES, 17714 



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ERRA TA . 



Epîcre dédicatoire, pag, vij. lig. 7. qu’il vous 
y donne, life{ qu’il vous donne. 

Pag. x. %/ie de r nier e de la note , Torquatus, 
life[ Torquatum. 

Pag. 1. lig. 8. ce fouffle, life ç le. 

50. %. il. qui nous , life £ qui vous. 
33. //g. 14. étonné 9 lifii étonnée. 

Pag. 48. //g. 1 3 . qu’on vous voiç , life^ qu on 
vous croie. 

Pag. 67. lig. u.fupprimei <3 UC votre erreur. 
Pag. 70. lig . 6. cet or, life^ l’or. 

Pag. 71 . not. videre , life ç videres. 

Pag. 71. lig, z j. l’ayânt logé , /// ayant logé. 
Pag. 81. lig. 17. ne répétera pas , ///^ ne 
refpeélera pas. 

Pag. 83. lig , 8. en leur faifant, life7 en leur 
en faifanr. 

Pag. ni. lig. 4. qui s'en trouve, life { qu’il 
en trouve. 

Pag. 14*. lig, 13. lâil, life { là il. 

Pag. 181. lig. 11. au contraire qn\ t fuppri* 
me\ qui. 

Pag. 10 6. liff. I r, ne s’y rafraîchir, lifer ne 
va s’y. 

\ 



. IA 

ïfcrf - &•'? v-- : - 



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LA CONSOLATION 



D E 

i 

LA PHILOSOPHIE. 



=e«ss 



II V RE PREMIER. 

Utrefois l’enjouement dé 
f A jf luamule repondoitauxagré- 

«NN»? ^ens de mon âge , & à la 
• 1,1 t , en deur de ma fortune ; 

aujourd’hui les plus trilles accens corn 
viennent feuls au déplorable état où 
je me trouve. Les Mufes qui m’inf- 
Pirent , font couvertes de vêtemeils 
lugubres & l es larmes fincéres qui 
coulent de leurs yeux, font bien voir 
que ceft avec raifon qu’elles em- 
pruntent 1 appareil 6c le langage de 
la douleur. Mais ni la douleur, ni 

A 



VILLE DI LYOK 

BibliotL du Palais des iru 



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LàCohfolation ) 

la crainte, n’oht pu les empêcher (îé 
me fuivre dans mon adverfité. Là 
gloire & la profpérité de mes premiè- 
res années., font Tunique conlolatioi? 
des malheurs de ma vieilleflè. Vieil- 
1 elfe prématurée , fruit funefte de 
mon infortune ! mes jours coûtaient 
tranquillement , la douleur en a pré- 
cipité le cours. Mes cheveux ont 
blanchi avant lage, & dans le milieu 
de ma courfe , mon corps foible & 
tremblant fuccombe fous le poids de 
mes chagrins. Ah ! la mort eft , fans 
doute , le plus grand de tous les biens, 
lorfqu’après avoir refpeâté les jours 
d’une belle vie , elle fe hâte d’exau- 
cer un malheureux qui Tinvoque j 
mais la cruelle eft fourde aux voeux 
des miférables. Ils ont beau (a) h 
jprier, elle refufe de. fermer des yeux 

■■■ M. ' y. r — — ■? i ' r# 

( a ) J’ai cru pouvoir conferver cette exprefe 
: £on de Malherbe , dans fon beau Quatrain. 

Jéi mort a des rigueurs à nulle autre pareille , , 
On a beau la prier , 

IJt cruelle qu’elle eft , fe bouche les oreilles # 

Et nous Uiftc çtier* 



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de la P hilofopkie, ^ 

?üi f° nt «W?» aux larmes. J* en fais 
j tr ÿ e expenence. Jaloufe autrefois 
des biens fragiles que la fortune .V 
«onftante me prodiguoit , prête de 
ni en dépouiller , elle ouvrit le tom- 
beau fous mes pas; & aujourd’hui 
due je fuis dans laffliûion, elle fe 
plaît a me lailTer vivre , & parce que 
mon fort eft malheureux, eue femble 
vouloir qu’il foi t éternel. O mes amis 
que vops vous êtes trompés , lorfque 
vous avez tant vanté mon bonheur ! 
Une fortune auffi peu durable que la 

aiienneenméritoit-eUeienom? 

trift« r- qUeje m ' occu P°is de ces 
ttiftesp e nfe es , & que j’exhalois ainfi 

jfi*? * j apP f r ^ us , a “-delTus de 

52“^ do , nt lafpeâ infpi- 
ï°it la vénération la plus profonde. 

Éds dÎi^P einSdefe “’ ® tolent mille; 

p . us P e rçans que ceux des hom- 
“les; les couleurs les plus vives au* 
«ondoient fa force ; £ v J ueur Te 

TonT fOUlt l 1 — 1 3 u wqua fon 
■ pp f r ^, t blen fa naiffan- 

ZtiOftyf 6 Çe 5f, des hommeÿ 

^ plus âges de ce fiécle. Il étoit dif- 

Aij 



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if La Confolatvon 

fie ile de connoître la hauteur de fa 
raille, car quelquefois elle ne paroif- 
foit pas au-delfus du commun des 
hommes , 3c quelquefois elle fem- 
bloit toucher aux nues , les pénétrer 
même, 3c dérober fa tête aux regards 
curieux des mortels. Ses vêtemens 
étoient compofés du tiflu délié d’une 
matière incorruptible , fait avec un 
art admirable , 3c de fes propres 
mains \ comme elle me l’apprit elle- 
même dans la fuite. Leur éclat fem- 
bloit un peu obfcurci par un nuage lé- 
ger, femblable à cette efpéce de fu- 
mée , qui par fucceflïon de tems, s’atta- 
che aux vieux tableaux } au bas de fa 
robe on voyoit la lettre n, 3c au haut 
la lettre*©, brochées dans l’étoffe , 3c 
entre ces deux lettres on remarquent 
différens degrés en forme d’échelle, 
par lefquels on mohtoit de la plus 
baffe, à la plus élevée (a). On remar* 

1 ■ ! r — t ■ — - 

(a) La Philofophie portoit la lettre initiale 
Je fon nom au bas de la robe , & la lettre ini- 
tiale de la Théologie, au lieu le plus élevé, par 
jefjpeft pour cette feienee-diviae, pour paarj 



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de là Philofophie ♦ sj 

jquoit auffi .qu’en quelques endroits fa 
robe avoit été déchirée par des mains 
violentes , 6c que chacun en avoit ar-* 
taché ce qu’il avoit pu. Dans fa main 
droite, cette femme majeftueufe te- 
noit des livres, & dans la gauche , elle 
portoit un fceptre..AufIîtôt qu’elle eût 
apperçu auprès de mon lit les DéelTes 
de la Poëfiex)ccupées à diéfcer des vers 
à ma douleur , elle les regarda d 4 un 
air de dédain, 6c les yeux erincelans, 
qui eft-ce dont, dit-elle , qui a ofé 
introduire auprès de ce malade ces 
méprifables courtifanes (a)? Incapa- 
bles d’apporter alicun remède a fa 
douleur, elles l’entretiennent au con- 
traire , par des poifons d’autant plus 
dangereux , qu’ils paroiffent plus 
doux. Ce font elles , qui par des fen- 
timens frivoles, étouffent les fruits 
folides de la raifon j elles accoutu- 

9 u 5 r 9 ue ^ première, on s’élève à f autre, 
infenublement , & par degrés. 

( a ) La Philofophie les appelle courtifàn- 
nes, fans doute , parce qu’elles proflituent 
trop fouveût leurs talens au menfonge , & au 
mal» 

Aiij 



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$ La Confolation 

ment le cœur aux maux qui le dév<£ 
rent, mais elles ne Ten délivrent pal 
Séductrices ! fi vos catefles ne nous 
enlevoient que quelque profane mon- 
dain , ( car ce font là vos Conquêtes 
ordinaires, ) je ne m’en chagrinerais 
pas , je n’y perdrais rien. Mais vous 
avez tenté de furprendre un de mes 
plus chers éléves. Eloignez-vous, per- 
fides Sirènes, dont Tartificieufe dou- 
ceur conduit les hommes à leur per- 
te. Sortez ; c’eft aux chaftes Mufes 
que je protège , qu’il appartient de 
prendre foin de ce malade. A ces 
mots , cette troupe affligée , confufe , 
fortit au plutôt , pour aller cacher fà 
honte. Pour moi, dont les yeux noyés 
de larmes n’avoierit pu encore re- 
connoître cette femme qui partait 
avec tant d’empire, je fus faifi d’éton- 
nement , ôc les yeux baiffés , j’atten- 
dis en filence ce qu’elle ferait dans la 
fuite. Alors elle s’approcha de moi, 
& s’afïéyant fur mon lit, elle regarda 
en pitié l’abattement extrême où la 
douleur m’avoit jetté j ôc elle fe plai- 
gnit en. ces termes du trouble ôc 



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de la Pkilofophié* 

du découragement où elle me voyoitq 
Hélas! dans quel gouffre profond 
I’efprit de l’homme s’abîme-t-il ? 
Dans quelles ténèbres , fermant les 
yeux à fa propre lumière , va-t-il fe 
plonger , lorfque fon cœur eft en 
proie aux foUcis dévorans’ qu’aug- 
mente & qu’enflamme ce fbume ae } 
ta cupidité des chofes de la. terre! GS 
Philofophe accoutumé à jouir du fpe- 
ûacle de la nature entière, lui qui* 
s’élevant jufqu’aux deux , * mefuroit 
fa courfe du foleil & de la lune y & 
fuivoit les aftres dans les différens, 
cercles qui Js décrivent. Lui qui s’ap- 
pliquoit à connoître cet efprit tout 
piaffant , ame & moteur de l’uni- 
vers , qui fçavoit pourquoi les altres 
ibrtent des mers orientales , pour fe 
Coucher dans celles d’hefpérie : lui 
qui s’occupoit à pénétrer l’origine de 
ces fouffles impétueux qui agitent les 
flots de Pocéan j qui recherçnoit avec 
tant de foin ce qui , dans les beaux 
jours du printems , fait éclore les 
fleurs , & ce qui , dans la faifon fer- 
tile de l’automne , fait mûrir les rai- 
Àiv 



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8 La Confolation 

fins fur nos coteaux: lui qui avoit in- 
terrogé toute la nature , 8c s’étoit ef- 
forcé d’en pénétrer tous les fecrets : 
cet efprit n éclairé * eft plongé dans 
les ténébtes : cet homme fi libre eft 
accablé du poids de fes chaînes : cette 
ame qui s elevoit jufqu’aux cieux, eft 
contrainte de ramper honteufement 
fur la terre ! 

Mais il vaut bien mieux m’occuper 
a guérir ce malade, qu a me plaindre 
de lui. Alors me regardant fixement, 
eft-ce donc toi , dit-elle , que j’ai nourri 
de mon lait , que j’ai élevé avec tant 
de foin? Eft-ce toi dont j’ai pris plai- 
frr à fortifier l’efprit & le cœur? 
Comment t’es-tu laifle vaincre ? Je 
r’avois donné des armes qui dévoient 
té rendre invincible j fans doute, tii 
n’en a fait aucun ufage. Me recoh- 
riois-tu? Tu gardes le filence; eft- 
ce par honte , ou par étonnement ? 
Plût au ciel que ce rut par une honte 
falutaire ! mais je le vois , c’eft 
un ftupide abattement qui t’ôte la 
parole. Comme elle s’apperçut que 
non-feulement je mobftinois au fi- 



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de la Philofophk; £ 

fence , mais que j’étois fans mouve- 
ment , elle porta fa main fur mon 
cœur. Il n’y a point de danger , s 5 écria- 
trêlle j ce n eft.qu une. léthargie, ma- 
ladie ordinaire aux efprits féduits par 
Fillufion. Il s eft un peu oublié jfui- 
mème, ii fe recounoîtra, fans doute, 
en me reconnoiflànt. Mais pourra-t-il 
me reconnoître tant que le nuage des 
chofes terreftres offiifquera fa Vue ? 
Aulficôt pour le diffiper, elle eftiiya 
avec fa robe, mes yeux prefqu’éteints . 
par l’abondance de mes larmes. t ’ 

^.lors lcpaifle nuit qui les couvroît 
fe diifipa lubitement j ils recouvrè- 
rent leur première force, & leur pre- 
mier éclat: ainfi quand le vent ora- 
geux.du midi raflemble les nuages , & 
que tout le.ciel femble devoir fe fondre’ 
en pluie \ le foleil eft caché, èç les 
aftresdelanu^t neparoiflant point en- 
core, la terre eft couverte d’épailfes té- 
nèbres: mais file froid Borée defcend 
des montagnes de Thrace, il balaie Fa£ 
mofphére par fon fouffle impétueux } if 
force les barrières qui retenoiçnf ; le 
jour captif, de le foleil plus vif & plus _ 
Av' 



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fô ,f La Confolatiort 

Brfilant, reparoi t aux yeux des mot 5 * 
relsfurpris & charmés delafplendeur 
de Ces rayons. 

C’eft ainfi que les nuages de ma 
fofnhre douleur s’étant diffipés, je 
coitimençai à jouir de la lumière ; & 
mon elprit éclairé en même-tems que 
mes yeux, fut en état de connoître la 
main charitable qui travailloit à ma 
guérifon. Eh quoi ! m’écriai-je, en 
voyant que c’étoit la Philofophie ; o 
v vous! qui m’avez élevé dans votre 
fein, mere féconde de toutes les ver- 
tus ; vous daignez defcendre des 
cieux pour venir habiter avec moi le 
trifte lieu de mon exil. Seriez-vous 
donc aufli impliquée dans les fauffès ac- 
, cufationsqu’onmefufcite?Avez-vous 
pu penfer , mon cher Elève , me répon- 
dit-elle , que je vous abandonnerais 
dans vos malheurs , & que je refufe- 
rois de partager avec vous la perfécu- 
tion à laquelle vous n etes en but 
que pour 1 amour de moi ? Je croi- 
rais faire un crime lï , dans de pa- 
reilles circonftances , je me féparois 
un inftant <Tün innocent fauflemenc 



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de la Philo fophie* 1 1 

Sccufé , & dont la caule eft la mien- 
ne. Peiifez-vous que de pareilles ac- 
cufations foient capables de m'inti- 
mider ? Rien de ce qui vous arrive 
ne peut m’infpirer ni furprife, ni 
frayeur ; j’y fuis accoutumée. Eft-ce 
donc la première fois que les méchans- 
ont fait courir à la îageflfe les plus: 
grands dangers ? Dès les premiers 
rems avant la naiflance de mon illu- 
lire éléve Platon ,. j ai eu de grands; 
combats à foutenir contre la folle au- 
dace des hommes. Du vivant de Pla- 
ton, Socrate fon maître, triompha, 
par mon fecours , des horreurs d’un 
fupplice injufte. Après fa mort glo- 
rieufe, la feéke d’Epicure , celle de* 
Zenon, 8c beaucoup d'autres, préten- 
dirent être les légitimes héritiers de* 
fes fentimens. Chacun: voulut par la 
violence , le* mettre en polTeflion de 
ce fçavant héritage y. je m oppofai de 
toutes mes forces à leur ufurpation 
mais comme chacun d’eux s'efforçoit 
de m’attirer à lui , ils déchirèrent cette 1 
robe que j’avois tiffue moi-même, 8c 
ils fe glorifièrent de. ce qui leur en? 

A ri 



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12 La Conf dation 

refta dans les mains, comme fi en fë 
retirant ils m’avoient entraînée toute 
entiére chacun de leur côté. Il y eut 
même beaucoup de gens qui, ne ré- 
fléchiflant point aflèz , les crurent du 
nombre des miens , parce qu’ils les 
virent parés de quelques lambeaux de 
mes livrées ÿ & ils fe laiflerent féduire 
imprudemment par les erreurs de 
cette multitude profane. Mes éléves 
ont été mille fois perfécutés. Ànaxa- 
gore fut exilé, Socrate fut empoifon- 
né, Zénon fouffrit la plus horrible 
torture j fi vous ignorez ces exemples 
de la cruauté des hommes , parce 
qu’ils font étrangers à votre patrie , 
vous ne pouvez ignorer les malheurs 
d’un Cavius, d’un Sénéque , d’un So- 
ranus , dont la mémoire eft auffi ré- 
cente, que célébré. Inftruits de mes 
maximes, il les pratiquoient ; la pu- 
reté de leurs mœurs condamnoit la 
perverfité des médians > voilà la feule 
caufe de la perfécntion dont ils furent 
les viftimes. Faut-il donc s’étonner fi 
notre vie eft agitée pat tant de tem- 
pêtes,puifque nous nous faifonsgloirjt 



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r âe la Philofopkie ; ?5! 

fle déplaire aux méchans. Leur nom- 
bre eft infini, fans douté, mais il n’en 
n’eft pas moins méprifable. Sans loix 
6c fans guide , ils ne fuivent que les 
mouvemens déréglés dune fureur 
aveuglé. Si nous fournies quelquefois 
obligés de céder à leurs violences , 
notre chef nous retire dans un fort im- 
prenable : delà nous les voyons s’oc- 
cuper à piller les bagages que nous leur 
abandonnons. Nous nous moquons 
de leur folle avidité , qui s’attache à 
des chofes fi viles & h méprifables ; - 
6c nous bravons leur rage impuiflan- 
te , du haut de nos remparts inaccef- 
fibles à leur audace. 

Rien ne peut ébranler celui qui 
fijait régler fa conduite^ méprifer les 
événemens, fouler aux pieds le deftin 
impérieux , & regarder d’un œil égal; 
la bonne & la mauvaife fortune. Ni la 
mer irritée lorfqu’elle appelle les tem- 
pêtes du fond de fes abîmes ; ni les vol- 
cans impétueux’, lorfque du haut de. 
leür cime entrouverte , ils roulent, 
des torrens de foufre & de fumée y 
ai la foudre des Pieux, lorfque gron- 



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(f'4 'Lee Confofarioii 

dant dans les airs, elle s’annonce pa t 
de$ filions de flammes ^ & menace les 
plus hautes tours de^ les réduire en 
cendres ^ rien n'eft capable de l’ébran- 
ler. Eh! pourquoi les malheureux s’é- 
tonnent-ils des vaines menaces d’u# 
tiran ? qu’ils fçachentne rien defîrer, 
de ne rien craindre , de fa rage eft vain- 
cue. Mais s’ils livrent leurs cœurs aur 
impreflionsdela crainte, & aux defîrs 
de l’efpérancej incertains, troublés >t 
hors d’eux-mêmes, ils rendront bientht 
•les armes, Secourront en aveugles àu- 
deVant des fers d’un cruel efclavage. 

Gomprenez-vous cela , y feriez- 
vous infenfible ? Pourquoi fondez- 
Vous en larmes ? Parlez $ quels font 
vos fentimens? Si vous voulez que le- 
Médecin vous guérifle , décoiivrez- 
Iui vos maux. Alors ramaflànt toutes 
mes forces ^ qu’ai-je befoin de m’ex- 
pliquer , lui ais-je , le feul afpeét du 
lieu où je fuis, n’eft-il pas capable 
d’exciter votre pitié ? Eft-ce donc là 
cette riche bibliothèque où vous aviez 
pris plailîr à fixer votre féjoür ; & où 
vous m’inftruifiez des chofes divine# 



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de la Pkilofophie. ff 

& humaines ? Etois-je, hélas ! dans le 
trille état où je fuis aujourd’hui, lorf 

3 ue je fondois avec vous les fecrets 
e ia nature , lorfque vous me traciez 
les toutes différentes qpe parcourent 
les aftres , & que vous m’appreniez à 
être réglé dans mes mœurs, ôc dans 
ma conduite , comme ils le font dans 
leurs cours ? J’écoutois vos leçons avec 
tant de docilité, en eft-ce là la récomr 

Î >enfe ? Quels fonds doir-on donc faire 
iir cette maxime que vous avez pro- 
nohcée par la bouche de Platon : Heu- 
reux les Etats fi des Philofophes en 
devenôient Rois, ou fi les Rois deve- 
noient Philofophes ! C’efl: encore par 
la bouche de Platon que vous avez 
dit , qu’il eft néceffaïre que les Sages' 
prennent les rênes du gouvernement, 
_ de peur qu’en lés abandonnant les per* 
vers ne s’en faillirent, & n’en abulent 
pour perdre les bons. Déterminé par 
ces maximes , je me fuis fait un de- 
voir de pratiquer publiquement ce 
, que j’avois appris de vous dans le fe^ 
Cret. Vous le fçavez , vous Ôc le Dieu 
qui vous fait régner fur l’efprit^ &f 



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r f4 £a Coiïfotàtiojr 

fur le cœur des Sages* vous 4e fija vezj 
le defir de contribuer au bonheur des 
gens de bien , eft le feul motif qui a pu, 
m’engager, à prendre quelque parc au 
gouvernement. Delà tous ces démêlés 
funeftes que j’ai eus avec les méchant 
Sç le peu de cas que j’ai cru devoir 
faire du refientiment des grands 
quand, fans me l’attirer, je n’ai pu 
fatisfaire à ce qu’exigoient de moi la 
voix de ma confidence , Sc celle de 
l’équité. Combien de fois l’ufurpateur 
Çonigaftus , fi avide des dépouilles des^ 
foibles, m’a-t-il trouvé dans fon che- : 
min ? Combien de foi^ai-je empêche 
Triguilla, grand Maître de la Maifon 
4u Roi , de confommer les injuftiçes 
qu’il avoit commencées ? Combien de, 
fois^ai-je mis à couvert, par mon au-> 
torité , lçs malheureux , que l’infatia-, 
bte avarice de ces barbares calomnia- 
teurs perfécutoitavec tant de cruauté,. 
Sc toujours impunément ? Nulle con- 
fidération n’a jamais été capable de 
me faire abandonner le parti de 4a ju- 
ftice. r Quand j’ai vu les Provinces dé— , 
v^ftées par 1^, rapines des vpartiçity 



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delaVhilùfophie • 17 

Iiers > & accablées par les impôts pu- 
blics , j’en ai été auffi vivement tou-, 
ché que ceux même qui fouffroient 
ces horribles véxations. Dans le tems 
d’une difette extrême , on ordonna Far 
ch xt & le tranfpor t d une fi prodigieufe 
quantité de grains , que la Campanie 
ctoit ruinée ians reflource , fi cet achat 
avoir eu lieu} mais je m’y oppofai 
avec vigueur , j’eus à cette occafion , 
en préfence du Roi , un démêlé des 

f lus vifs avec le- Préfet du Prétoire , je 
emportai , & l’ordre fut enfin révo- 

3 ué. DesCourtifans affamés des biens 
u Confulaire Paulin , les dévoroiçnt 
déjà par leurs defirs} je les arrachai! 
leur infatiable voracité. Albin , Con- 
fulaire comme lui , alloît être la vi- 
ctime de la fauffe accufation qu*on lui 
avoit intentée , & des préjugés quelle 
avoit fait concevoir a ion désavan- 
tage } je le fauvài de la perfécution de 
Cyprien fon délateur. N’ai-je pas réu- 
ni contre moi afTez de haines ? Mais fi 
le zélé de la juftice m’avoit attiré celle 
des gens en faveur , je devois du 
moins n avoir rien à craindra des au^ 



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l& La Confolatîoft 

très : & cependant fur la délation d& 

S ii-je été difgracié ? Sur celle d’un' 
e, qui, ehaflfé du Miniftére, 8c 
accablé de dettes, a cherché à fe fau- 
ver en me perdant. Sur celles d’un 
Opilion , 8c d’un Gaudence , qui pour 
leurs injuftices 8c leurs fraudes recon- 
nues , avoient été condamnés à l’exil. 
Pour fe fouftraire à Tordre du Souve- 
rain , ils ofiérent abufer du facré pri- 
vilège des Eglifes en s’y réfugiant \ 
mais le Prince irrité , leur fit lignifier 
que s’ils ne lortoient pas de Ravenne 
au jour prefcrit , il les feroit arracher 
du faint afyle qu’ils profanoient , & 
leur ferait imprimer fur le front la 
marque honteufe de leurs crimes. 
Pouvoit-on donner la moindre con- 
fiance à des gens jugés dignes d’un pa- 
reil châtiment? Et cependant le jour 
même, on ajoute foi a la déclaration 
qu’ils font contre moi. Par où ai- je 
donc pu mériter qu’on eût pour moi 
fi peu d’égards ? Les condamnations 
fubies par mes délateurs , juftifient- 
elles leurs accufations? Si l’injufte for- 
tune n’a pas eu honte de voir Tinno- 



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de la Philofophie'. ■ f 9 

rence accufée , elle aurait au moins 
dû rougir de la baflefle de ceux dont 
elle s’eft fervie pour k calomnier; 

Voulez -vous fçavoir ce qui m’a 
rendu fi coupable ? J’ai' voulu fauver 
le Sénat : voilà mon crime. Qu’ai-je 
fait pour cela ? J’ai empêché un in- 
fâme dékteur d accufer le Sénat du 
crime de lèze-Majefté. Inftruifez-moi* 
o vous , qui enfeignez 1a vérité aux 
hommes ! que dois-je faire ? Dois-je 
nier un pareil crime , de crainte qu’il 
ne vous déshonore ? Mais je l’ai fait 
avec 1a plus mûre délibération , & je 
le ferais encore avec ardeur. Dois- je 
l’avouer ? Mais je m’ôte par-là tou* 
moyen de me défendre j je fais triom- 
pher l’injuftice. M’imputerai - je à 
crime d’avoir voulu fauver les Séna- 
teurs ? Leur conduite à mon égard 
méritoit peut-être que je priffe moins 
à cœur leurs intérêts \ mais l’incon- 
ftante viciflitudé des cÜofes de ce 
monde , toujours fujettes à fe dé- 
mentir, a pu occafionner quelque 
changement dans leurs fentimens pour 
moi $ leur mérite „ au fond eft tou* 



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h.0 * La Confoladori 

jours le même. Quelque chofe quî 
m’en arrive, rien au inonde ne me 
portera jamais à déguifer la vérité, 
ni à autorifer le menfonge.- Peut-on 
m’accufer de l’avoir fait ? C’eft vous , 
c’eft la fagelfe que j’en fais juge. J’ai 
pris foin d’écrire tout ce qui regarde 
cette grande affaire, afin que la pofié- 
rité en foit inftruite. Je ne crois- pas 
devoir prendre le même foin pour ce 
qui concerne les lettres fuppofées , 
par lefqirblles on m’impute d’avoir 
efpéré de rétablir la République & 
l’ancienne liberté. La faufleté de cette 
accufation eût paru avec la derniere 
évidence fi , ce qui eft décifif en de 
pareilles caufes , on m’eûo confronté 
avec mes accufateurs , & permis de 
me fervir contr’eux de leurs propres 
dépolirions. Et quelle liberté , helas ! 
pouvons -nous encore efpérer ? Plut 
au ciel que j’euffe pu fçavoir par quel 
moyen la recouvrer ! J’aurois répondu 
ce que Canius répondit à Caligula , 
qui l’accufoit d’être complice d’une 
conjuration formée contre lui , fi j’en 
ayois été inftrtut, vous ne le feriez 



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de la, Philofophie ; 1 1 

p*s> Au relire, quelque foi t ; la dou- 
leur que me caule cette malheureufe 
affaire, je n’en fuis point aflez trou- 
blé pour me plaindre de ce que des 
impies ont entrepris d’opprimer la 
vertu J mais ce qui me jette dans la 
derniere fiirprife , c’eft de voir, qu’ils 
ont réufii dans leurs projets crimi- 
nels. Car fi l’homme fe porte au mal , 
c’eft peut-être la fuite funeftede l’im- 
per fe£t ion de fa nature y mais qu’un 
fcéléraf puifle exécuter contre l’inno- 
cence tout ce que fa fcélératefle lui 
fiiggérera ; de cela fous les yeux d’un 
Dieu jufte* c’eft pour moi un prodige 
inconcevable. F»appé de la même idée, 
un des vôtres, diloitavec raifon , fi 
c’eft un Dieu qui gouverne le monde», 
d’ou peut venir le mal qui y régné? 
S’il n’y a point de Dieu, d’où peut 
venir le bien qui s’y fait? Après tout , 
eft41 étrange que des hommes per- 
vers , altères dufang des Sénateurs de 
de tous les gens de bien , aient confi 
piré ma perte , moi qui me fuis tou-*- 
jours fait un devoir effentiel de com- 
battre pour les gens de bien & pour 



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il La Confolation 

le Sénat ? Non, fans doute ; mais de-i 
vois-je attendre un pareil traitement 
des Sénateurs eux-mêmes ? Rappel- 
iez-vous , vous qui avez toujours été 
le mobile de toutes mes uûions , rap- 
peliez-vous avec quelle force je pris 
a Vérone la défenfe du Sénat , au pé- 
ril même de ma vie , lorfque le Roi, 
qui vouloit détruire cet ordre refpe- 
d:able , tâcha de faire tomber fur 
tout le corps le crime particulier quoii 
imputoit à Albin , Pun de fés, mem- 
bres. VousconnoifTez la vérité de tout 
ce que dis , & vous fçavez que je ne 
cherche point en cela à me glorifier* 
La réputation quon acquiert en fe 
vantant du bien qu’on fait, n’efl: 
qu’une récompenfe frivole qui dimi- 
nue cette fatisfaâion intime , fruit 
précieux du témoignage confolant 
qu’une bonne confidence fe rend d 
elle-même. J’ai fait le bien , ôc vous 
voyez quel avantage j’en retire. Quand 
je pouvois efpérer la récompenfe d’un© 
vertu réelle, on me punit d’un crime 
imaginaire , & comment m’en punit-f 
ou ? A-t-on jamais vu les Juges s’aos 



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de la PhiloJbpKie» 1 J 

fcorder fi unanimement contre le plus 
grand coupable ? Dans le nombre , il 
'en eft toujours quelques-uns qui, par 
erreur ou autrement , font portes à 
douter des forfaits les plus avérés. 
•Quand j’aurois été accufé d’avoir 
Voulu brûler les Temples du Sei- 
gneur , de égorger fes Miniftres au 
pied de fes Autels j quand j’aurois été 
îoupçonné d’avoir machiné la perte 
de tous les gens de bien , on m’au- 
roit écouté du moins , dç_ l’on ne 
m’auroit condamné qu’après que j’au- 
rois confeffe mon crime , ou que j’en 
aurois été juridiquement convaincu. 
Mais on ne peut m’accufer que d’avoir 
voulu fauver le Sénat , de cependant 
on me tranfporte loin de Rome ; de 
Tans vouloir m’entendre, on me pro 
ferit, on me condamne à mort. O qu’il 
m’eft avantageux que perfonne^en- 
core n’ait été convaincu d’un pareil 
frime {a) ! crime fi glorieux au juge- 



{<*) Bocce tire toute (à gloire ici de la droi- 
ture de fa conduite dans fadminiftrati^ qtÿi 
lui avait ité confiée. Ç’étoit un crime aux 



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* La Cohfolation 

ment de mes délateurs mêmes , que 

Î >our en ternir l’éclat , ils ont été 
orcés de dire , contre toute vérité , 
que j’ai tout facrifié aux intérêts d’une 
ambition façrilége. Mais vous qui 
habitiez, dans mon cœur, vous en 
aviez banni tout intérêt humain ; SC 
je n’aiirois ofé, fous vos yeux , com- 
mettre un pareil crime. Car vous me 
répétiez fouvent cette belle exhorta- 
tion de Pithagore : Suivez les inf pira- 
tions de votre Dieu y & il ne m’étpit 
pas poflible de penfer d’une maniéré 
fi balTe& fi honteufe à moi, que vous 
travailliez avec tant de foin à perfe- 
ctionner de plus en plus , & à qui 
vous propofiez Dieu même pour mo- 
dèle. D’ailleurs ma maifon , dont 
l’innocence eft connue , mes amis, 
dont la probité çft fi recommanda- 
ble, mon beau -pere Simmaque , ce 
jrefpeétable , ce laint vieillard , tout 

me 



yeux de fes ennemis ; puifqu’elle fçut répri-» 
mer leur cupidité déréglée: & il n’en parle . 
* . daiy cette occafion que par ironie. Liiez 1? 
vie de ce grand Homme# 



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3é-'là IPhilofophie; tf 

«é ;met i cbüVerr d'un tel reproche. ' 
Mais celt â vous qu’on impute toute* 
la faute .- quelle injuftice ! quelle hor- 
rçur . On ne <m’a cru coùpable de ce 
■cnme que parce qu’inftruit à votre 1 
«eole , jè pratique vos leçons & y 
•informe mes mœurs. Ainïî , non- 
feulemerit le refped qui vous éft du 
«e m a pas garanti des aftaques de ' 
mes ennemis ; mais en m’inTuhant 
JlSontpoufle l’audace jufqu’d vous 

«omble a tnon ; malheur , c’eff que la 
plupart des hommes ne décident des 
éhofes que par l’événement * & } u > 
gent-mdtgnerle leur approbation tout 
ce que la fortune n’a pas jugé digne 
de % faveurs. Dedà vûmt que la 

C n S T®, fônt Ies “aiheu- 
eft celle de 1 eftime publique. 
Non,;e n ofepenfer quels font à pré- 
lent lesbruits qui îe répandent à foc- 
canon de ma difgrace -, quels font les 
jugemens divers qu’on en porte. Tout 

* ?? n P U1 ? » . c’eft que ce qui 
accable le plus un malheureux ,eft 
'de penfer quauffi-tôt qu’on l’accufe; 

$ * 



, v Google 




%&. La Cvnfalwiait ; ; 

v 

la plupart des gens font perfuadés* 
qu’il ne lui arrive rien qu’il n’ait 
bien mérité ; 8c cependant fi je fuis 
dépouillé de mes biens , dégradé de 
mes dignités , déshonoré dans l’ef- 
prit de bien des hommes , ç’eft une 
peine cruelle que je ne me fuis atti- 
rée qu’en faifant le bien. Il me fem- 
ble voir les auteurs de mon défaftre 
faire éclater leur joie impie dans les 
lieux où ils forgent les traits de leur 
calomnie. Il me femble les voir & 
l’envi en préparer de nouveaux ^ 
tandis que les gens de bien font dans 
la derniere confternation à la vue des 
dangers où je fuis expofé. Les fcélé- 
rats , fùrs de l’impunité , oferont 
concevoir les projets les plus odieux j 
ils oferont même les exécuter , animés 
par les técompenfes qu’on leur pro- 
pofe j 8c les innoçens, privés de tout 
appui , ne pourront fe fouftraire à la 
perfécution de leurs ennemis , ni pa-> 
rer leurs coups. Je puis donc m’écrier 
^vec juftice : 

Créateur de l’univers, qui immua- 
ble votre Trône éternel, donne* 
IL 



, y Google 



<h kPMlefof&e. îf 

ftuxcieuxleurs mouvemens rapides , & 
teglezle cours des aftres: vous qui avez 
«Ou/emlà lune à ces variations con- 
itanres qui tantôt la font briller des 
feux defon frere d’une maniéré Ü 
«datante qu'elle femble alors,- peh- 
*"* la r egner feule au firrta* 

ment , & qui tantôt lui font perdre 
peu à peu f a lumière , & la font dif- 

JSfT fft qU3nd elle eft plus 

mandé a un des aftres- lès* plus béilu 
«»s , d annoncer • rbiijburis ! éat ^ot» 
fover , les approches de la huit , 86 
par fon coucher , la nâif&hcb àû four ? 
vous qui abrégez dans la faifon desfr£ 
mats la duree des jours rigoureux : & 

SîiuSf 1 CGritraite » pf éerpitëZ 

f <& ta H eS a nuit » aftii qu elles 
fofënt placé à des jours >pius"làtesV 
♦nus. qüi dirigez par votre tëute-Sk 

fc e u- J f c ■?, lrt P^fc désÆui. 

feSîlls 

d°uces haleinéHdes 

fejhfes (pûtes font îft^îtée j'-tbfii 

tous foitesmûrir fer iésartfeuri 
■ Canicule lei rnoiffons; abondât 
Bi| 



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%% '-.La iVônfdlfltion . 

ces produites par le peu de graini 
confiés à la terre » fous )a foible con- 
jftelktion du Bouvier. Touç fuit ainfi 
vos loi* \ rien ne s’écarte de l’ordre 
immuable que vous avez prefcrit; 
tout eft enchaîné par les décrets de 
votre, volonté fupreme. .L’homme eft 
lé feul dont il fenjble que vous aban- 
donniez la deftinée. La fortune incon* 
liante fait tout fur la terre au gré de 
fon caprice- : L’innocence y foudre la 
p eine qui. ri' eft due qu’au crime , & 
le crime , placé for le Trône, foule 
.aux pieds la vertu, qui trembknte, 
fe cache, daqs les ténèbres, défolée de . 
voir le iufte puni pour le coupable. 

Les fcélerats font ainfi impunément 
tout ce qui leur plaît ; leurs menfon- 
ges , leur? parjures, rien ne leur nuit j ( 
& quand ils veulent ufer de toutes 
leurs forces , ils attentent jufques fut 
l’autorité même dés Rois. Arbitre 
fouverain de toutes chofes, j.ettez en* 
fin un regard de providence fur là 
, terre. Les hommes , la portion-kplus 
digne, des êtres qui l’habitent ; , les 
hommes y font fous celle le joueF 4® 



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de la VhïlofopKle, 19 

la fortune j ils y font agités , tour- 
mentes, comme un vaifleau l’eft fur 
les flots par la tempête. Calmez , SeiJ 
gneur , cette mer orageufe , & faites 
régner à jamais ici -bas ce bel ordre 
quon voitrégner invariablement dans 
les deux* , 

. Pendant que la douleur me fàifoit 
aih/i parler , la Philofbphie me regar* 
doit d’un œil tranquille , & auffrtôt 
que j eus finis. Dès que i’ai vu couler» 
vos larmes , me dit-elle, j’ai bien 
compris que vous vous croyiez exilé 
& malheureux. Mais êtes- vous donc 
véritablement exilé ? ne vous trom- 
pez-vous ‘point ? êtes-vous chafTé de: 
votre patrie ? ne vous en êtes-vous: 
point écarté par hazard ? C’eft vous 
fans doute <pn vous en êtes exilé vous- 
meme, & â qui pouvoit-il être permis- 
de vous en chafler ? Rappeliez-vous 
que votre patrie n’eft point , comme 
Athènes, gouvernée par la multi- 
tude j elle l’eft par un Souverain qui. 
prend plaifir à la peupler , & non i k, 
priver de fes citoyens. Obéir à ce Mo* 
natque , c’eft être parfaitement libre,; 



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jd Im Confolaticrt 

Ignorez-vous que quiconque y a fixé 
ton domicile , n’en peut être arraché? 
Oui celui qui eft à couvert de fes rem- 
parts, eft a l’abri de toute violence, 
Si ne^peùt craindre l’exil y mais qui* 
conque en raéprife le féjour , mérite 
d’en être banni pour toujours. Si je 
feis donc touchée, c*eft de la douleur 
où je vous vois plongé,‘& non pas du 
lien où je vous trouve. C’eft bien moins 
dans votre riche bibliothèque que 
|aime à fixer mon féjour, que dans 
votre ame. J’ai pris plaifir à en faire 
une bibliothèque vivante , dans la- 
quelle j’ai placé , non les livres eux- 
mêmes, mais les maximes qu’ils con- 
tiennent. Vous ne vous êtes écarté en 
rien dans tout ce que vous avez dit 
de votre zélé pour le bien public ; 
vous pouviez encore en dire davan- 
tage. Tout le monde fçait que des 
chofes qui nous font imputées ; les 
unes fonç faufles, & les autres font 
des aétions plus dignes d’éloges que 
de blâme. Ce que vous n’avez dit 
qu’en paflànt des infignes fourberies, 
& des crimes dé vos délateurs , fera 



; 



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ét là PhihfppJtlé* y 

Vepété mille fois par le public ^ qui 
cotmoît parfaitement toute la vérité. 
Vous vous étés récrié contre i’ifijü- 
Itice du Sénat à votre égard y vous 
Vous ères plaint amèrement de ce 
qu’on me déshonore en m’accofantj 
Vous pâroifiêa outré de ce qu*ott r&- 
compénfe fi mal vos mérites $ enfin 
Votre mule en courroux a fini par faire 
dés vofeux pour attirer ici la paix étefc* 
nelle qui régné dans les cieUx. Tous 
ces fentimens , tous ces mouvemens 
divers font l’effet de votre aftliâion , 
& je crois que dans l’état de foibleffe 
ou vous êtes ? vous ne fupportetiezpas 
des remèdes violens: je Vas donc , pair 
déplus doux, vous préparer à en rece- 
voir de plus efficaces, qui puiffent 
Vous guérir radicalement* 

Chaque chofe a fon tefns. Le la- 
boureur infenfé , qui confierait fes 
grains à la. terre /lôrfquau folftice 
d’été, elle éft défléchée par les ar- 
deurs du foleil , : privé pour fa noarri- 
ture des dons dé Cérès, fêfoic obligé 
d’aller chercher fur leschênes le gland 
dont fenourrifibienmos aïeux. N’aL 
Biv » 



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3 2 / La Confolation 

lez point dans les bois chercher le 
tendre violette , quand les froids aqui- 
lons y exercent leurs foreurs : vous né 
trouveriez au printems,fur la vignes 
que des pampres naiflans : fi vous 
voulez goûter les. dons de Bacchus , 
attendez l’automne , c’eft la faifon 
deftinée pour cueillir les raifins. Le 
Tout-puifTant a donné à chaque fair 
fon là propriété particulière } chaque 
chofe viendra dans fon terns,, & on 
ne peut attendre aucun- fuccès de fes 
entreprifes lorfqu on fort de l’ordre , 
&: qu’on franchit par impatience les 
; bornes que la fageüe nous preferit. , 
Je crois donc , pour pouvoir vous 
guérir plus furement , devoir comr 
mencer par vous faire quelques quer- 
ftions qui me découvrent l’état de 
yorre ame. Ecoutez & répondez-moi 
en toute liberté^ce que le cœur vous 
diétera. Penfez-vous qu’un deftin aveu- 
gle préfide aux chofes de ce monde , 
8c que tout y foit l’effet du pur ha^ 
zard ? Non , lui répondis-je aufli-tôt; 
je n’ai jamais cru que l’ordre conftanjc 
qui regnç en ce inonde puifïè avoir 



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de ta TKdofopb.it, 

Vm : principe - dénué d’intelligence. 

J ai toujours penfé au contraire que 
l’Intelligence luprême qui a tout créé 
par fa puifTance r conduit tout par fa 
Jagefle; '& jamais je né penferai au-» 
trement. Je le fçais,me ait-èlle^Ypus 
venez de vous exprimer fur cela très- 
énergiquement \ vous avez > il eft 
vrai y déploré le malheur des hom- 
mes , comme fi la Providence n’en 

{ renoit aucun foin j mais vous avez 
autement avoué que tout le rëfte de 
l’univers eft gouverné par la fiiprême 
Intelligence j & je fuis étonné au-delà 
de toute expreflïon * de ce qu’ayant 
un fentiment fi raifonnable & fi falu- 
taire , votre efprit ne foit pas entié- 
lement guéri. Mais allons plus avant: 
je foupçonne qu’il manque encore 
quelque chofe à vos connoiftances* 
r Vous ne doutez point que Dieu ne 
connoifle tout en ce monde; mais fça- 
vez-vous par quel refîort la Provi- 
denj^le conduit ? J’ai de k peine ,, 
Je umroe} j’ai de k peine à eomi- 
prendre le fèns de k queftion que 
Vous, me faites # ainfi ne foyez pomç 
• * ’ Bv 



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J 4 Çohfolatiott 

étonnée fi je n’y peux répondre. Jeflé 
me fuis pas trompée , ajoura-t-elle, 
quand j ai penfé qu’il y a quelque 
. vuûje dans votre ame , par où le 
trouble a pénétré comme l’ennemi 
pénétre dans une place, pat la moin- 
dre brèche : mais , répondez-moi , 
Vous rappeliez-vous quelle eft la fin 
de routes chofes , quels font les def- 
feins de la fage nature ? Vous mè 
l’avez appris ; mais la douleur qui a 
troublé mes fens , me l’a fait oublier. 
Vous fçaVez du moins ,. me dit-elle; 
quel eft le principe de toutes chofes? 
Oui , je le fçais j c’eft Dieu qui eft 
le principe tout-puiflant & univerfel. 
Ëh ! püifque vous connoiftez le pre- 
mier principe de toutes chofes , cou* 
ïnent n’en connoiftez- vous pas la den 
«iere fin? Mais tel eft l’effet du trou- 
ble de l’e%rit ; il offufque la raifen , 
mais il ne l’éteint pas ; il ébranle 
l'âme , mais il ne' la dégrade pas entiè- 
rement. Répondfez-moi encor^wous 
IbüveUeZ-vous que vous ères hom- 
Ine ? Eh ! pourquoi , lui dis- je, ne 
fn’eft fouviehdrois-je pas ? Eh bien { 



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è le là PkilüfopJtie. ' 

^feés-moi ce que c’eft qtre l’homme? 
C’eft tin animal raijbtmable & mor- 
tel : je le fçais : voilà ce qu’eftl’hom- 
tm : voilà ce que je fuis. îTètés^vcms 
"tien 4 e plus , me dit-elle ? Non, ht* 
-dis^je. Àh ! je fçais maintenant la 
■ t>rlitcipâle cfaufe de votre maladie. 



6 tiS avez cèffe de vous connoirre 



vous-mcme : je cottnors le remède 
qui peut feul vous guérir. Votre mil 
eft eitirême , & pourroit devenir tnot- 
tel , puifque Vous vous oubliez vous- 
mfttie ; que vous gémiftez de vous 
f toirefcflé & dépouillé de vos biens’ | 
qufe vous ignorez la fin de toutes 
Chofes 5 que vous p en fez en confé- 
vptencé que les ftélérars qui ftmt toüt 
à leur gré font véritablement puif- 
: faii$^: heuteui ; & qu^enfin ne ton- 
Coiffant point les teïïbtts fectets quo 
ta Providence fait agir /vous penfet 

S ue* tous ces événemens font Peffet 
u hazard, En faut-il davantage- nori- 
feulement pour caufer la plus gtandfe 
maladie tnais.la mort même de fe 
‘raiïbn. Maiiçÿâcfes en îôiéiït tendues; 

auteur de j lavis:! 

B vj 



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5 <5 La Confotadon 

cette raifon naturelle ne vous a pal 
/entièrement abandonné. Si vous ne 
fçavez pas comment Dieu gouverne 
Je monde , vous fçavez du moinsqu’il 
le gouverne. Ce premier principe 
vous conduira âd’autres vérités : cette 
étincelle de vie produira en vous une 
fanté parfaite. Mais comme il n’efl 

{ >as encore tems d’ufer des remèdes 
es plus forts , & que telle eft la na- 
ture de Tame, que lorfque quelque 
vérité en fort , Terreur en vient tou- 
jours prendre la place y je tâcherai de 
diffiper peu à peulesrénébres épaifles 
que Terreur y répand, afin que la ve- 
nté viétorieufe puifle y rentrer dans 
les droits, & y briller d’une lumière 
plus pure. 

Les aftres les plus brillans perdent 
leur éclat , lorfqu’ils font voilés par 
de fombres nuages j fi le vent du 
midi agite les flots de la mer , Ion 
onde qui le difputoit à l’azur des 
cieux, fe trouble & cefle d’être tranf- 

J >arente; le fleuve impétueux qui cou* 
oit avec vitefle du haut des monta- 
gnes , arrêté quelquefois par les pb- 



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r Je la ThilofopKTe , 

ïîacles qui fe trouvent fiir fa route , eXt 
obligé de fe replier fur lui-même r 
voulez-vous marcher ici bas fans ob* 
ftacles , 8c voir ta vérité fans nuages , 
ne vous laiflez ni ébranler par* fet 
crainte , ni féduire par la joie, ni en- 
traîner par Tefpérancej car lame qui 
eft en proie à ces pallions , perd tout 
à la fois fa lumière 8c fa liberté. 

Fin du premier Livre • 




4* 







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LIVRE SECOND. 

<~ 

L A Pitilalbphie affres m’avoir ainfi 
parlé , s’arrêta quelque rems 5 6c 

2 uand elle vit que km (îtence navoit 
lit que réveiller mon attention, elle 
recommença en ces termes. 

Si je pénétre bien la caufe & la na- . 
ture de Votre malad ie , elle a pour 
principe le regret qu’excite en vous la 
perte de votre fortune. Vous vous 
exagérez à vous-même le changement 
de votre état} voilà la cauie du chan- 
gement étonnant qui s’eft fait dans 
votre ame* Je conçois pa» quels arti- 
fices la fortune aojreré cette efpécede 

{ >rodige. Elle féduit pat lès car efles 
es plus familières, ceux qu elle a def 
fein de tromper,' STau moment qu’ils 

[ >enfent jouir de fes faveurs, l’inndéle 
es abandonne , & les laifle dans une 
douleur d’autant plus grande , qu’ils 
avoient moins lieu de s’attendre à fon 
infidélité. Mais fi vous approfbndif- 
fcz ce quelle eft , & ce quelle va*iç 





de la Philofopkie. 

■èn elle-même , vous verrez qu’elle 
n’avoit ri en de fi grand & de fi beau} 
& qu’en la perdant , vous n’avez pais 
autant perdu que vous l’imaginez. Je 
•crois que je n’ai pas beaucoup de pei- 
ne à vous en convaincre , car «fer* l e 
«ems même qu’elle vous prodiguôic 
ïes careflès , vous la traitiez avec un 
mépris généreux, & rempli de mes 
maximes, vous infultiez quelque- 
fois à la vanité de les faveurs. Je ne 
iiiis point furprife néanmoins de vous 
rvoir uh peu forti de votre ancienne 
tranquillité. V ous avez éprouvé les 
plus grands revers, & il n’en eft point 
-qui, de quelque façon qüece foit , 
ne trouble l’arne , furteut quand il eft 
fubit 8c. inopiné. ■ • ; , 

Mai^ il eft teins de veusdilpofer, 
par quelque chofe d’agréable & de 
doux, à des remèdes plus forts & plus 
efficaces. Que la Rhétorique qui ne 
-va jamais plus droit à l’eforit & ou 
■xxBur , que quand elle eft dirigée par 
ânes préeeptes i paroilTe donc acCom- 
•pagnée de Ték>querice & de la perfua- 
i & ^*6 -1* ûmfiqtie dont je 

k 



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La Confolanott 

fers quelquefois, joigne à leurs chat* 
mes les fous, tantôt légers, tantôt fur 
bûmes de fon harmonie enchante- 
relie. O homme ! qui peut ainfi voua 
plonger dans une fi accablante triftefi- 
le ? Penfez-vous éprouver quelque 
choie de bien nouveau & de bienlur* 
prenant? En vous traitant comme elle 
Fait , la fortune n’a point démenti fa 
conduite ordinaire ; teUe eft la na- 
ture , tels fonr les mœurs. Uniquer 
ment confiante dans Pinconftance qui 
lui eft propre , en changeant a votre 
égard y elle a foucenu Ion caraétére. 
Elle croit inconftante dans le tems 
r meme qu’elle vous accablait de caref 
fes , ôc qu’elle vous trompoit par les 
charmes d’un bonheur apparent. Vous 
,avez du appercevoir fur le front de 
'.l’aveugle Déefte , les traits de fa du>- 
îplicité. Elle peut encore fe dérober 
aux yeux des autres , mais elle s ? eft 
entièrement dévoilée aux vôtres. Pro- 
fitez done de l’avantage que vous avez 
de la connoître , de ne vous amufez 
pas à de vaines plaintes. Si vous déte* 
aftez ^perfidie, méprifezla perfidç* 



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de ta Vhilofophîe. '41 

& renoncez a fes pernicieufesfaveur-s. 
Ge qui fait votre peine aujourd’hui 9 
auroit dû afflu er verre tranquillité. La 
fortune vous abandonne , & qui jamais 
a pu la fixer? Pouvez-vous donc tant 
eftimer une félicité paffagére ? Vous 
chérifTezcette fortune mr laquelle 
vous ne devez pas compter au mo- 
ment même que vous la poffedez, Sc 
qui vous accablera de douleur en vous 
quittant ? Si perfonne donc n’eft maî- 
tre de la fixer , & fi fon changement 
rend les hommes malheureux, la pré- 
fence de cette inconftanteeft le préfa- 
ce affiiré d’un malheur prochain. Car 
line fuffit pas deconfiderer ce qu’on a 
fous les yeux, la prudence porte plus 
loin fes regards , elle prévoides événe- 
mens } & comme elle fçait que la for- 
tune eft toujours prête à changer , elle 
fçait aulfi qu’on ne doit ni redouter 
fes menaces, ni defirer fes careffès. 
Dès qu’une fois on fe foumet a fou 
joug , il faut fupporter avec tranquil- 
lité tout ce qui peut arriver fous fon 
empire. Vouloir prefcrire des loix à 
cette Déelfe capricieufe, qu’on a 



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%i ; La Cônfolatlon 

choiiî pour fa fouveraine, c’eft lift* 
fulter y impuiflante pour guérir nds 
. maux, l’impatience ne fait que les ai- 
grir , & les rendre plus insupporta- 
blés. Quand une fois on a livre fa bar- 
que aux vents aux flots , c’eft leur 
impétuofité qui la conduit , & non 
pas notre volonté. Quand on a confié 
les grains a la terre, il faut s’attendre 
aux années ftériles, atiflï bien qu’a 
telles qui font plus fécondes. Vous 
vous êtes fournis à l’empire de la for- 
tune , il faut obéir à fes caprices ÿ 
vous voudriez fixer fa roue? Et ne 
voyez-vous pas infenfé , que fon et 
fence corififte dans fon inftabilité ? 

, Cette fouvetaine rfcaîtrefledes évé- 
fiemèns , les conduit toujours à foh 
gré. Plus inconftante ôC plus agitée 
que l’Eurippe, de la même main dont 
elle renverfe le Roi le plus redouta- 
ble, de le mieux affermi fur fon rrà- 
ne , elle relève Fefpérance& la gloire 
d’un Roi vaincu & détrôné. C’eft peu 
:pour elle d’être infenfible aux larntés 
ôc aux fanglots des malheureux^ br 
cruelle sça fait un jeu de ua amufr 



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de la PHlofopkie. 4$ 

4 ment. Rendre en moins d’une heure, 

à n« Je meme homme miférable & heur 

îles» jreux ; c’eft un prodige qu’elle fe glo^ 

•por& rifie dopérer , c’eft un fpeûacle qu’elr 

fabai Je fe plaît à donner à ceux qui font 

,ülei attachés à fon char. 

& a» Mais je veux la mettre elle-même 
i conte a ux mains avec vous , voyez fi elle a 

tteudn tort ; elle va parler, 

n f . Pourquoi, ô hommes ! vous répanr 
. h dez-vous fans cefle en plainte^ contre 
la moi, de quoi voufc plaignez-vous? 
Quel tort vous ai-je Fait ? De quels 
biens vous ai-je dépouillé ? Je m’en 
fon et rapporte à qui vous voudrez fur ce 
ité? qui regarde la pofleffion des biens & 
M des honneurs de ce monde } & fi vous 

i & prouvez qu’il eft quelqu’un ici-bas , 
agira qui ait lur eux un droit de propriété, 
ndoU j’avouerai que vous êtes en dtoit de 
loutar les redemander comme vous ayant lé- 
*iw gitimement appartenu. Mais quand 

'oie vous êtes venu en ce monde, vous 
étiez nud , & dépouillé de tout. Je 
xa& vous ai pris alors entre mes mains , 
ur, b je vous ai prêté mes richefles , je vous 
m prévenu de mes plus abondantes 



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44 La Confolation 

faveurs , fai prodigué pour vous tout 1 
ce que j'ai de plus précieux & de plus 
brillant. Il mfe plaît de retirer aujour- 
d'hui mes dons, ne vous plaignez pas 
que je vous dépouille àe- rien qui 
vous appartienne , rendez-tnoi plutôt 
les aftiorts de grâces qui me font dues 
pour Vous avoir accordé k jouiflfance 
des biens qui n’étoient point à voua 
Eh ! quelle peut être la lource de vos 
plaintes ? Quelle violence vous ai- je 
faite? Lesbiens , les honneurs& toutes 
les chofes de ce genre font en mon 

? >ouvoir ,. f en diipofe à mon gré ce 
ont des efckves qui me reconnoiflfent 
pour leur fouveraine ; ils viennent 
avec moi , 8c s’en vont de même : s’ils 
vous enflent appartenu, rien n’auroit 
pu vous les ravir. Quoi donc! ferai-je 
h feule qui ne pourrai librement dif- 
pofer de mes droits ? Le ciel à fon 
gré fait briller le foleil de l’éclat le 

{ dus vif, ou le couvre de nuages épais; 
'année qui couvre la terre de fleurs 
& de fruits , la couvre aufli de brouil- 
lards 8c de frimats : la mer peut à fa 
volonté féduire nos yeux par un cal* 



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Je la Philofophie. 

me flatteur , ou nous effrayer par» 
d’horribles tempêtes $ ôc moi dont 
l’inconftance fait le caraâére ôc la na- 
ture , le caprice des mortels prétend 
me rendre fiable , ôc invariable » £c 
me dépouiller ainfî de mon effence ! 
Ma roue tourne fans cefle avec une 
rapidité fans égale : tel qui étoit au 
haut , le moment d’après rampe dans 
la boue $ Ôc celui qui étoit dans la 
pouffiére, fe voit en un inftanr élevé 
au plus haut degré. C’eft ainfi que 
j’exerce ma puiflance, voilà mes jeux 
ôc mon amufement. Montes fi tu le 
veux au plus haut de cette roue , mais 
À condition que quand il me plaira tu 
en defcendras fans te plaindre. Igno- 
rois-tu ma nature ôc mes mœurs? Ne 
fçais-tu pas que par des revers inouis 
Créfus , Roi de Üdie , qui d’abord 
lit trembler Cirus , peu après vaincu 
captif, lut jetté dans un bûcher 
embrafé, & qu’il y auroit fini fa vie, 
li je n’eh eufle éteint les flammes jjar 

iu oublié qu’un pt^antRoi de Perle,' 
ÿaincu & pris par PautëttTÿ fer rédüi $ 



Digrtized 




£& %a Confoiatïoà 

à un état fi miférable , qu’il excita' U 
compaflîon de fon vainqueur. Des 
royaumes floriflans détruits fubite- 
ment par mes coups font les événe- 
mens que ia tragédie repréfente le 
plus fouvent fur les théâtres. L’ingé- 
nieufe fable ne tas-r-elle pas appris 
que dans le veftibule du Palais de Ju- 
piter , deux tonneaux font placés , 
dont l’un contient les biens, & l'au- 
tre, les maux de ce monde. Quifçait 
fi tun as pas plus puifé dans le premier 
que dans 1 antre? Sçais-tu toi-même fi 
je t ai entièrement abandonné ? Mît 
propre inconftance eft peut-être pour 
toi un jufte motif d’efpérér un chan- 
gement avantageux. En attendant né 
te laifle point accabler par la douleur^ 
& fens vouloir toî-mêmè régler ton 
tort , fubis patiemment ht loi commu- 
ne â tous les hommes. ' 

Hdmmes injuftes! ils fe plain* 
droient toujours quand labondancô 
tépandroit fans cefle fur eux autant 
de biens que la mer contient de grains 
de fable dans fon fein , autant que lé 
'ciel fait briBer d’étoiles dans une beffè 



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'deMPkilofophki 4% 

nuit. En vain un Dieu propice leue 
prodiguerait les rkheflès & les digni- 
tés» ce quiJsonti ils le comptent pou* 
rien. Leur avidité dévore ce qu’elle a, 
& engloutit encore par fes defirs c« 
qu’elle ne peut fe procurer. Quel 
rrein pourra donc contenir dans de 
juftes bornes , cette voracité infktia- 
ble , puilque l’ardente fbif des biens 
de ce monde s’accroît en elle par leur 
poflelfion , & qu’elle s’eftime tou, 
jours moins riche de ce quelles, que 
pauvre de ce qu’elle na pas? 
j. 5i la fortOne vous parloir ainh en 
|a faveur ? je ne vois pas ce que vous 
^turiçz à lui répondre $ cependant iï 
vous croyez avoir de quoi juftifier 
pintes , parlez } je vous écoute; 
: . Alors, je- h» dis » toutes ces: décla- 
mations die fa. fortune font hetles $ 
doute y elles font afiàifonnées de 
toutes les douceurs de 1 éloquence * 
4e tous les agrémens de lharmonie* 
©les enchantent les oreilles , mài$ 
mlesrjae pénétrent ponat julquaii cœut 
m mà^eute^roù eft le J|g e do 
km doideiir. Elles peuvent tout a** 



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*'tci Çorifoïatibri? 

plus en fufpendre le fentimeht pen- 
dant qu on les prononce } mais cefTe- 
t-on de les entendre , la douleur fe 
fait encore fentir plus vivement. Vous 
avez raifon me dit-elle > auffi ne font w 
ce pas là les vrais remèdes dont je' 
veux me fervir pour vous guérir. Je 
ne m*en fèrt que pour adoucir un peu 
votre douleur , le tems viendra ou je 
ferai ufage de remèdes plus forts & 
plus pénétrans. 

Cependant ne vous imaginez pas 
qudn vous voye malheureux. Avez*; 
vous oublié Tétendue 8c la mefure de 
votre ancienne félicité ? Je paflè fous 
filence la faveur que vous ont faite 
ces grands Hommes qui ont bien 
voulu prendre foin de vous , 8c vous 
tenir lieu du pere que vous aviez 
perdu. Les premiers de Rome ont 
ambitionné ae vous avoir dans leur 
famille , 8c ce qui forme la plus pré* 
cieufe des alliances , vous leur avez 
été uni par les liens de la tendrefle , 
avant de leur appartenir par ceux du 
fang. Qui ne vous <a pas cr^ le f plus 
JieureiuGde* mortels ? Vous avez 

pouç 



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delà Philo fophte, '49 

pour beaux peres des hommes très- 
ïlRiftres j pour époufe , une femme 
d’une vertu diftinguée •, deux fils font 
l’heureux fruit de votre premier -ma- 
riage, & le foutien de votre maifon. 
Je ne parie point de ces hautes di- 

E ités quon- a refufées à des vieiî- 
ds pour en honorer votre jeuneflè. 
Je pafle fous jilence ce qui peut vous 
être commun avec d’autres , & je me 
hâte de parier de ce qui vous con- 
cerne en particulier ? de cet événe- 
ment unique, qui a mis 'le comble 
à votre gloire. Si les avantages tem- 
porels peuvent en quelque chofe con- 
tribuer au bonheur des hommes , 
Ün’y a aucun événement , quelque 
trifte qui! foit , qui püiflè vous faire 
oublier ce jour heureux, ce grand' 
jour où vès deux 'fils élus Gonfuls 
en même-tems , furent conduits chez 
vous environnés de Sénateurs , au 
milieu^ de mille cris d’alégreflè , ce 
jour ou aflis dans les premières pla- 
ces du Sénat , Us vous entendirent 
prononcer , le panégyrique du Ro* 
,*vec une éloquence qui vous attifa 

C 



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fo ZàjŒônfitatm " 

les applaudifiemens les plus flatteurs 
& les mieux mérités $ çe jour ou 
marchant entrée ces deux jeunes Coii- 
iuls , vous Êtes dans le cirque des 
largefles au peuple d’une: manière 
fi iatisfaifante pour lui , & fi glp-^ 
rieufe pour vous. Vous eûtes lieu 
^lors de vous louer de la fortune , 
puifqu’elle vous témoigna la prédis 
ïe&ion la plus marquée , en vous fai- 
-fant une faveur qu’elle n*a jamais 
fait à aucun particulier. Voulez-vous 
donc compter à ja rigueur avec elle ? 
Voilà la premiers fois qu’elle a foufi 
fert que l’envie eût quelque prife fur 
vous. Confidérez la nature & le nom- 
bre des événemens agréables ou far 
cheux qui vpus fpnt arrivés ,, vou? 
ferez forcé d avouer 7 que vous êtes 
encore heureux, Que fi vous crpyeï 
uyoir cefFé de tétre parce que le? 
apparences de yotrp profpérité ont 
diiparu, ne vous eftimezpourtant pa? 
•encore vraiment malheureux^, çar ce 
que vous paroiflez maintenant éproUj* 

ver de fâcheux & de trifte , ji’aut* 
qu’un temSi Ëftrce donc . 



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'fÿf 







de 4 4 Philofophfa 

dliui que vous parôifTezfur le théâtre 
4e ce monde ? Y êtes-vous fi étran- 
ger ? Penfez-vous que lés chpfes hu- 
maines doivent être marquées au 
coin de la confiance , puifque la yie 
même des hommes eft fi peu allurée, 
Sc peut s’évanouir fi promptement? 
Quand, par une efpéce de prodige , 
la fortune fembleroit fixer fes la- 
veurs , la mort n’en interromperoit- 
elle pas le cours du même coup dont 
elle trancheroit le fil de vos jours ? 
Que vous importe donc quelle fe 
fépare de vous par la fuite , ou que 
vous vous en fépariez par la mort ? 

Après toutes les viciflitudes qui 
changent continuellement la face de 
l’univers, p«tt-o n compter fur des 
biens périüables , fur une félicité 
d’un moment ? Tout change ici bas. 
• les plus brillantes étoiles difpajroïC- 
fent le matin, quand le foleil monté 
fur fon char étincelant , commence à 
répandre {^rayons vi&orieux. Les 
rpfes qu^Éfefcéphir fait éclore par 
fomfoufflè^fcônd, brulées par les ar* 
d&trs du vent du midi, fe aefféchenc 

Cij 



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|fc H La Çonfolation 

ic tombent , 8c la tige qui les portoit 1 
n’eft plus qu’un vil arbufte hériffé 
d’épines: l’onde tranquille de l’océan! 
fe change ' dans un iriftant , en une 
écume épaiffe, lorfqu’elle eft agitée 
par la tempête : tout change de même 
en ce bas monde : rien de créé ne 
peut être durable: telle eft l’éternelle 
& immuable loi du Créateur. 

Rien n’eft plus vrai , m’écriai-je, 
a mere féconde des vertus î je ne 

E eux nier que ma profpérité n’ait eu 
î cours le plus rapide $ mais c’eft 

f >récifément ce qui redouble ma dou- 
eur car parmi toutes les efpéces 
d ? adverfités, la plus insupportable eft 
celle qui vient à la fuite d’une grande 
fortune. Pure idée , nÜ répondit- 
elle ; ce prétendu malheur n’exifte 
que dans votre opinion , 8c ne vient 
point du fond des chofes mêmes. En * 
effet, fi vous eftimez tant le bonheur 
dont vous avez joui, comptez avec 
moi ! de combien d’avantages vous 
jouiffez encore. Car fi la Providence 
vous a confervé ce qu’il y a de plus 
précieux parmi tout ce qui eft du 



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à /a 'Philofophie. 5 J 

i effort de la fortune , pofledant en- 
core ce qu’il y a de plus cher & de 
plus eftiniable dans le monde , pou- 
vez-vous vous eftimer malheureux? 
Or il vit encore cet illuftre Simmaque, 
votre-beaii pere , qui , par fes ver- 
tus , fait tant d’honneur à l’huma- 
nité 9 6c ce que vous payeriez volon- 
tiers de tout votre lang , ce grand 
homme , ce . fage accompli , oubliant 
fes propres interets , eft uniquement 
touche . des vôtres. Elle vit cette 
époufe incomparable, qui* joint à un 
.efprit élevé, k plus rare modeftie , 
k vertu la plus épurée , 6c pour ache- 
ver fon éloge en deux mots , elle vit 
cette digne fille de Simmaque fi par- 
faitement femblâble à fon pere y elle 
vit,& entièrement détachée de la 
vie , elle ne refpire plus que pour 
vous. Ah ! fi quelque chofe peut altérer 
le bonheur que vous avez de poffeder 
une femme fi refpeftable^’eft de voir 

S [ue l'amour qu’elle a pour vous la 
ait languir de douleur. Que dirai-je 
de vos fils qui ont déjà été Confuls , 
qui y dès leur plus tendre jeüneflfe, 

C i i/ 



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y 4 La Çonfolation 

ont montré par tant d’endroits qu’ils 
ont l’efprit de leur pere & de leur 
aïeul ? Àh ! fi tous les mortels font tant 
d’état de la vie, ne devez-vous pas 
vous eftimer heureux , C \ vous confi- 
dérez qu’il vous refté encore ce que 
tout le monde eftime plus que la vie ? 
Eflùyez donc vos larmes , la fortune 
ne vous a pas encore dépouillé de 
tout y vous ne devez pas vous regar- 
der comme accablé par cette tem- 
pête. Tel qu’un vain eau qui n’a pas 
encore perdu fes ancres , il vous 
refte des reflources qui peuvent , en 
vous donnant beaucoup de consola- 
tion- dans votre état préfent , vous 
donner de Juffes efpérances d’un 
meilleur avenir. Àh ! que ces ref- 
fources me relient , m’écriai-je ; tant 
que je n’en ferai pas privé , de quel- 
que façon que les chofes tournent, 
j’efpére de me fauver de ce nau- 
frage. Vous voyez cependant com- 
bien j’ai perdu de mes dignités & de 
l’éclat dont je brillois. J’ai déjà, me 
répondit-elle , j’ai déjà gagné quel- 
que chofe , puisque vous n ’êtes pas 



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de là Philofophie. ff 

entièrement mécontent de votre fort. 
Mais je ne puis vous pardonner vo- 
tre excèffive délicatelie. Quoi ! vous 
vou$ croyez malheureux , parce qu’il 
manque quelque ehofe à votre féli- 
cité ? Eh î quel eft donc l’homme 
dont le bonheur foiù ^flTez parfait 
pour qu’il n’y ait rien dans fon état 
dont il puifle fe plaindre ? C’eft en 
effet une chofe bien bizarre & bien 
ihqufétante que la nature des biens 
de ce monde > car on ne les .pofTéde 
jamais tous enfemble $ ou fi àn les 
poffédè , ce n’eft jamais pour long- 
fems. Celui-ci régorge de richefles , 
mais fa naiflance ïe fait rougir. Ce- 
lui-là eft d’un fang illuflre , d’une, 
ihaifon connue j mais la médiocrité 
de fa fortune lui fait defirer de réfter 
inconnu au monde entier. Celui-ci 
eft tôut à la fois noble 8c riche} mais 
il pafle fes jours dans un célibat affii- " 
géant. Cet autre a fait une alliance 
neureufe y mais privé des enfans qui 
en étoient le fruit, il voit avec regret 
que fes biens vont paffer en des mains 
étrangères. Un autre enfin voit fous* - 

Civ 



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JT# -La Cohj dation , 

les yeux une nombreufe famille j 
mais la mauvaife conduite de fon 
ils ou de fa fille eft pour lui une 
lourcer intariffable de chagrins & de 
larmes; Ainû nul n’eft content de fon 
état ; car il n’en eft aucun , ou qui 
ne foupire aprè* ce qu’il ne connoît 

Î as , ou qui nait lieu de regretter 
e l avoir connu & éprouvé. Ajou- 
tez à cela l’extrême fenfibilité des- 
gens heureux. Si tout ne leur vient 
pas à fouhait i la moindre chofe ré- 
volte leur délicatefle , qui n’eft point 
accoutumée à fe voir contrarier } un 
rien empoifonne leur félicité : vous- 
êtes de ce nombre. En effet, com- 
bien fe croiroient au plus haut degré 
du bonheur, s’ils avoient la moindre 
portion des débris de votre fortune.- 
Ce lieu qui eft un exil pour vous, 
eft une patrie bien chere à ceux qui 
en font nés citoyens. Nul n’eft mal- 
heureux (jue celui qui croit l’être * T 
Sc celui-la au contraire eft toujours 
heureux, qui fçait fupporter avec une 
parfaitè égalité dame tous les événe? 
mens de cette vie. Mais quelqu’heu-* 



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de la Philofophie , 57 

reux que l’on foit , fi Ion fe laide 
aller inconfidérément aux mouve- 
rnens de l’impatience, on defirera 
fans celle de changer de fituation & 
d’état. Que les douceurs de cette vie 
font mêlées de cuifantes amertumes! 
Félicité peu durable, fi ta poiïeflîon 
a quelques agrémens , qu’il eft cruel 
pour l’homme de ne pouvoir te fixer* 
& d’être expofé tous les jours à de- 
venir la vidime de ton inftabilité ! 
Non , la prétendue félicité des hom- 
mes n’eft qu’une véritable mifere , 
puifqu’elle n’a m allez d’étendue 
pour remplir les defirs fans ceffe re- 
naiflans des uns , ni aflfez de durée 
pour fatisfaire la confiance des au- 
tres. Pourquoi donc * ô mortels ! 
cherchez-vous au dehors une félicité 
que vous ne trouverez qu’au dedans 
de vous-mêmes ? Vous êtes dans une 
dangereufe erreur , dans une igno- 
rance bien pernicieufe ! Ecoutez- 
moi, je vas en deux mots vous ap- 

E rendre en quoi confifte le fouveram 
onheur. Avez- vous rien de plus? 
cher que vous-même ? Non , me di- 

Cv 



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5 8 La Confolation 

rez-vous. Eh bien ! fi vous êtes vrai* 
ment raiformable , vraiment maître 
de vous-même, vous pofledez ce 
que vous ne voudrez , ni ne pourrez 
jamais perdre. Pour vous faire donc 
connoître que la vraie félicité ne coi* 
iîfte point dans tout ce qui dépend 
du hafard , raifonnez ainn avec moir 
Si la félicité eft le fouverain bien 
d’un être raifonnable y & qu'on ne 
puifte appeller fouverain bien celui 
qui peut nous être ravi , puifque 
ce qui n’eft point fujet à la viciffi- 
fcude lui eft certainement préférable , 
concluons que la fortune , puifqu’elle 
eft inconftante , ne peut jamais nous 
procurer le vrai bonheur 5 car celui 

3 ui croit que la fortune le peut cond- 
uire à la félicité, fçait qu’elle eft 
fujètte au changement , ou il ne le 
fçait pas : s’il Fignore, peut-il fe 
croire heureux vivant, comme il fait, 
dans une aveugle ignorance j & s’il 
le fçait , ne doit-il pas fans celle 
craindre de perdre ce qu'il fçait qu’il 
peut perdre à tout moment. Or peut- 
il être heureux dans les tranfes d’une 



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tes vrai 
ni 
iïtn 
pourra 
redoi 
:necû! 
défis! 
^ecniii 
lin b 
[U on il 
en cela 
ptiiff 
à vicï 
fcrable, 
ifqu’ei 
aisnoe 
ir cet 

iïftCff 

'elle il 
il net 
ut-il f 
eilfe 

1 S c^ 
.'aitft’îl 

x 



de la Philofophkm 5 9 

crainte continuelle ? Que s*il fait 
aflez peu de cas de ces biens pour 
’ n’en pas regretter la perte , c’eft la; 
preuve la mus formelle de leur fri- 
volité. Mais vous qui ,. perfuadé par 
tant de raifons démonftratives , croyez 
que lame ell immortelle , & qui 
voyez que le bonheur de ce monde 
finît avec k vie , vous ne pouvez 
douter que fi le bonheur de l’homme 
conftfte dans ces biens paflagers , lx 
mort ne foit pour lui le comble du 
malheur. Mais fi au contraire il efE 
des âmes généreufes qui , pour arri* 
ver au bonheur, non-feulement ont 
facrifié leur vie , mais ont bravé 
même les fupplices les plus cruels , 
comment peut- on penfer que cette 
vie peut faire des heureux , puilque 
fa peïte n’eft point un véritable mal* 
heur? 

Quiconque veut fe procurer une 
demeuf e v affinée & durable, qui foit 
à l’épreuve des efforts des' veUts , St 
de la violence des ffots , qù’rf n’èifc 
pofe fes fbndemens. ni fût une mon- 
tagne élevée * ni dans des febleé 

cvj 

♦ 



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60 La Confalation - 

arides* Les vents fou filent avec plus^ 
d’impétuofité fur le fommet des mon- 
tagnes y c’eft-là qu’ils exercent toute, \ 
leur fureur ; votre édifice y feroit 
expofé aune ruine prochaine : if ne 
feroit pas plus affiiré fur un fable 
mouvant , incapable d* en fupporter 
le poids. Préferez donc à une fi tua- 
tion plus agréable > un lieu plus bas 
& plus folide : là vous habiterez tran- 
quillement. Que le vent gronde, que 
la mer mugitfe *. que le ciel tonne > 
rien ne pourra troubler la paix pro- 
fonde dons- vous y jouirez. . 

Mais je m apperçois que mes rai- 
fôns commencent à faire quelqu’im- 
preflion fur votre efprit & fur votre 
cœur y je vas donc aller plus avant* 

& vous propofer des motifs de con- 
fblàtion pluspuiiïans encore. Je veux* 
pour un moment , que lés biens de 
la fortune foient plus durables & 
moins caduques qu’ils ne le font en 
effet, y a-t-ifpour cela quelque chofé 
en eux qui puifle vous devenir pro- 
pre & vous appartenir véritablement, 
ou qui , bien confidéré , ne doive vous 



♦ 



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de la Ph'dôfophU. 6ï 

âroître vil £c méprifable ? Les biens 
de ce monde font-ils précieux pat 
leur nature , Ou par 1 opinion que 
nous en avons ? Lequel de tous ces 
biens eft le plus précieux ? Eft-ce une 
maffe d'or, un amas immenfe d’ar- 
gent ? Mais 1er & l’argent n'ont de 
mérite qu’autant qu’on s’en fert ; 
l’avarice qui les amaflfe eft un 1 vice 
odieux ; la libéralité qui les répand , 
eft une fource de gloire. Mais en 
faifant uïage de cet or & de cet ar- 
gent, vous ceflez de le pofféder; M 
n’a donc aucun prix tant qu’il eft i 
vous , puifqu’il n’en a que quand 
Vous le diftribuez aux autres. Qu’un 
feul homme raffèmble tout ce qu’il 
y a d’or &c d’argent fur la terre , fon 
abondance appauvrira le refte des 
mortels. Qu’eft-ce donc qu’un pareil 
bien ? -La voix d’un feul homme fe 
fait entendre toute entière à une mul- 
titude , chacun de ceux qui k com- 
pofeht, l’entend également ÿ au con- 
traire , l’argent ne peut qu’en fe par- 
tageant être poffédé par plufieurs^ 
or en le partageant > celui qui le 



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€i Là fconfoiation 

poflédoit s’en dépouille lui -même* 
Que les richefles les plus abondante# 
font donc peu de choie , puifque plu- 
fleurs ne peuvent enfemble les polfé- 
der toutes entières , & qu’un feul ne 
les peutpofTéder fans réduire tous le# 
autres à la mifere ! Seroit-ce leclat 
des pierres précieufes qui attirerait 
vos regards ? Mais fout leur éclat n’en 
peut communiquer à ceux qui les po£ 
iédent. Eft-il poflible que les homme# 

f uiflent admirer de pareilles chofes ! 

Jne créature vivante & raiformable 
peut-elle donc être fi touchée de la; 
beauté d’un être matériel de inanimé? 
Je fçais que ces brillantes produ- 
éèions de la nature , font l’ouvrage 
de Dieu , & qu’elles ont en effet 
quelques traits de beauté > mais elles 
font d’un ordre fi inférieur aux créa- 
tures raifionnables , que je ne con- 
çois pas comment des hommes peu^ 
vent, à leur vue , être frappés d’ad- 
miration. Les beautés de nos campa- 
gnes feroient-elles vos délices ? Et 
pourquoi non ? Elles font une des 
plus belles parties des ouvrages dtf 



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de la Vhilofophie. (f) 

Créateur. Nous admirons aufli le 
grand fpe&acle qu’offrent à nos yeux 
Pimmenfe plaine de l’Océan , lorfque 
fon onde n’eft point agîtée , cette 
voûte azurée qui embraue le monde , 
les aftres qui y font attachés , le fo- 
leil, la lune, &c; mais toutes ces 
chofes ne vous font-elles pas entiè- 
rement étrangères ? De toute leur 
fplendeur, en rejaillit-il fur vous? 
le moindre rayon ? Brillez-vous de 
Lpelat des fleurs que le printems fait 
eclore ? Contribuez-vous en quelque 
chofe à la maturité des fruits que 
l’été nous prodigué ? Pourquoi vous 
faiflez-vous féduire par des plaifïrs 
frivoles ? Pourquoi regardez-vous 
comme à vous apparrenans des bien» 

Î ui font tout-à-fait hors de vous ? 

amais la fortune ne pourra vous 
approprier ce qui, par fa nature, 
vous eft abfolument étranger. Les 
fruits de la terre. Je le fçais, font 
deftinésà erre les alimens des créa- 
tures vivantes j maïs vous n r enf de- 
vez defirer que ce que le befoin 
exige ;leur fuperfluité n’eft point, une 



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64 . La Conjolatlon 

fortune pour vous. La nature fe con- 
tente de peu * fi vous la iurcharge? 
.par des excès , vous éprouverez urie 
là tié té toujours défagreable ., fouvent 
pernicieufe. Vous penferez peut-être 
qu’il eft glorieux de briller par la 
variété & la magnificence des habil- 
lemens * mais que vous en revient- 
il? S’ils flattent ma vue, je mécon- 
tenterai d’en admirer la matière , ou 
de louer l’art de l’ouvrier. Seroit-il 

Î jlus glorieux de fe voir fuivi d’une 
ouïe nombreufe de valets? Mais s’m 
font pour la plupart des gens vi- 
cieux , votre maifon fera un compofé 
odieux à tout le monde, Sc dange- 
reux pour vous-même: s’ils font gens 
de bien , leur probité n eft point la 
vôtre. D’où je conclus que toutes ces 
chofes que vous comptez au nombre 
de vos biens, ne vous appartiennent 
point véritablement, & ne fontpoint 
votre bonheur; & fi elles n’ont rien 

2 ui mérité votre eftime & vos de- 
rs y pourquoi avez- vous tant de joie 
quand vous les poffédez , & tant de 
douleur quand vous les perdez ? Si 



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de la PhilôfopMe . 

elles ne tiennent leur beauté que de 
la nature, elles plairôient quand 
elles ne feraient pas au nombre de 
vos pofleffions j car ce n^eft pas parce 
que Vous les poffédez quelles font 
précieufes : mais c’eft parce quelles 
vous ont paru précieuses , que vous 
avez jugé à propo?' de les compter 
parmi vos richfe (Tes. Pourquoi donc 
defirez-vbus avec tant d’empreffe- 
ment les biens de la fortune ? Peut- 
être cherchez-vous , par f abondance 5 
à éviter la pauvreté. Vous vous 
trompez , il faut en effet tant de 
chofes pour foutenir une grande mai- 
fon, que dans la vérité, il manque 
toujours beaucoup à celui qui la 
tient j & qu’au contraire, il ne man- 
que prefque jamais rien à celui qui 
mefure fon aifance fur ce qui futfit 
a fes befoins* & non fur ce quil fau- 
drait pour raflafier les defirs déréglés 
d’une ambition qui le porte a mille 
fuperfluités. Quoi donc ! eft-ce parce 
que vous n’avez en vous-même aucun 
bien qui vous foit propre , que vous 
cherchez votre bonheur dans ce qui 



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f 6 "La Confolatiotl 

eft hors de vous, ôc Totalement étran* 
ger ? Quel renverfement ! L’homme, 
cet être en qui brille une émanation 
de la raifon divine , s’imaginera ne 
pouvoir briller que par la polfelfion 
de miHe bagatelles dépourvues de 
vie 6c de fentiment 1 Chaque être fe 
contente de ce qui eft en lui ; l’hom- 
me feul , dont lame eft l’image de 
Dieu , peu content de l’excellence 
de fan être , cherche à l’embellir par 
les prcdudions de la nature, & il né 
voit pas , l’aveugle qu’il eft, l’ou- 
rrage qu’il Fait a la bonté & à la fa- 
gene de Fon Créateur. Le maître 
iouverain de l’univers a voulu que 
l’homme Fixe élevé au-deflus de tout 
ce qui eft fur la terre , & l’homme 
infenfé f^ dégrade 6c s’abaifle au* 
deflèus dd| plus viles créatures. Car 
£ tout ce qui Fait le vrai bonheur 
d’un être , eft plus eftimable que cet 
être lui-même, dès que vous mettez * 
ô mortels ! votre félicité dans les 
biens de ce monde , vous les mettez 
audeftus de vous , & vous avez ert 
quelque forte raifon; car telle eft 



, y Google 




de là Philofophie. 

votre condition , que lorfque vous 
connoiffez votre excellence , vous êtes 
en effet audeffus de tous les autres 
êtres que renferme ce bas monde : mais 
fi vous êtes affez aveugles pour ne vous 
pas connoître vous-mêmes ,vous êtes 
au-delïbus des plus viles animaux. Nfe 
fe pas connoître , eft une fuite nécef- 
faire de leur nature \ mais ce feroit 
dans Thomme un défaut inexcttfable 
que votre erreur. Que votre erreur, 
encore une fois , eft étrange, o homme ! 
de penfer que les chofes qui font hors 
de vous peuvent vous donner quel- 
que mérite & quelqu* éclat. Non , 
cela eft impoffible. Un ornement ex- 
térieur a beau briller , il ne commu- 
nique à ce quil couvre aucun luftre 
véritable , le ne peut donner aucun 
mérite à celui qui n’en a point. D’ail- 
leurs , jo foutiens que c’eft proftituer 
le nom de bien que de le donner aux 
chofes qui peuvent nous nuire. V ous 
conviendrez de ce principe fans 
doute. Or il eft certain que les ri- 
chefTes ont caufé les plus grands pré- 
judices à ceux qui les pofledoient , 



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68 La Confôlatiori 

puifqu elles ont toujours été l’objet 
de la cupidité des hommes les plus 
médians , qui cherchent à s’appro- 
prier , par toutes fortes voies, le 
bien d’autrui , parce qu’ils s’eftimenr 
feuls dignes de poflcder tout ce qu’il 
y a de tréfors fur la terre. Jugez-en 
par vous-meme, vous qui craignez à 
tout inftant que «r pour vous ravir 
y os richefles, on ne cherche mille 
moyens, de vous faire périr. Vous 
chanteriez tranquillement, en la pré- 
.lcnce meme de voleurs, fi vous étiez 
toé fans bien & fans fortune (a). O le 
trifte avantage que celui d’être riche, 
puifqu ’on n’en peut jouir qu’aux dé- 
pens de fon repos & de fa tran- 
quillité ! 

Heureux & mille fois heureux ce 

(a) Boece fait alliifîon &ce vers de Juven^’ 

Cantàbit vacuus , coram latrone ,* vlator . 

dont voici une tràduaion ancienne , qui a dii 
üioms le mérite de la naïveté. * 

Le voyageur qui n ’a rien dans fa bourfe , 

Va fon chemih fans aucunes frayeurs^ 

Ht gai tout le. long de fa courte , 

, Citante iU barbe des voleuse 



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dt là Vhilofophiè. 

premier âge du monde , où i'homm^ 
fe contenroit. des produ&ions de iF 
nature ! le luxe & la fenfualité n/a- ' 
voient point encore corrompu les' 
moeurs. Il ne connoilToit ni l’art de 
teindre en pourpre la brillante dé- 
pouille du ver à foie , ni celui d ap- 
prêter les mets , & de travailler les 
vins. Après une longue diète , un peu 
de glands fuffifgit à fa faim. Un ga- 
zon frais lui procuroit un Ibmmeil 
tranquille. Ufe défaltéroit au courant 
d un ruifleau y & pour fe rafraîchir , 
il n’avoit befoin que de l’ombre d’un 
epai» feuillage. Il ne s’çxpofoit point 
lur les flots de l’élément perfide 
jwur aller ramaffer dans des climats 
éloignés les marchandées inconnues 
a la patrie. Le bruit des trompettes 
neffrayoit point alors l’univers ; la 
haine & la cruauté ne trempoient 
point leurs mains dans le fane des 
mortels. Car qui’eût été aflez infenfé 
pour commencer le premier une 
guerre ou al aurôit eu toutàcrain- 
dre & rien à gagner ? Plût - au ciel 
<jue les mœurs de cet âge HeureU* 



, y Google 




70 JLa Confolâtion 

régnaient dans le notre ! Mais U 
ffipidité eft aujourd’hui plus ardente 
que les fournaifes du mont Etna. Ah J 
quel eft le malheureux mortel qui 
le premier arracha des entrailles 
de la terre cet or Sc les diamans , 
tréfors funeftes que la .nature y avoit 
fi profondément & li fagement ca- 
ches ! 

Que dirai-je des dignités & du 
pouvoir fouverain ? Vous regardez 
comme des dieux ceux qui les pofTé- 
dent y parce que vous ignorez ce que 
c eft que la vraie grandeur & la vraie 
puiflance. Si les méchans deviennent 
dépofîtaires de l’autorité fouveraine, 
les fleuves de feu qui fortent des 
vplcans , les torrens impétueux du 
plus affreux déluge , n’ont rien de 
comparable aux ravages qu’ils fer 
ront fur la terre. Le Gouvernement 
Gonfulaire ? vous le fçayez , ce 
principe heureux de la liberté > ne 
dégénéra -t-il pas T autrefois dans un 
fi grand excès d’orgueil & d’in- 
folence , que yqs ancêrres furent 
prêts de l'abolir ,, comme ils ayoienç> 



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de h Philofophie . 71 

autrefois aboli , par la même raifon, 
le pouvoir tyrannique des Rois. Que 
ii les dignités (ce qui eft très-rare ) 
tombent entre les mains des gens de 
bien, quaime-t-on en eux? Ce n’eft 
pas leurs dignités , mais le bon ufage 
qu’ils en font , de ce font moins les 

! grandeurs qui honorent la vertu, que 
a vertu qui honore les grandeurs, 
£h ! qu’eft-ce après tout que cette 
puiflance & cette grandeur fi yantée 
il defirée ? Confidérez quels font 
içeux’ fur qui, vous ambitionnez de 
dominer; car pourriez-yous , fans 
éclater de rire , voir un infe&e (a) 
vain & fuperbe , trancher du monar- 
que, ÿc s’arroger l’empire fur ceux 
de fon efpéce ? Et qu’y a-t-il au vrai 
de plus foible qiie l’homme , fi vous 
ne confidérez que fon corps ? Le 
moindre de? infe&es peut déranger 
les relForts de cette fragile machine, 
j&c la détruire même entièrement. 
Or le plus grand des ^Monarques ne 
■ , 1 ■ — * 1 y • m ' - ^ 
- (a) Le texte porte ; N 4m fi ïqctr 
yticrc , unum 9 &C* 



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fl %aÇonfolation 

peut étendre plus loin fon pouvoir y 
il ne peut l’exercer que fur les corps 
qui font fi peu dé chofe , ou fur la 
fortune , qui eft quelque chofe dé 
moindre encore. Pour lame, elle eft 
libre & fouveraine d’elle-même ? en 
Vain tenteroit-on de l’affujettir. Lorf 
que , par fes réflexipns , elle s’eft 
procure la paix intérieure, qui pour- 
roit la lui ravir? Rappeliez-vous ce 
tyran qui penfoit qu a force de fup- 
plices , il arracherait de la bouche 
d’un citoyen le fecret d’une confpi- 
ration formée contre lui. Que fon 
attente fut honteufement trompée! 
Cet homme courageux trancha fa 
langue avec fes dents ; & la crachant 
au vifage du tyran, il fit triompher 
fon courage par les tourmens memes 
par lefquels ce rnpnftxe croyoit faire 
triompner fpn inhumanité. Et quel 
mal peutrpn faire * qu’ on ne doive 
craindre d’éprouver à fon tour ?BU 
fcîris égorgeoit fes hôtes ; Hercule 
Payant logé chez lur, vengea leur 
mort en l’égorgeant lui-mêmei Ré- 
gula yginqueur avoit * donné des 

fers 



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là Pfiiiojfbpjk't. Vfô 

/ers aux Carthaginois ; vaiacff â'fon 
tour , H tomba dans -leurs fer»., Quel 
■cas peut-on donc faire de la puiffance 
•d’un homme qui ne peut empêcher 
^ue ce qu’il a fait aux autires , -ne lui 
doit fait à lui-unême ? ; ■ 

; D’ailleurs , f» la puiffance & le* 

f raudeurs etoient , par leur nature , 
e^biens réels & véritables , jamais 
les mechans ne les pofïederoient. Les 
contraires ne s’allient point enfem- 
hle 4 c’eft la loi de la nature. Puifque 
l nC m cdhans , &c .les plus 
chans mêmes, poffédem très-fouvent 
les plus grandes . dignités, il fautné- 
ceüairement en conclure que ces pré- 
tendus avantages ne font pas de vrais 
biens» • 

Pour en juger encore mieux , exa- 
xmnons-en les effets'. On reconnoît 
la^rorce .& la iouplefle des organes 
* “ * orce & à la légéreté des mou- 
vemens du corps 5 on reconnoît le 
Muficien à fon chant ou à fa compo. 
fition , le [Médecin au fuecès deffa 
pratique ,1 Orateur à l’éloquence de» 
d»«fes difcours } car chaque chofe 
1 D 



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^^duitco qifi eft conforme a fa m- 
jüitê , & éft incompatible avec ce qui 
#& d’une nature contraire : or ni les 
tricbelïes ne peuvent foisfore les 
defirs de la cupidité 9 ni la pmflance 
la plus abfolue ne peut rendre mai- 
grie de foi^mèoae ain cœur efdave de 
/es payions, ni les dignités les plus 
refpeétables ne peuvent rendre 4ef- 
peétables les mechans qui les poffi> 
dent j an contraire , loin de leur don- 
ner aucun degré de mérite * elles ne 
fervent . qu’à mettre leur indignité 
dans un plus grand jour. 

D ou vient ce contrafte ? C ’eft que 
nous donnons à ces choies des noms 
iqui ne leur conviennent point , com- 
me il eft aifé d’en juger par leurs 
-effets. Oui , c’eft fois raifonque vous 
leur prodiguez les nomsde ricfoeflês; 
de puiflànce & de dignités ; $c potf i 
rout dire , en un mot , rién de ceijiù 
eft fous l’empire de la fortune ireft 
ni véritablement defirable ni bon en 
lui-même; puifque le plus louvent 
ce qui dépend d’elle n’eft point fe 
•fartage dp? geaçdç 



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éèîa TkilofophU* J’Ç 

f as gens de bien les médians quelle 
en favorife. 

Quels meurtres , quels ravages a* 
point fait Néron , ce motrftre -aétefta- 
çle rpii brûla la capitale du monde , 
en égorgea les Sénateurs , empoi- 
fonna ion frere , trempa fes main# 
parricides dans le lang de ùl ■ mere £ 
■& par une abominable curiofité , ofa 
promener fur fes charmes éteints par 
la mort , des yeux que les remords 
auroient dû remplir de larmes. Ce 
tyran, dont la mémoire fera â jamais 
en horredr , étoit pourtant le plus 
puiflànt des hommes. Son Empire 
«mbraffoit tout ce qui eft compris 
«ntre les climats glacés du Nord, & 
fe plaines brûlantes du Midi. Maître 
de l’univers, il ne put l%re dé fa 
fureur j & pour la fîgrralèr davan- 
tage , il fe fervit également du fer ' 
& du poifon. 

-Mais, je n’ai jamais., lui dis-je 
4, F s j e }^, dominé par l’ambition. 
Jai délire feulement le pouvoir de 
a^e le bien , & les occafîons d’exer- 
cer ma vertu j que loifiveté pouvoir 
* Dif, 



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7 & Confolatiofi 

énerver, C’eft-là, mç rçppndit-ellej 
lapaflîon des grandes âmes, mais qui 
pourtant ne font point encore arri- 
vées à la perfection. Elles fe laiflenj 
enflammer par le. dçlîr d’acquérir de 
ia gloire , en fervant utilement lejxr 
patrie, Çette pafÏÏon eft belle faijs 
doute j mais au fpnd j ^qu’elle eft 
frivole ! Confidérez en effet çe que 
c’eft que la terre. Il eft démontré que 
comparée à la yafte étendue descieux, 
elle n’efl qu’uji point, un rien dan? 
funivers. Or de çette tfcrrç, quieft 
£ peu de çhofe à peine , cpmme lç 
dit Ptolémée , la quatrième partie erç 
çft-elle habitée ? Si de ceçre partie, 
nous retranchons encore çe que le? 
lacs & les mers couyrent de leur? 
çaus: , ÿf ce que. les dëferts en occu- 
pent , à quoi fé réduira çe que le? j 
npmmes en habitent ? Cependant ren- 
fermé dans un point de cette petitç . 
partie de l’uniyers , yous fongez a la 
remplir du bruit de votre renommée, 

Sç à y rendre votre nonv célébré. La 
belle gloire en effet que celle qui 
çft çoncentréç dfi^s des bornes atiw I 



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de la Philofopkie. Jy 

étroites ! & encore cet efpace fi borné 
partagé centre t des nations dont 
les langues., les. mœurs & la maniéré 
de vivre^font fi différentes ! La diffi- 
culté des chemins , k.diverfitù du 
langage. , le peu d’habitude & de réf- 
lation quelles ont entr elles , font 
• autant d’obftacles qui empêcheront 
votre réputation de s’y répandre. Eh! 
comment un particulier y, fer oit-il 
connu ? la plupart des villes ne le 
font pas. Cicéron nous apprend que 
de fon tems l’Empire Romain , qui 
pour lors étoit au plus haut point de 
la gloire , & fi formidable aux Par-»- 
thes , <if était Jpas cohnu au-delà du 
mont Caucafle. / Voyez donc .dans 
quelles bornes étroites fera concen- 
trée cette gloire , que vous perifëzL 
étendre autant que l’univers ! Le nord 
d’un citoyen Romain fe fera-t-il con- 
ribître où l’Empire Romain ri’efl pas 
connu ldi-même» ? Ajoutez à cela que 
les préjugés des nations font fi oppo- 
fés les uns- aux autres , que te qu* 
mérite unie coutonne chez les unes , 
eft puni de mort chez les autres, 
Diij 



, v Google 




7 # ' La Canfàktlàti 

Ainû donc quelqu’af&mé de gloire 
qaé> vous fb yez>, tous ne parvien- 
drez jamais à étendre la votre panai 
les peuples divers qui vous environ* 
fient. Contentez-vous: donc de voir 
votre renommée renfermée dans vo- 
tre patrie , & cette gloire immortelle 
qui fait l’objet de vos defirs les pins, 
ardens , concentrée au milieu de vos 
concitoyens. Êtes-vous fnr meme 
qu’elle paflera à la pofterité ? Com- 
bien de noms illuftres, faute d’Hifto- 
riens qui les aient célébrés, font dans 
tin oubli éternel ! les. hiftoires elles- 
mêmes j ainfi que leurs Auteurs , ne 
vout^elles pfts le > perdre dans J’onb 
bre de l’avenir ? Vous vous flattez 
pourtant d’une glorieufo immorta* 
rite , & vous prenez pour une réa?- 
lité l’idée chimérique que vous vous 
en formez. Mais quelque puiffe être 
h. durée dé votre gloire , qu’efrelle 
comparée avec ^éternité ? JLe moin- 
dre moment ' a quelqüe proportion 
4Vec dix mille années , parce essieux 
efpaceS font finis 8c limités ^ mais 
multipliés tant qu’il vous plaira ces 



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de là Fhihfopbfc. 79 ; 

dix Aille anàées i>, la femme: en . 

r^fiidœra ne .pour#*) fîAûisieofreïien 
mi^èéütn ^^ l&jdûr<fe infinie de 
l.’étetiîM Gai:;fi iîbpfe dintd 
limitée a toujours quelque^ propos 

don avec une autre qui i’eft auffi , 
qlie ne peut jamais en avoir aucune 
avec ; rinSâni Àinjfi quelquetendue ^ 
quelque durée quepuifle avoir votte 
gloire v ; elle doit être regardée par^ 
apport i l’inéjmifeble duree de l’étfr-î; 
liite , non-feulement comme peu de' 
cîhofe, mais comme un vrai néant. 
Cependant , infenfés ! vous ne faites 
le Bien que pour acquérir cette vaine 
&mée de gloire^; cette rombre de 
réputation. La récompenfè de vos 
avions q m vous ne devriez attendre 
que du témoignage fatisfailant de 
votre confcience , & du plaifir 
derpmtiquer la vertu pour la Vertu. 
mSme , vous la. cherchez dans l’opi-^ 
niioa & dans Les vains difcours des' 
hommes* Foiblefle ridicule 9 dont un 
certain railleur fe moqua bien plai- 
Êimment un jour. Un de cesPfiilo- 
fophes , qui ne le font que de nom., 

D iv 



, y Google 




SO’ LaConfoïcuion 

ayant été infüké pàr quelqu’un. Voici 
le rrtômenr , lui dit notre railleur r 
de connoître fi tu es véritablement 
Philofophe, ta patience en décidera. 
Alors le prétendu fage raffemble tou* 
tes les forces de fon amende contienr 
de fon mieux y 8c fier de fa vi&oire, 
ai-je fçu fouffrir ? fuis-je Philofophe? 
s’écria-t-il infolemment. Je croirois- 

S tu l’es, dit Je railleur, frtu avois 
te taire. Qu’il' nie foit permis de 
le dirfe , ces hommes diftingués qui 
ne penfent qu a la gloire \ car c’elk 
d’eux qu’il s’agit ici , que leur re-' 
viendra-t-il après leur mort de toute 5 
la renommée qu’ils fe feront faite* 
ici-bas'? Garffiy ce que je mie crois- 
bien Fondé k nier , l’homme meurt 
tout entier , & que tout finiffe avec 
lui, fa gloire ne fera plus rien quand 
il ne fera plus. Si au contraire l’ame? 
qiri /fi’a rien à fe reprocher , dès - 
qu’elle r eft délivrée de la prifom de: 
fon corps, via foire fon féjourdans. les 
cieux y iraffofrée d’une gloire plus 
pure, elle méprife toute la gloire de 
ce bas monde. Peufe-t-on aux yani- 
vi ü. 



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<fe la PMlofop Me , &î 

tés de la- tefre $ quand oh joijit des 
biens folides qui nous- font, réfervés 
dans le ciel ? 

Que celui qui met le fouveîain bien 
daiis la glaire , ôc qui n’a de paffion 
®qe pour telle ^ miefure' l’immenfe 
retendue des deux Sc iés bornes étroi- 
> tes i de la terre. Il aura honte, de cher- 
cher un nom qui, quelque célébré 
qu’il doit, ne remplira jamais ce petit 
amas de boue. Hommes orgueilleux^! 
vous cherchez ën vain à vbhs élever 
au-dedus de votre condition mortelle. 
.Quand votre renommée ; fêroit par- 
tout répandue j quand toutes les lan- 
gues publieraient vos louanges , la 
mort ne répétera ni les titres de 
votre maifon , ni ceux de votre gloire. 

' Elle frappe, également les grands & 
les petits. : fa faulx rend tout égal j &c 
où font .maintenant ce Fabricius , fi 
fidèle à rfa patrie j ce Brütus , fi géné- 
reux défendeur de la liberté j ce Car 
ton i cenfeur fi févére des mœuri ? 
Le peu de lettres qui forment leur 
nom , éft tout cè qui nous reftre d’eüXr 
•Ces noms fubfiftenr encore avec hon- 

Dv 



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Si Jjct Vvnjf&latfaûr:. 

aréur; mais que font devenus ceins 
qu’ils défignent ? Quelque foîr votre* 
renommée, vous n’en feréz pasbaoins: 
cendre & poufiiere dans le tombeau j 
•& ii vous -croyez quelle Vouls doii* 
«era tme fécondé, vie , longez que 
quand elle vidndra à s’anéantir ^ elle 
vous fora auflî éproiiv er u»e< fécondé 
mort. 

Mais afin que vous ne peniîez pas; 
que j’aie contre là fortune une haine 
implacable & afiez dér aifonnable pour 
•lie lui pas rendre jufticé , j’avoue 
qu’elle rend quelquefois Un graiad 
forvice aux hommes , & c’eft lorf- 
qu’elle fe montre à eux i découvert * 
& qu’elle leur fait connoître à fond 
fèn caractère &c fa conduite. Vous ne* 
comprenez p&ttr-ètre pas enedre de 
que je veux cfire ; c’éft en effet queS- 

3 ue chofo dê Ci fingulier , que j’ai 
è la peine à l’exprimer comme je le 
déliré. Je pénfe que la mauvaife fay 
tune èft plus avantageufe aux hom- 
mes que la prospérité. En effet, celle- 
^i les abafe continûellefneftt foUsi’ap 
patence féduétrice d’une fouifo feÛ* 



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de la Philofophk . 8 ) 

cite: celle-là leur découvre la vérité* 
lorfque, par fes changemens conti-r 
nuels, elle leur montré fcn inconr 
tance naturelle ? celie-ci^les abufp J 
celle-là les détrompe : celle-ci captiva 
leurs cocues par les -charmes des fau$ 
Biens de ce inonde ; celle-là leur 
rend la liberté , en leur faifant con T 
noîrre la fragilité & le néant. Auffi 
Pane eft toujours enflée d'orgueil , 
diflipatrice , infenfée 5 elle ne îe conr 
noir pas ^elle-même : Faute? 4 p con- 
traire / efi toujours fobre * ret^an^^ 
&c 1 adverfité qu’eile éprouve la , rend 

{ dus éclairée & plus prudente ; enfila 
à profpérité corrompt les gens d? 
Bien meme a & les entraîne au mal ; 
là mauvaife fortune au contr^àr^ 1^ 
arrache à ,k corruption > &c les force 
de fe tourner du coté du vrai bien. 
Et ne regardez-vous pas comme quel- 
que <b®ïé dfe bien prédieu^ Favanr 
Cage que Vojjs f a jHrjoeuré cette ÉGUtuW 
Jan^t^hk-que vous fp 
^Vous > kifftnt »cohnoître;ià ibnd 
: c<eurde -vOs amis : vqus ià^ 2 ,paf- 
Jfea moyfôar ■ *ec<w*nu jcsi^qui mit**- 

D vj 



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La Coftjblatîo'n 1 ; 

terit ce aoihdavec ceux-qui n’avoiettf 
que le marque de 1 amitié. Les amis 
ae h fortune vous ont abandonné 
les vôtres- vous font leftés fidèles,. A- 
quel' prix n auriez-vous pas acheté 
èètté < connoiflance tlàns le tems de 
votre prétendue félicité ? Ne vous 
pfeïghez doncplus d’avoir perdu de 
Vaines richelïes •} vous avez trouvé' 
le plus grand des- tréfors de vrais 
amis. - ; 

- ' Amitié! amour ! principes de toute 
onion , é’eft vous qui foites la ftabA 
litéde l univers. Si chaque jour lé 
fojeil far fort char nous ramene la lu- 
mière . s’il prête à la lune fa fplen- 
déàt pendant' la nuit , fi les flots im- 
pétueux de la- mer trouvent des bon 
fiés que lent fureur eft forcée de reA 
jpeâr-er, c eft l’amour tout-puiftantqui 
à établi ce bel ôrdré. Il régné fur li 
terre, dans la mer & dans les deux’, 
•S’il en abândonnoit un foui moment 
‘la conduite, cette harmonie ravif- 
: fonté fo chârigeroir en- urte guerre 
univerfélle': ce monde, doht tous les 
mouvemehs-font fi fagemént & fi-in* 



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dt la PUbfophU. .8 f 

Variablement réglés;, .trouvèrent ..ft, 
deftrudion dans tes élémens mêmes 
qui le compofent. C’eft lui qui unit 
les peuples entr’eux par les Tiens 
làcres de la focieté , il unit leslcoéûfs 
des époux^par des liens plus, tendres 
encore , ceux d un. chatte* mariage* O 
quelles hommes, feraient heureux fi 
cet amour regnoit toujours dans 
les âmes , comme il régné dan» les 
cieux !. 

f î '• ' ’ 

Fin du Livre fécond ► 




ê 



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SS .Là ConfoTauott 

livré troisième: 

Ë Nchahtï dfe ce xjuô la Philos 
faphie rendit de : me dire , je 
feftai long -tenu dans une efpéte de 
jkrilïênrsnt - y je n'enforris que pour 
nfécrier: ô puiflante confoiatrice des 
ecéurs affliges. ! la douceur de vos ao 
cens 3c 1 excellence de vos maxime# 
ont fait tant d’impreffion fur mon 
ame , que je me crois maintenant à 
lepreuve de tous les coups de la for- 
tune. Non-feulement je ne crains plus 
ces remèdes violens dont vous m’avez 
parlé, mais îe vous prie avec inftance 
de me les aaminiftrer (ans délai. J’ai 
bien fenti , me. répondit-elle , que mes 
difcours ont pénétrédans ton cœur. J’ai 
attendu patiemmemtes bonnes-difpo- 
fitions,ou plutôt je les ai produites en 
toi. Ce qui me refte à dire, femblable 
à certains remèdes , a quelqu’amer- 
tume d’abord j mais rien> n’elt plus 
agréable enfuite. Tu me parois extrê- 
mement a vide, mais ton ardeur feroit 



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de ià PMloJbp&fà* JBTgr 

encore mille fois plus violenté li tft 
fçavois où je yeux te conduire. C*eft 
à la félicité : félicité dont ni as bien 
quelque légère- idée } mais trop occupé 
de ce; qui n’en efl: que lapparéitçe 
tu ne peux encore la contempler eu 
eHe-tnemei Hâtez- vous donc, iuidi'SK 
fe > de. me lu faire coniioître telle 
quelle eflr. Je Fentrepfcends véloft* 
ciers^ ajouta-t-èlle ; mais je veux au- 
paravant eflayer de dépeindre ï’efr 
péeede béatitude qui t’ejtt connue^, 
•afin qu’envifageant enfoite fon con- 
traire y tu reconnoilTe enfin la vraie 
félicitée 

Quiconque veut fomer pour te- 
-cueillit , commente à défricher fon 
champ' & à en arracher les épines 
iSc les mauVaifes FrelrbeS., afin quçf 
ia terre débaricaflee de cès produ- 
irons iinutifos j, ^miflé fournar plus 
d’alimens auk précieux déns de Gér- 
rès. Si notre palais eft affeété pâr 
quelque chofe éFun goût dél&gtéftr 
Me , le miel que nous mangeons en*- 
foire nous paraîtra infiniment plu& 
doux. & plus, délicieux* La férénité^ 



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« La Çonfolatîon 

des dieux a des charmes plus puiflaiis 
après un violent orage. La clarté du 
jour n’eft jamais plus agréable qu’au 
moment pu l’aurore diffipe les épaif- 
fes ténèbres d’une fombre nuit. Ainfi 
eomriience par t’arracher aux illu- 
fions des biens faux & trompeurs , 
ôc le vrai bonheur, pénétrera plus 
•facilement dans ton ame. 

Alors les yeux fixés , recueillie en 
elle-même, 8c comme retirée dans 
le fan&uaire le plus intime de- fon 
ame ;• elle commença ainfi Ton di£- 
cours.-' , * . • , 

Tous les hommes que tant de 
foins agitent , que tant de pallions 
tourmentent , tendent par mille che- 
mins différens au même but, au 
bonheur, < Or le vrai bonheur eft 
celui qui fatisfait fi pleinement le 
coeur qui le pofiéde , qu’il ne lui réfte 

5 lus rien à cfefirer. Ce fouverain bien 
oit donc renfermer en foi tous les 
autres Biens j car il ne feroit pas le 
bien fuprême s’il laiffoit defirer quel- 
que chofe hors de lui. La béatitude 
eft donc un état parfait par la réu- 



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de la Philofopkie* ^ 

mon de tous les biens. C’eft à ce* 
état heureux que tous les hommes 
tendent par des routés différentes ÿ 
car tout homme' a un défit inné du 
vrai bien j - mais par une erreur fu* 
nefte , la plupart fe laifTe féduire par 
des biens faux & trompeurs. Les uns 
croyant que le bien fuprême confifte 
à ne manquer de rien > travaillent} 
nuit & jour à accumuler des richefe 
fes : les autres penfant qu’il confifte 
dans les honneurs , ne s’occupent que 
du foin d’y parvenir T afin de s’attirer 
les hommages de leurs concitoyens* 
Ceux-ci le mettent dans la fouve^ 
raine puiflance , & veulent en confé- 
quence ou regner fur les hommes , 
ou partager le pouvoir; de ceux qui 
portent ta couronne : ceux-là s’ima- 
ginent que la gloire eft le plus grand 
de tous les biens , & toute leur amr 
bition eft de fe rendre illuftres par 
les armes , ou par les fciences. Il en 
eft d’autres qui font confifter la féli- 
cité dans la joie , & qui ne croient 
d’heureux que ceux qui nagent dans 
les plaifirs* Il en eft même qui ne 



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fd La Confolatîori 

recherchent quelques-uns de ces 
moyens que pour fe procurer les 
autres. Tels font ceux qui rue déli- 
rent les riche (Tes , que pour en ache* 
ter k puiflknce ôc les plaifirs; ôc ceux 
qui n’ambicionnent le pouvoir fou- 
verain, que pour être en étatd’amaf- 
jfer des richelles ôc de fe faire un 
grand nom. Voilà donc ce qui par- 
tage toutes les affections des hom- 
mes ; Hlluftratiou , l’autorité ôc le£ 
rime publique > qui femblent être des 
foitrces infaillibles de gloire , une 
famille ôc des enfans qui femblent 
cnre une feurce allurée de joie: & 
de bonheur. < Je ne -parle point de 
l’amitié ; elle n’eft point du reffort 
de la fortune; elle ne reconnoîtque 
rempire de la vertu. Pour tout le 
reftè, on ne le recherche que pour 
s’affurer une piiiflànce plus abfolue , 
ou des plaifirs plus abondans. Les 
avantages du corps fe rapportent viffi 
Mement aux biens dont je viens de 
parler ; 4ar une conftiturion fèrre y 
une taille avantageufe, donnent une 
efpéce de fupériorité j la beauté donne 



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Je ta Phitofophie . çï 

Je la réputation , & la fanté eft la 
fource des plailîrs.On ne recherche 
en tout cela que la béatitude \ car il 
eft certain que ce que chacun déliré 
«avec le plus d ardeur , c eft ce qui lui 
paroîtêtre lefouverairt bien. Or, nous 
l’avons dit ., le fbuverain bien & la 
vraie félicité font une ..même chofe r 
chacun regarde donc l’objet de^fej 
délits comme le vrai bonheur.. Àinfi 
pour faire le tableau de la félicite de 
ce monde , il ne faut que reunir les- 
richefles , les dignités , la puiflance , 
la gloire 3c lés plailïrs. Epicure, qui 
ne conlidéroit que ces objets, Failoir 
en conféquence conlifter le vrai bieii 
.dans k feule volupté qu’ils produis 
.font tous plus ou moins j parce que 
chacun d*eux affeéte plus ou moins 
Taine,, mais toujours agréablement^ 
Revenons aux différons penchans des 
Jhommes ; tous cherchent le fouveraifl 
bien > mais leurs y eux étant obfcur r 
cis paj: ies affeétions humaines , ilf 
s’égarent foiivent dans la route qui y 
conduit. Tel dans le. fort de fort 
ivreffè, un homme accablé par le 



, y Google 




02 La Confotation 

Vin s’égare à la porte de fa maifbnï 
Qaoi donc \ a-t-on tort de faire tout 
te; qucm peut pour ne manquer de 
rien ? Non, fans doute \ puifque rien 
ne contribue plus au bonheur que* 
cette aifance aefirable par laquelle 
l’homme fe fuffit à lui-même , 6c n’a 
pas befoin d’autrui. A-t-on tort auffi 
de penfer que le bien fuprême eft 
fouverainement digne de nos hqpa- 
mages ? Encore moins j car ce qui 
Fait l’objet des defirs de tous les hom- 
mes , ne peut être que quelque chofe 
de fort refpeétable. La puillance ne 
doit-elle pas auflî être îtiife au rang 
dièS Vrais biens ? peut-il y avoir rien 
de parfait fans elle ? la gloire n’a- 
t-elle pas aüflifon prix? ce qui eft foit- 
veraïnement excellent peut-il ne pas 
être infiniment glorieux ? Je ne parle 
point des plaiurs , mais la béatitude 
ne pèut certainement être accom- 
pagnée de trifiéfle. La béatitude eft 
l’objet de tous les defirs^ & l’on ne 
defire jamais que 'ce qülfait plaifir. 
Les hommes . ne recherchent donc les 
dignités, la puiflfancé , la gloire, k 



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de la Phîlofophie* 9 y 

Volupté, que parce qu’ils penfent par 
ces choies, ie procurer 1 aifance de 
la vie , dçs hommages flatteurs , une 
réputation éclatante & une fatisfa- 
#ion parfajte. C’eft donc au vrai 
bien cpp. les hommes tendent par 
tant de roptes différentes , & telle 
çft la force invincible de leur na-^ 
ture, que quoiqu’ils foient fi peu 
d’accord fur les moyens, ils ne fe 
propofent pourtant tous qu’une feulç 

meme hq. 

Je yeux chanter la puiffance de là 
parure-: elle gouverne le monde en 
fouveraine j elle le çonferve par les 
fages loix qu’elle y a établies } elle 
pnit par des liens indiffolubles tous 
les etres qui le compofçnt. Malgré 
tous les changemens qu’ils éprour 
yent , fon inftinft eft toujours le 
jnême en eux. Tirez un lion des de- 
ferts de l’Afrique , ôc apprivoife?- 
lé y qu’enchaîné il yous fuive , il vqus 
craigne, & reçoive familièrement de 
yous fa pourriture .ordinaire , fi lç 
hazard lui fait goûter unie fois le 
fang , fa première férocité reprenant 



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$4 È& Cmfolation % 

le deflTüs, S fera tout trembler parfes 
rugifTemens , il brifera fa chaîne, & 
ion propre maître fera peut-être la 
première victime de fa fureur. Met- 
tez en cage un oifeau accoutumé à 
voltiger en chantant d’arbre en ar- 
bre ; faites votre plaifir de lui Fournir 
abondamment la nourriture la plus 
agréable , fi en fautant dans fa pri- 
fon il apperçoit de loin l’ombre des 
forêts , il méprifera la nourriture que 
vous lui prefenterez , il la foulera 
dédaigneusement aux pieds , il tom- 
bera dans une mélancolie profonde : 
dans fon ramage plaintif, il ne chan- 
tera que les forêts ; il foupirera fans 
cefiè 9 Sc ne foupirera que pour elles. 
Pliez un arbrifleau , fa cime obéif- 
fante s’incline au gré de votre main; 
cefièz de le retenir, il reprend fpn 
premier état , Sc fe redrefle avec 
effort. Le foleil chaque fbir tombe 
dans les* mers d’Hefpérie ; mais par- 
ime route fecrette, le lendemain il 
fe r#trouye fur fon char, aux portée 
de l’Orient, Àmfi tout en ce monde 
revient àfon premier état. L’ordre 



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de la PfaltfpjïMe. 

çonftant de i univers, eft r que ch^ 
que chofelè renouvelle au moment 
quelle femble finir , & tout y roule 
ainfi dans un cercle éternel. 

Les animaux eux-mcmes ont 
quelqffidée , quoique -très - impar- 
faite , de leur premier principe * ôç 
de la béatitude qui eft leur fin. Leur 
inftinét les fait tendre au vrai bien, 
& mille erreurs les en éloignent, 
comme elles en éloignent les hom- 
mes. Les hommes en effet parvien- 
nent-ils jamais à la béatitude par les 
moyens qu’ils croient propres à les 
y conduire ? Si les richeffes, les hon- 
neurs & les autres chofes de ce genre 
peuvent procurer à un homme tout 
ce qu’il peut defirer ? j ’ayouerai que 
leur pofleffioii peut faire des heu- 
reux. Mais fi elles ne peuvent tenir 
ce qu elles promettent j li en les poffé- 
vcUat on manque encore de bien des 
chofes , il faut convenir qu’elles ne 
font qu une ombre trompeufe de la 
•félicité* Or ceft toi-même que j’in- 
nerroge , toi qui regorgeois 4^ tichef- 
Les il y a peu de tems. Pans ta plus 



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9 <s Là Cpn/olation 

grande abondance , n ? as-tu jamais 
refleuri de trouble en ton ame? étois- 
tu à l'épreuve de ces émotions que 
caufe une injure reçue ? Non , je 
l'avoue 5 je n’ai jamais eu l’efprit 
aflez tranquille pour être libre de 
toute inquiétude. Cela venoit fans 
doute de ce qu’il te manquoit des 
chofes que tu louhaitois , ou que tu 
en éprouvois d’autres dont tu aurois 
fouhaité d’être délivré. Cela eft vrai, 
j*en conviens. Puifque tu fouhaitois, 
il ce manquoit donc quelque chofe ? 
J’en conviens encore. Conviens auffi 
ue celui qui manque de ce qifil de- 
îre , ne peut nullement fe iuffire à 
ibi-même ? Il faut bien que j’en con;* 
vienne. Et cette infuffifànce , tu l ? é- 
prouvois au milieu de la plus grande 
abondance ?Cela eft vrai , je ne peux 
le défayouer. Tu dois donc en con- 
clure que les richefles ne fuffifent 
point à l’homme , puifqu’elies ne peu- 
vent fatisfaire ni les defirs , ni meme 
fes befoinsj de c’eft pourtant ce qu’el- 
les fembloient lui promettre. Il faut 
encore foigneufement confidérer que 

le? 






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dt là Jr/ülojophie. 97 

lés rieheffes noptrieri par elles-mêmes 
qui puiff® les garantir de la main des 
voleurs \ tu n en peux pas difconve- 
mr, puifque tous les jours -le plus fort 
en dépouille le plus foible. Le Bar- 
reau en effet; ne retentit que des cla- 
meurs de ceux qui fe plaignent quoi? 
les a dépouillés dé leurs biens, ou par 
fraude^ ou par violence. Chacun a 
donc beloin d’un fecours étranger 
pour défendre fes richefles contre les 
c é ux qui les cenvoitenr. 
Voila, donc un effet bien contraire 
a lidee ijubn fe forme des richef- 
les. On s’imagine qu’elles rendent 
1 nomme indépendant , & fe fuffi- 
lant a lui-même} & au contraire , 
elles le mettent dans la néceffité 
d’implorer te fecoUrs d’autrui. Ri- 
tfcefles împuiffahtes peuvent-elles 
empeçhér que l’homme n® foit tour- 
tnènte pàrla faim & par la foif ?Les 
glac^ de l’hiver refpedent- elles 
opulence > Non , me diras-tu ; mais 
•I homme^pulent trouve dans fes ri- 
chelles de quoi fournir abondant 
«lent a tous fes befojns. Dis plutôç 



, y Google 




pS Lar ConfûlaHptt 

qu’il y trouve de quoi les foulager } 
mais l’en délivrent-elles abfolument? 
JD’ailleurs l’opulence , quelle quelle 
foh , delïrç toujours avec avidité. Il 
lui manque donc toujoursqueiquç 
çhofe. Un rien fuffitàla nature ? 
{lien ne fuffit a la cupidité. Si donc 
les richefles, loin de délivrer l’hom* 
me de l’indigence , ne font qu’en- 
flammer fes defirs,fans fatisfaire fes 
befoins , pouvons-nous penfer quelles 
luffifent a fpn bonheur? 

Qu’il en accumule à fon gré j que 
telles . qu’un torrent , elles coulent 
fans cefle dans fes tréforsj qu’il. y 
réuniffe toutes les pierres précieufes 
que renferment les riches bords de 
Ja mer rouge } que les plus yafcs 
.campagnes forent couvertes ,4e. f# 
nombreux troupeaux , & ne forent 
cultivées que pour lui , tant qu’il viv# 
il n’en fera pas moins en* proie au* 
foucis dévorans ; & quand il mourra, 
ces richefles infidèles l’abandaaneront 
pour toujours ; elles ne le. 
point au; tombeau. . 

_ Mais les dignités * 




ont quelqueehofe de plus grand ; elles 
attirent à ceux qui en font revêtus, 
la vénération 8c tes hommages des 
peüplés. Foiblés moyens encore pour 
rendre l’homme heureux } Changent- 
elles fon cœur', ces dignités fi van- 
tées ? le purgent-elles des vices qu’il a ? 
y introduifont-elles les vertus qu’il n’a 
pas ? Loin de rendre meilleurs ceux 
qui les pofledent , elles ne font que 
mettre leurs mauvaifos qualités dans 
un plus grand jour. Audi fommes- 
nous pénétrés de 1* plus grande indi- 
gnation de voir qu elles font prefque 
toujours le partage des hommes les 
plus méchans. C’eft ce qui porta Ca- 
tulle â faire dé Nonius, tout Séna- 
teur qu’il étôit , la raillerie ja plus 
piquante. Les dignités font-, dans le 
vrai -, l'opprobre des médians. S'ils 
reftoient cachés dans la foule des par- 
ticuliers , leur indignité ferait moins 
connue. Toi même, quelque péril 

J ui te menaçât, tu n’as pu te refou- 
té a avoir Déeoraîus pour collègue 
dans la Magi(teatuté,- parcrtque tti le 
regardpis comme un bouffon plein de 

Mi) 




Iioo .La, Cotifahtioji 

fcélératefTe , & comme lin infâme dé- 
lateur. Qui peut en effet fe figurer que 
les honneurs piaffent rendré dignes de 
nos hommage? ceux que nous, regar- 
dons commç indignes des honneurs? 
Au contraire , fi nous voyons un fagfc > 
nous ne pouvons nous empêcher de 
|e regarder comme diigne dé notre 
refpe&,6ç de la fayeur que lui fait la 
fagefle en venant habiter en lui- Car 
Ja vertu porte toujours avec elle un 
cara&ere de grandeur & de dignité, 
quelle communique d’abord à ceint 

3 ui la polfédent. Puifi^ue dpnc les 
ignités ne peuvent operer le même 
effet, il eft évident quelles n’ont 
point, comme la vertu, ç$ cara&ere 
intrinsèque de noblefle & 4e gran- 
deur. Au contraire , & c ? eft ce qu’il 
faut attentivement confidérèr , ces 
dignités du fiécle rendent les méchant 

} >lus méprifables encore ; puifqué , 
oin de leur attirer le relpeât de? 
peuples , elles femblent ne les élever 
fi haut que pour leur attirer plus de 
témoins de leur jionte & de leW Ml* 
4ignité, 



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de la Philofophie . I6Ï 

Mais fi les honneurs leur fopt cettfe 
efpéce d’outrage , il le lui rendent 
amplement , en les fouillant de leurs 
vices, & en les rendant méprifables 
tomme eux. Pour' mieux coniioître en- 
core que ces phantômes <te grand eiir 
ne peuvent procurer à céux qui les 
pofledent une vraie Vénération ; pla<- 
cez au milieu des natioriS barbares 
un hofrime qui ait été plùfieurS fois 
décoté du- Confnlat , ces r natioris eh 
concevront-ellés pour lui plus dëref- 
pe&? Cependant fi l’effet hàturel de's 
dignités etdit d’âttiter la vénération, 
cet effet feroit unifortne pat tout * 
cômtriô l’êft celui du feii, qui fait 
fëntir fa chaleur en quelqu’éndroit 
qu’il foit. Mais colnme cétte idée de 
grandeur ne confifte que datislâfâuffè 
opinion de certains jpëuples, elle -s’é- 
vanouit & difparoit chez d’aütreS. 
Mais n’en cherchons point d’exertf- 
ples- hors de ton propre pays \ les di- 
gnités qui y: ont pris hâülàiice ÿ font- 
elles éternelles?Qupft-ce âujôütd’hiÉi 
que laPréfe&ûre dü’Prétdire ? Autre- 
fois c’étoir Une cjignité diftipguéej 

E iij 



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JOrZ X <2 Çùhfôiathrl , 

ceft maintenant une charge odieûle, 
que chacun fuit. Celui qui , exerçoit 
autrefois la police fur les vivres étpit 
extrêmement confidéré* aujourd’hui 
ce tre charge n’eft rien* D’ou vienr 
nent ces change mens ? De 1 opinion. 
Elle donne 8c ôte à fon gré 1 éclat 8c 
la confidération à ces Magiftratures , 
qui n’ayant par elles-mêmes aucune 

Î grandeur réelle , ne font que ce qu’il 
ui plaît* Si donc les dignités ne peu- 
vent rendre rêfpeâablès ceux qui les 
poffedefctj fi elles s*avi!iflTent entre les 
mains des pervers y fi le tems flétrit 
leur éclat y enfin fi l’opinion peut les 
dépouiller en un inftant de toute leur 
gloire , quelle gloire peuvent-elles 
communiquer puifqülelles n’en Ont 
aucune qui lpur foit'propref; r 
La pourpre & le luxe durrruel Né- 
ron ne le garantirent pas de la haine 
de l’univers , cet infenfé qui désho- 
nora le Sénat par . les méprifables 
Magiftrats que £a i méchanceté y ih- 
trôduifit.Et qui pourra pénfêrque de 
.telles dignités pmflent rehdte heu- 
reux s puuqite le ; plus malheureux 8c 



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dite Tbtlof&phU* tOJ 

le plus infâme des hommes en étoiü 
l’arôitre 8c le difpefi&tear ? 

^ Le trône 8e la*fàveur 1 de «eux qui 
« tant affis * ' font du- moins deS four-> 

ces àffiitées âe püiflâncô &4*J> on- 

heuf ? J’en conviendrons peut-être li 
leur félicité croît confiante. Mais com- 
bien les annales du monde nous font- 
elles voir dès Monarques tombés -du 
faîte des grandeurs , dans Un âbîihe 
de miféres ? O la belle puiflàrice que 
celle qui né peut pas fe conferyer 
elle-même ! Si la fouverameté étoit 
la fource du bonheur , moins elle 
auroit d’étendue s moins elle rendront 
l’homme heureux. Or quelque vâfte 
que foit un empire , fes fujets ne font 
encore qu’une bien pethë partie de 

d’un 

Monarque aies mêmes bornes que fa 
puiflànce , il faut . que le malheur 
commence pour lui où finit fon pou- 
voir , & cônféquemment fon mal- 
heur a bien plus d’étendue, que fit 
prétendue félicité. Cette vétite etoit 

bien connue decb'tytari’fomèaitqui, 

pour faire comprendre les dangers 
r E iv 



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il 04 ha Corifôlàtidn 

auxquels il étoit expo fé , les repré- 
lentoit fous l’emblème d’un glaive 
iufpendu par un fil au-defliis de- fa 
tete. Q la foible puiflànçp que celle 
qui ne peut le. garantir dès agitations 
de 1 inquiétude & de la crainte ! Ces 
nommes puilfans cherchent la tran- 
quillité >.& , ils ne peuvent fêla pro- 
curer. Qu’ils nous vantent après cela 
leur, prétendu pouvoir. Peut-on don- 
ner le titre de puiflànt à celui qui ne 
peut pas faire ce qu’il veut, à celui 
qui eft contraint de fe faire environ- 
ner d une garde nombreufe, qui craint 
plus fes fujets qu’il ne, s’en fait crain- 
dre & dont la pui (lance dépend en- 
tièrement de ceux qui le fervent. Que 
tnrai-je après cela des favoris des 
• Toujours compagnons de l’m- 
rortune de leurs maîtres, ils lont fou- 
vent les viétimes de leurs Caprices. 
Néron ne lailïa à Sénéque , fon pré- 
cepteur & f on , favori , que le trille 
choix du genre de là mort. Antonin 
ht périr par le glaive de fes foldats, 
Papimen y <jui avoir eu long-rems le 
premier rang dans ia Cour, ils péri- 



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tâidPkibfôpkte. 

fèritPFtift montent ou ife 

ïèrionçdÈèri* 4’itëùWf^ : püHraHçe 'i 
Sénédüe iJ Éttêfae-j' : pom 
ïrienfeS fièh eflfes 1 v!|tf *il Vcffiw d’àfeÜn- 
dorinei?-^ Néron , nedémaiidoit que 
la liberté dê s’enfevélir daiisunèpro- 
foiidb] Miwdé^^îttîilÿ^uê' ‘lettf'fiit 
inutile^ il £ fkifenî^ôtfsles dëux’èn- 
mnh p*àf ; [lepoidsdë ! leiir malheil- 
raife <feftlnéè. Et ; qü ? èflrce donc que 
cette puïflaftfce qui eftfidangereufè 
pour celui qui la poffede , & fi fatale 
à ceux mêmë ! qui cherchent à Ven 
débafraftef ? *Ib ri y à de - Vrais âmià 
que* ceux quë* la ver çu^notis j attache : 
nd Comptons donc point ïi^r ceux que 
la fortune nous fait. Infidèles cbirimO 
elle , non-feulement ils hous ; aban- 
donnent dans radverfité , mais ils de- 
viennent même nos ennemis; enne- 
mis d autant plus à craindre j qri’ils 
auront vécu avec nous dans une plus 
grande ihtimiré. 

Que celui qui veut être véritable^ 
ment puiflant, commence par regner 
fur lui-même } qu’il dompte fa co- 
lère , & ne foit point le vit efclave 
E v 



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, X» C onfçtatlùji . 

'ÿzfàons. En effet s quand il 

ctenfkpir fon Empir e jd’üne» extrémité 
de. ia; terte a Taucre , pourr^it-iï fe 
vanter detre véritablement puiflânt * 
tant qu’il ne pourra pat cfeafler de 
Ion cœur les loucis dévorant ? 

Mons-_iwinçe^tnt de j* glpirév 
Oh .! que fouvent : 41é eft opmpeufe 
& honteufe même ! qu’un ,.^‘te 
a ei1 bien raifort dé s’écrier ? 
® § ?^f e * P^ r ton* pouvoir magique r 
tu fais honorer des hommes bien me- 
prifables par eux-mêmes ! Combien 
en effet ne font ifiuftrqs que dans la 
faufle opinion ,, &c par les rnjuftes 
elogesdu vulgaire ? Eloges honteux f 
X^a Talion les défav&Ue, ëc force ceux: 
qui en font 1 indigne objet à rougit 
de leur propre gloire. 

Mais je veux que çecre gloire fbir 
fondée fur quelques mérites*, qu’a- 
joute-t-elle au bonheur du fage qui 
ne le mefure pas fur la vaine opinion 
du vulgaire, mais fur le témoignage 
irréprochable de fa confcience ? D'ail- 
leurs s il efl beau d etendre au loin 
* a rc putation ^ il eft donc honteux» de 



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itla Phiiofopfiiei «07 

n f y avoir pas rénffi: r or , je fai déji 
dit il ri’eft 'pü poffibb que le nom 
d’itn même homme foit en vénération 
à tous les peuples. Si c’eft donc une 
gloire pour lui d’être connu en quel- 
ques climats , c’eft aufli pour lui uné 
efpéce de honte d’être inconnu dans 
tous les- aùtres. Quel cas enfin doit- 
on faire de l’eftime du vulgaire? Ellé 
n’eft jamais l’efiet d’un jugement réflé- 
chi , & elle ne peut conféquemment 
être d’aucune durée. Que dirai-je de 
la nobleflê ? Ce n eft qu’une brillante 
chimère» dont l’éclat nous eft abso- 
lument étranger , puifque nous ne le 
devons pas a 'notre propre mérite , 
mais à celui de nos ancêtres. Leur 
renommée n’eft que pour eux } la vé- 
ritable ittuftration ne vient point ainfî 
du dehors. Je vois pourtant un avan- 
tage dans la noblefle héréditaire, c’eft 
d’impofer à ceux qui s’en glorifient 
l’indifpenfable néteflité de ne point 
dégénérer de la vertu de leurs uieux. 

Âu refte , tous les hommes nai£- 
fent également ncbleSj puilqu'iJs orit 
tous le même pere, premier principe 
Evj 



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|to8 Im Confoiatian 

de toutes chofes. C’eft lui qui a donné 
au loleil 8c à la lune la lumière diffé- 
rente dont ils brillent j il a placé les 
hommes fur la terre , & les altres 
dans le ciel. Il a renfermé dans des 
corps mortels des âmes émanées du 
celefte féjour. Ainfi tous les hommes 
ont ime origine illuftre. Ne vantez 
plus votre naiflânce. & vos aïeux • 
remontez votre premier principe * 
vous cannoîtrez l’excellence de votre 
ctre. , & vous verrez que le vice feu! 
peut dégrader l’homme de la noblefle 
de ion premier état.. 

Que dirai-je maintenant des volu* 
ptés corporelles ? On ne les defire ja- 
mais, fans, inquiétude ; on ne s’y livre 
jamais fans repentir. Les maladies & 
les douleurs les plus cruelles en font 
toujours le fruit funefte : & quiconque 
voudra réfléchir, conviendra quelles 
ont toujours là fin la plus trille. Si ces 
voluptés groffieres faifoient la félicité 
de l’homme, elles feraient également 
celle des brutes ,,dont l’inftinél tencf 
tout entier au contentement de leurs 
appétits fenfuels, 

V t . 



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de la Philofopkie. 1 QÇ 

Il femble pourtant que les agrémens 
êc la fécondité d’une époufe procurent 
à l’homme une fatisfaétion honnête & 
raifonnable ÿ cependant quelqu’un a 
dit avec vérité , que la nature en don- 
nant des. enfans aux peres , leur pré- 
pare fouvent des bourreaux. Tu 1 cals 
mieux que perfonne ce qu’il en faut 
penlêr.L’expérience & ton( a) état pré- 
fent t’en ont allez inftruit. Pour moi, 
je ne peux qu’applaudir à cette penfée 
d’Euripide : In’ avoir point d’en- 

EANS , EST UN MALHEUR HEUREUX. 

La volupté , comme l’abeille , porte 
avec elle fon aiguillon. À peine a-t-elle 
donné quelques gouttes de miel , la 

Î ierfide s’en vole , & laifle un trait dont 
a bleffure fe fait fentir Iong-tems. 

Il eft certain que toutes ces chofes 
dont je viens de parler > ne font que 
des routes égarées , qui ne conduifenr 
jamais à la félicité qu’elles promettent. 
P’4|feur^> qùelleis peines > quels em- 

- - ' - + ml ' - — 

{a) État ^inquiétude & de crainte for le 
oit defes enfans , qui pouyoiençêtre en?e~ 
pppés. dans fa difgracç. \ r 



, y Google 




*10 La Confolation 

barras ne traînent-elles pas toujours 
avec elles? Car enfin, mortels aveu- 
gles , que defirez-vous ? Lés richef- 
fes ? Mais vous ne les pouvez pGflfé- 
der qu’en en dépouillant ceux qui 
les pofledent maintenant* Les digni- 
tés ? Mais vous ferez obligés de faire 
lé perfonnage de fuppliant apprès de 
ceux qui les difpenfent. Vous qui ne 
cherchez qu’à vous élever au-aelïus 
des autres , vous ferez contraint de 
vous abaifler honteufement devant 
eux. Voulez-vous acquérir une gran- 
de puiffimcè ? Vous ferez fans celle 
expofé à mille embûches , à mille 
-dangers. Recherchez-vous la gloire ? 
En courant après elle * vous perdrez 
votre repos & votre liberté. Une vie 
voluptueufe feroit-elle l’objet dé vos 
defirs ? Eh ! ^üi peut être alfez infenfo 
pour devenir, volontairement le vil 
èfclave de fôn corps. Que ceux qui 
s’enorguefllÜTênt des qualités de ce 
corps méprifabfe , fe fondent fur bien 
peu de cnofe ! L’homme le plus ac- 
compli 1 ne le céde-t-il pas aux élé- 
phans en grandeur, aux taureaux en 



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de la Philofophie. 1 î 1 

force, aüx tigres en vîtefle ? Con- 
templez la vafte étendue , la folidité 
8c les rapides mouvemens des deux , 
& vous mépriferez tous ces vils ob- 
jets , indignes de votre admiration ; 
& qu’eft-ce après tout que la beauté 
du corps ? Moins brillante que celle 
des fleurs * elle fe flétrit plus vite 
qu’elles. Ah! files hommes, s’écrioit 
Ariftore , avoient les yeux affez per L 
çans pour pénétrer le fond des cho- 
tes , que cet Alcibiade , qui leur pa- 
roi t fi beau au dehors , leur paraî- 
trait intérieurement hideux ! Si donc 
On fait quelque cas de votre beauté. 
Ce n’eft pas à f excellence de votre 
nature que vous en êtes redevable, 
mais à la foiblefle des yeux qui vous 
regardent. Et pour comprendre en- 
fin, combien on a tort de tant efti- 
mer les qualités du corps, il fuffit de 
confidéret que pour détruire cette 
prétendue merveille, il nefaurqu’une 
îiévre de trois jours. Concluons de 
tout cela que toutes ces chofes qui 
ne peuvent nous procurer ni tous 
les biens qu'elles nous promettent . 



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I ï % > La C ôhf Hatlori . 

üi tous ceux que nous ppuvons 4efà- 
ter j ne font point lés routes fur es 
par lefquelles les honmnes peuvent 
parvenir à la félicité.' 

/ Mortels infortunés: ! dans quels 
cgaremens tombe, vôtre ignorance j 
Vous enfçavez affez^ je l’avoueypout 
«e point aller chercher lor fur jçs 
arbres de vos, forêts, ni les perles fur 
les pampres de vos vignes : vous n’êtes 
point allez ftupides pour tendre fur 
les montagnes l’hafrieçon perfide que 
VC P préparez aux poiflons : ; ce n*eft 
point fur les banps de fable dé da 
mer d Etrurie que vous çhaffe? le? 
chevreuils timides : Vous fçayçz dams 
quels antres profonds la mer recèle 
les perles éclatantes ôt la pourpre 
vermeille : vous fçavez fur quelles 
côtes fe pêche chaque efpéce de 
ppi/Ton : vous, fçavez tant de choies* 
&Je ciel a permis que; vous ignoriez 
ou refide le vrai bien ! Aveugles que 
vous etes, vous cherchez fur la : terre 
ce q^ii eft au-deffixs des deux ! Ames 
grolïïeres ! puifliez-vous courir en for- 
penes après les honneurs & les rir 



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àx h Philofopfîie. 1 1 J 

rhefles, les acquérir , ces faux biens; 
avec des peines incroyables ; & dé* 
pompés enfin !, venir rendte hom- 
mage aii bien fuprême ! C’eft tout le 
mai que je vous fouhaàte* c . ; * i :* . *•> 

- Je crois t’avoir fuffifamment mon- 
tré ce que c’eft que le faux bonheur* 
Si tu t’en crois aflez inftruit, il ne 
me refte plus' qu’à te faire connoître 
le véritable. Je; vois clairement, lui 
répondisse p que ni les richefles ne 
peuvent faire que è’homme dfe fuffife 
a lui-même , ni les couronnes le ren- 
dre véritablement puifiant, ni les di* 
gnités véritablement refpeétabLe , ni 
la gloire véritablement illuftre , ni 
les voluptés lui procurer unerfatis* 
faétion parfaite, Rien.n’éft plus vrai, 
mon cher éléve ; mais en Içais-tu la 
raifon ? Je l’entrevois , lui dis-je ; 
mais je vous fuppliede m’en inftruire 
pleinement. Cela vient , me diç-elle> 
de ce que l’homme divife ce qui eft 
indivinblé, & fubftitue le faùx. a la 
place du vrai; & ce qui n’éft qu’im-r 
perfection , à ce qui eft fouveraine^ 
ment parfait. Tu ne peux difconve* 



, y Google 




>14 La Confolauoti 

tiir que quiconque ti a befoin de rien 
ne . mit aflez > puiflant , non , fans 
douce. Eh bien ! îe iuffire â foi-même ; 
& être véritablement puiffiutt , eft 
donc une feule & .même chofe. Avan* 
çons^ ce qui a ces deux qualités réu- 
nies, te paxoît-il méprifable ? n’eft-ii 
pas digne au contraire de la vénéra* 
tion de tout le monde ? Ajoutons 
donc cette qualité aux deux autres , 
de des trois ne faifbns qu’un feul de 
même tout. Te paroîtra-il fiiffifam- 
ment iUnftre ? ne conviendras-tu pas 
que ce qui fe fuffit à foi-même , ce 

3 ni eft foHverainement puiflant de 
igné d’unfotrverain refpeét, n’a pas 
befoin d’emprunter une fplendeur 
étrangère ? J’en conviens , fans doute. 
Ces quatre qualités réunies ne font- 
elles pas la fource d’une joie par- 
faite ? J’en conviens encore ; car je ne 
vois pas que celui qui jouiroit de tous 
ces Avantages pût jamais avoir aucun 
fujet de triftefle. Ces cinq chofes 
donc, n’avoir befoin de rien, être 
-véritablement puiflant , refpèéVable , 
illuftre de heureux , ne different que 



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de ta Philofoptiie • î 15 

dani les . expreflïons ; car, dans le 
fonds, ce n’eft qu’une feule & même 
chofe. Le malheur des hommes vient 
donc dfe ce qu’ils divifent ce qui eft 
eflentiellement iîidiviûble \ Hs cou- 
rent feulement après une portion de 
cette unité qui n’a point de parties} 
& ainfi ils ne parviennent ni a fe pro- 
curer rie tout, piiifquils ne lè reener^ 
client pas j ni la portion qu’ils con- 
voitent., puifqu’eile n’exifte point 
ieparémenk du tout. Développons 
•cette penfée. Celui qui ne couirt qu’ai- 
près les richeffes , qui n’afpire qu a 
fe délivrer de l’indigence , ne s’em- 
barrafle point d’être puiflanr & de 
dominer j il lui importe peu d’être 
dans un état .t il & obfcur} il renonce 
même aux plus ânnooens pkifirs -, 
♦ pour ne veiuer qu’à k comérvation 
de fon argent. Il n’eft donc pas fuffi- 
famment heureux, poifqu’il eft fans 

E uvoir, fans joie. & fans gloire. Ce- 
l au contraire qui ne cherche qu’à 
dominer, prodigue fes richeffes, de 
méprife les plainrs. L’honneur & k 



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1 1 6 La Confolariori 

gloire deftituées du pouvoir liiprêmé* 
n om pour lui aucuns appas , & dès 
lors 5 de combien de choies eït-il dé- 
pourvu :? Il manque quelquefois dés 
plus ; liécelïaires , lbuvent .il eft en 
proie à mille inquiétudes, dont il ne 
peut le garantir. Il n’eft donc point vé- 
ritablement puilTant , comme il cher*- 
choit à l’être; On doit raifonner de 
même des dignités, de la gloire & 
des voluptés j cdr comme elles font 
indivifibles , on ne peut les pofTédefr 
l’une fans l’autre idans un degré par*- 
fait. ..Quiconque les recherche iépsh 
-rément ne.peut s’en procurer aucune, 
comme il le defiiëroit. Que s’il les 
rechercher toutes * il tend lans doute 
-À la béaritudà^ màis la trouvera-t-il 
.dans tbutes cestchofeS i, qui, comme 
nous , FaVom défàontré ÿ ion t incapa- 
bles de donner ce qu’elles promettent ? 
Gel n’eft donc pas par ces moyens 
infuffifaris & trompeurs. 5 qu’il faut 
chercher là vraie félicité. Il faut; en 
convenir' , lui dis-je j c’eft une vérité 
ihconceftablé. | : . . m J : - :a 



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delà B'hifofopfik. ftf 

* Te voilà donc inftruit mon cher 
éléve y tu connois maintenant le faux 
bonheur, &c . ce qui y conduit. Tourne 
à préfentites>yeiix du côté: ojppofé, 
tu y! trouveras ce bonheur véritable 
que je t’ai promis. Il faudtoit être 
aveugle pour le méçonnoître. Vous 
me l’avez montré en me faifant le 
portrait de fon contraire. Car , fi je 
ne me tçompe, celui qui eft parvenu 
à la vraie félicité , feYfufnt àtfoir 
p\ême , 3 c eft tout à .la fois fouverài- 
nement puiflant dç refp&ftable; & 
jouiffant de la plus -grande gloire, 
de de la fatisfa&ion k plus parfai- 
re. Puifque donc toutes ces chofes 
font infeparables , ce qui peut fions 
•procurer la. jouiftance parfaite d’une 
d’entr’eUes i^nous p^pcvûje infaillibles 
ment le ' bonheur véritable. . O mop 
cher éléve ! te voilà parfaitement 
heureux , fi , à ces vérités , tu ajoute 
encore ... Eh ! qijoi ? lui dis-je. At- 
tends un moment, & réponds-moi. 
v Penfes-tp. qu’aucune des criofes périf- 
faJbles que renferme ce bas m9n4e^ 




ip S LaConfaîaubn : 

puïfle nous procurer cette vraie féli- 
cité ? Non, certainement : vous m’en 
avez pleinement convaincu. Cesappa* 
rences du vrai bien ne donnent donc 
à l’homme qu’une ombre de bon-» 
heur , & ne peuvent lui procurer 
cette béatitude parfaite que nous 
cherchons ? Non , fans doute. Puis- 
que tu fçais diftinguer la vraie béati- 
tude d’avec fon phantôme , il ne te 
Têfte plus qu’à fçavôir où réfide cette 
félicité fuprême. Et c’eft, m’écriai-je^ 
ce que je defire avec la plus grande 
ardeur; ce que / attends avec la plus 
vive impatience. Me voilà difpoféç 
à te fatisfaire ; mais fi, comme le 
dit Platon, dans fon Timée^ on doit, 
dans les moindres chofes , implorer 
le fecours divin , que penfes-tu que 
nous ' devions faire^ pour obtenir la 
grâce de trouver , dans fa fource^ le 
bien fuprême ? Nous devons , lui dis- 
je, invoquer le Tout-puiflànt, auteur 
de toutes choies; c’eft un devoir in* 
difpenfable : qui ne s’en acqùite pas, 
ne peut rien entreprendre ÿveç fuc- 




f 



delà Philofophie, Ht} 

cès. Tu as raifon , me répondit-elle ; 

& élevant fz voix , elle commença, 
cette invocation. 

Être infini r créateur du ciel 8c de 
Jà terre , dont la fagefle éternelle 
gouverne l’univers depuis le com- 
mencement des fiécles] vous qui dans 
un repos immuable , donne? le mou- 
vement à toute la nature, rien ne vous 
a porté à créer ce grand ouvrage que 
votre bonté feule. Pour le former , 
Vous n’avez eu d’autre modèle, que 
vos idées adorables. Source de toute 
beauté ! les beautés de ce monde ne font 
qu’une foible image des vôtres j quoi- 
que parfait dans fon tout, pour que cet 
ouvrage immenfe fut aufli parfait dans 
chacune de fes parties , votre fa- 
gefle toute- puiflan te a fçti concilier , 
dans les éléments , les qualités les plus 
oppofées entr’elles. C’eft par fes loix 
que le froid s’accorde avec le feu, & 
l'humide avec fon contraire j c’eft par 
fes loix que , malgré fa légéreté, ce 
feu fubtil & rapide ne s’évapore point 
dan$ Usairsj & que maig ré fon poids. 



, y Google 




zo lia Confolation 

terré n’eft point fubmergée par cé 
fluide profond qui l'environne (a) i 
c eft vous qui avez répandu dans 
! univers cet efprit puiflant qui l'ani- 




(ai Je n-au point rendu' & jufqua préfenp 
on n i pà rendre lie vrai fens de ces cinq vers. 



Tu trïplïch mediam natura cunûa moventem 
Conneftens animam , per confond metnbra rtfolvis r 
QUa cum fetta duos rnotifm giomeravit in orbeis » 
Ihfemet reditura méat , mentemque profundam 
Circuit y & fimili convertit imagine coelum . 

On le cliercheroit en vain dans Malàiïis : 
qui les exprime ainfit < 

Et l’amc qui defïbus toi 
Donne à ce monde la loi , 

Tu as dedans te ciel elofe 
Doncia çpurfe ellp djfpofe. 

Et s’epand eu faits divers 
Aux membres de l’univers 9 
Qui par des cercles fe tourne , 

Puis en foi-même retourne , 

Et de l’in tel le & divin _ 

- Va cotopancle chemin; 

Qui, fans du fentier fe tordre ^ ‘ -• 
irs deux il mené en Jçur ordrç» • .. j 



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de la Philo fophiel 1 1 1 

me> £.5?/ 5 **ns forir <* e lui-même, 
va diftnbuer le mouvement dans 
onte la nature & régler les révolu- 
Wons des cieux fur le modèle qui s’en 
trouve dans les idées de lîntelli- 
g«ice infime. Vo US avez également 
çree les âmes & les autres fubftances 
lpintuelles d’un ordre inférieur. Vous 

deux Pa & e |l ^ k I erre & dans les 

«eux, & elles y reftent attachées au 

char que vous leur avez deftiné, mf- 
qu a ce que , par une loi pleine de 

de CérS 3 * ^ Ûtis&C quand on Ut Jwt 

C-eft ta puiflâHte main ç, u i contraint k «(Terre 
et immortel efptit qui dan* tout l'univers , 

Amme également tant de membres Ji ver , fa) . 

?!Zr P “ ta8é di “ (5),’ 

?* qui le mouvement fait fes retours obliques 
Joignant le même endroit d’où fin point eft parti , Jcc. 1 

ce . 1 u ' on peut appeller à bon droit 
«u galimatias vannent énigmatique. * 

Ce^ V ^: ftl ' co,,tr '- fenjduK «'' po« s » 

(6) Dca* globe, fphirlquts. «éonaûne ridicule 
faiarecus autant deux ctrd,, rond, , &™ 

F 



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1 2 z Xa Çorifolation 

bonté, une flamme divine les ramene 
à vous y qui êtes leur premier prin- : 
çipe. O mon Dieu! ô mon Pere ! éle- 
vez nos âmes jufqu’au féjour auguftç 
que vous habitez. Conduifez-nous à 



Le P. Regnier eft plus élégant j mais a-t-ij 
mieux rencontré ? 

Tu places au milieu de ce grand univers , 

Vn efprir cpmpofé de trois êtres divers (a) , 

Et cet efprit fécond répand par tout le monde t 
Les trois divers effets de fa vertu féconde. 

Il partage fes foins aux deu* pôles des deux , 

Pont ton bras a fixé les folides effieux. . • 

Et toujours agité par fa viteffe extrême , 

Comme un £lobe de flamme , il entre dans lui-même^ 
Et fans ceffe occupé , pendant ce mouyement , 

Pc s objers figurés par fon entendement , 

Il fait mouvoir des deux la machine éternelle , 
Comme il la voit mouvoir en ce premier modèle f . 
Qu'il ne peut regarder fans en faire un portrait , ; 
Où tout eft exprimé jufques au moindre trait. 

Voilà quatorze vers qui en expliquent 
finq, fans les rendre intelligibles. 



(u) On n’entend point ce que deft qu'un efprtt 
çompofé de trois êtres divers. La fimplidé eft de 
i'eflcnce des fubftances fpirituelles. On ne peut ad- 
mette en elles aucune compoficion $ te moins en» 
fore une compoficjon d'isres divers & hitiro^ints, 



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. de là Philo fophit *- ny 

la fource dii blêïi; Favorifez-nous de. 
çette lumière célefte , qui feule peut 
yous découvrir à nos yeux > & les 
rendre capables de vous contempler, * 

Çes mots triplicis nature , ne lignifient 
aucunement que cette ame foit compofée de 
trois êtres divers . Elles paroiflent lignifier 
qu’elle meut tout ce qui compofe l’univers j 
ceft-à-dire dans les idées de P ancienne Phi- 
lofophie, le firmament , le ciel planétaire 8c 
les corps fublunaires; ou dans celles de la My- 
thologie, le ciel, la terre & les enfers. Mo - 
ventem cuntta triplicis nature, s comme s’il 
diioit , cunfta qu& funt in tripliez naturâ , &ç. 

Mais je penfe plus volontiers que ces pa- 
roles, meaiam triplicis nature, lignifient que 
cette ame fécondé & mitoyenne tient le mi- 
lieu dans les trois elpéces de fubftances fpb. 
rituelles, l intelligence infinie , les e (prit s cé- 
lefte s 6* les âmes. 

Au refte , Boçce , dans cette pièce dé poe* 
fie, adopte évidemment lesfublimes, mais in- 
intelligibles idées de la Philofophie Platoni- 
cienne. Platon & fes difeipies penfoient , 
comme nous l’apprend S. Thomas i â 
qu&ft. 70 , art . 3 , que les deux étoient anir- 
més & conduits par une intelligence. P lato -■ 
nid credcbant cœlum ejfe animatum . . . cæli 
moventur ab intelligent iâ. S. Auguftin , félon 
le même Do&eur Angélique , ibidem , n’afliire 
pas que les deux foient animés; mais il affurç 

Fi/ 



/ 



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J 24 Çonfolation 

Diflipez 1 obfçuriçé qui vous envi-' 
ronne. Brillez de toute votre gloire, 
Nous ne pouvons trouver qu’en voyç 
la paix & le bonheur que nous cher? 



que , s’ils Je font , l’efprit qui les anime eft dsi 
xnçme genre que les Anges. Auguftinus dur 
bitat , fitd fi fiant animati cœli eorum animé, 
funt de gençrç Angclorum. Le mêfne 5. Tho- 
mas, in opufiçulo fiuper Boètium de Trinitate % 
idit que les Platoniciens admettaient l'a me du 
inonde , & la plaçoient entre l’Intelligence 
fupjême , & les âmes deftipées à animer les 
ftprps des hommes , &c. Mediam triplicis ha s- 
turœ. Cette idée eft celle de Pithagpre , qui 
djftinguoit trois fortes de tabliances , Dieu, 
les globes céleftes & les corps fublunaires , 
Traite de [ Opinion , tom . i, Izv. ? y chap . 4. 
Cçtte ame du monde le conduit, félon Platon 
le Macrobe , harmoniquement par l’arrange-» 
ment & la venu des nombres. Ibidem . Tou- 
jours en elle-même, elle fembleep fortir pour 
diftribuer le mouvement dans toute la nature* 
In fiemet reditura méat . Çette idée femble être 
puifée dans pesparojes de l’Eccléli^lle ; Lufiranç 
umyerfia in circuitu pergit fipintus , & in cir ’• 
culos fiuqs revertitur Eccl. cap. t. v. 6. 

Ce que Boëce dit des âmes , levihus fiubli* 
ifieis carribus optans , eft évidemment la do- 
urine de Platon. 11‘plaçcit faine Air un char, 
il Juj donnoit deux ailes, deux chevaux & un 



/ 



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de la Philôfopkie. 1 1 

chons j car vous êtes notre premier 
principe , notre dernier e fin, notre 
suide, notre foutien. Vous êtes tout à 
la fois & le terme heureux auquel nous 
afpirons, & k voie qui y conduit* 

cohdu&eur. Les ailes . font les inclinations , 
les facultés font les chevaux, & la raifon eft 
le cocher. Traité de l Opinion 3 tom. i. /iv. 3. 
ckap . 4. n. 1 o. 

Boëce enfin ajoute que les âmes retournent 
l leur premier principe. 

Quas le'gé bènighâ > 

jid te conVerfâs , reducifacis igné revefti , 

Tous les Philofophes qui ont foutenu qirè 
famé étoit une fubftance , foutenoient en 
même-tems qu’elle n’eft qu’une partie féparée 
du tout 3 que Dieu étoit ce tout j & que lamé 
devoit enfin s’y réunir par une voie de refu- 
fîon. DiBïonnaire Encyclopédique , au mot 
A Mb. Cicéron le penfoit de même. Hurrtanui 
autem animus deceptus eft mente divinâ > cum 
alio nullo , nifi cum Deo comparari pote fl, 
Tufcul. quæft. lit. f. c. Ï3. 

Ces remarques peuvent aider à deviner 
l’énigme qué renferme cette belle invocation 
de Boece 3 mais elles ne l’expliquent pas , je 
le fçais , niaflez clairement , ni dans tout joli 
Entier; & je doute fort qu’on le fade jamais, 
à moins qu’on ne penfe qu’elle a été devinée 

F iij 



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j 2 6 La Confolation 

Puifque je t’ai appris à diftinguetf 
le bien parfait d’avec celui qui ne 
Feft pas , il faut maintenant te mon- 
trer en quoi réfide ce bien fuprême * 
cette foiiveraine félicité j & pour y 



par M. l’Abbé le Batteux , dans fon feptiéme 
Mémoire fur le principe aéfif de l’univers r 
inféré dans les Mémoires de l’Académie des 
Infcriptions & Belles-Lettres, tom. 31 ; ou 
comme Renatus Valünus lavoir fait précé- 
demment dans fon Commentaire fur la Con- 
folation de la Philofophie, imprimé à Leyde 
en 1656; il développe, ainfi quil fuit, le 
fyftême de Platon , évidemment adopté par 
Bôëce, comme nous venons de le dire. A 
II n’y a que deux efpéces d’être : l’Être 
toujours lé même , qui n’éprouve & ne peut 
jamais éprouver aucun changement; & l’étre 
toujours autre, qui eft, par fa nature, 
aflujetti à des variations continuelles. 

Ce premier être, qui eft Dieu , a toujours 
été & lera toujours le même. Le fécond n’étoit 
d’abord qu’un cahos. Tout y étoit fans forme , 
fans confiftance & fans ordre. C’étoit , comme 
l’a dit Ovide : 

Rudis indïgeftaquc moles t 
Quem gr*ci difçcrc cahos. 

Quand le moment de produire le monde 
fut arrivé , l’opération de Dieu commença par 
la formation de lame du monde , laquelle 



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de la Philofophie* I Vf 

parvenir , examinons d*abord Ci. ce 
bien , tel que tu l’as défini il y a un 
moment , exifte véritablement dans 
la nature ; fans cela nous courons 
après un vain phantôme , en croyant 



devoit elle-même régir , contenir & même 
former les parties du monde. 

Cette ame eft une troifiéme fubftanee in- 
termédiaire , mi-partie de la fubftanee tou- 
jours la même , & de la fubftance toujours 
autre . Le mélange de ces deux fubftances t 
dont a été formée la troifiéme , s'eft fait félon 
les proportions harmoniques des nombres. 

Timée , dans Platon , conçoit que cette 
ame fut difpofée comme une lphére , dont le 
centre fut attaché au centre même du monde , 
Ou plutôt de l’efpace ; & fon activité devint 
d’autant plus grande , quelle approchoit plus 
de Dieuj & d’autant moindre quelles fe 
plongeoit plus avant dans la matière. 

Cet être intermédiaire eft le principe diftri- 
buteur divldens , qui donne à chaque efpéce 
ce qui lui convient. Plutarque l’appelle puif- 
fance,& Platon, principe de production, ge* 
nefis ; & c’eft dans fon îyftême le mobile in- 
telligènt de la mafle univerfelîe , la reine , 
i/amê du monde, qui, compofée des deux 
a&ivités de l’intelligence & de la matière , 
produit toutes les*narare$ individuelles , félon 
leur efpéce, les fait croître, les perfectionne 



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128 La Confolation 

chercher la vérité. Mais je crois qüon 
ne peut nier qu un tel bien exifte, 
& qiill eft la fource de tous 1er 
biens \ car nous ri appelions une 
chofe imparfaite que parce qu’il lui 



& les ramene au terme eTdù elles font parties. 
D après cette efquifTe du fyftême de Platon , 
on pourra peut-être expliquer l’invocation de 
Boece, & ceft tout ce qu’on* doit chercher; 
car , encore une fois , vainement chercheroit- 
on à la comprendre. Nous ne connoiflons pas 
notre ame , comment pourrions-nous parve- 
nir à connoître celle que Platon donnoit au 
inonde? 

Je ne dois pas oublier , en finifïànt ccttd 
note , de rapporter les deux endroits otl Vir- 
gile parie de cette ame du monde dans le 
même fèns que Platon. 

EJfe apibus partent divin x mentis , & hauftus 
Ætherios dïxere 3 Deum namque ire per omnes 
Terrafque traftufque maris x cotlumque profundum. 
Hinc pecudes t armenta , viras *.genus amne fcrarum 
Quemque Jîbi tenues nafcentcm arccjfere vit as. 

Gcorg. lib. 4* 

Et dans l’Enéide, lîv. 6. 

Principio ccelum & terram. y campofqne liquentes 
Spiritus intus alit y totamque infujh per artus 
Mens agitai molem & magna fe corpore mifceu 
Indè honünum peçudumquc gémis > ÔCC. 



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de la Fhilofophie. I 2£ 

manque quelque chofe de ce que 
contient ce qui eft plus parfait. Si 
donc , dans quelque genre que ce 
foit , on reconnaît quelqu’imperfe- 
dion , on doit conclure que , dans 
ce meme genre , il y a quelque chofe 
de parfait. Si ion fuppofe en effet 
qu’il n’y a rien de parfait dans la 
nature, on ne pourra jamais com- 
prendre comment ce qui eft imparfait 
peut exifter. Car la nature n’a point 
commencé fes ouvrages par des cho- 
fes imparfaites. D’aDord elle a pro- 
duit ce qui eft parfait tk accompli , 
& enfuite , comme laiïe 8c épuifée 
par fes premières productions , elle a 
fait paroître quelque chofe de moins 
parfait. Si donc on trouve dans les 
chofes périfTables de ce monde quel- 
quombre de félicité , on ne peut 
douter qu il n’y ait un bien plus réel, 
capable de nous procurer une féli- 
cité plus folide & plus parfaite. Tu 
en conviens, apprend maintenant où 
elle réfide. 

Il ne faut qu’une étincelle de rai- 
fon pour comprendre que Dieu y 

Fv 



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i JO La Confolation 

principe de routes chofes , eft fouve» 
rainement bon \ & que puifqu’il eft 
le meilleur de tous les êtres, le bien 
parfait ne réfide & ne peut réfîder 
qu’en lui feul. Sans cela , il ne feroit 
pas au-deflus de tous les autres êtres,, 
puifqu’il y en auroit quelqu’autre 
de plus excellent , dans lequel réïî- 
deroit le bien parfait , & dont par 
conféquent Pexiftence precéderoit la’ 
fienney car fl eft évident que les êtres 
les plus parfaits ont précédé les au- 
tres* Ainfi, pour ne pas faire une 
progreffion qui aille a l’infini , il 
Faut convenir , que lè Dieu fuprêmer 
eft la plénitude de tous biens & de 
toutes perfections ; de conféquem- 
mentr qu’en lui réfide la vraie béati- 
tude. O la grande ! a l’aimable vé- 
rité ! m’écriai- je. Mais , ajouta-t-elle , 
afin que' tes fentimens foient aufli 
purs qu’invariables , comprends bien 
en quel fens j’ai dit que le fouveraitt 
bien eft en Dieu. Ne vas pas te per- 
fuader que ce Principe tout-puiflantdé? 
toutes chofes, ait reçu d’un autre prin- 
cipe ce bien parfaitqui eft en lui y 



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it la Vhilofophie. J$î 

ni qvtè ce Dieu en qui réfide la vraie 
béatitude , &: cette fouveraine béa- 
titude foient d’une nature différente. 
Car fi Dieu avoit reçu fes perfections 
d’un autre principe , celui-ci feroit 
fans doute plus excellent que Dieu 
.meme ; car celui qui donne eft pré- 
férable à celui qui reçoit. Or nous 
faifons, avec râlfon , profeflion de 
croire que Dieu eft le plus excellent 
de tous les êtres ; il ne peut donc 
tenir, ce qui eft en lui que de fa -pro*- 
,pre nature ; que s’il tient de fa pro- 
pre nature ce bien parfait dans lequel 
confifte la félicité , mais que ce bien 
foit diftingué de la nature divine , 
qui comprendra jamais d’où peut 
venir leur union? Et ce qui achevé 
de prouver que le bien parfait & 
Dieu ne font point deux chofes diffé- 
rentes , c’eft qu’il eft certain que ce 
:qui eft différent d’une autre chofe , 
ne peut être cette chofe même; ainfi 
ce qui eft différent du fouverainbien , 
ne peut être le fouverain bien lui- 
Jmême ; ce qu’il feroit impie de dire 
ou de penfer de Dieu , puifque, ainfi 



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Ij 1 La C onfoCaûon 

que je viens de Je dire, il eft, pa t 
fa nature, le plus excellent de tous les 
etres. . Car c eft une vérité confiante , 
que rien ne peut être meilleur que 
ton principe j" d’où je conclus que ce 
qui eft le premier principe de toutes 
choies- , eft en même-tems , par fa 
propre nature , le plus parfait de, tous 
lès biens, le bien fuprême; Or Je bien 
fuprême & la vraie félicité ne font 
qu’une foule & même chofe ; tu en 
conviens. Dieu eft donc notre, vraie', 
notre fouveraine félicité. Je ne peux, 
lui dis-je, contefter ni la vérité de 
vos principes , ni les juftes eonféquen- 
ces que vous en tirez. 

Voici encore, ajouta-t-elle, un 
argument qui les confirme; Il ne peut 
y avoir deux fouverains biens difF é- 
rens l’un de l’autre ;; car s’ils font 
differens , il eft évident que l’un n’a 
pa? ce qu ! a l’autre. Aucun des deux 
ne fera donc parfait, puifqa’il man- 
quera à chacun ce qui eft propre à 
l’autre. Oc ce qui n’eft pas parfait,, 
ne. peut être fouvéraihement bon $ il 
ne peut donc y avoir deux biens fut 



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'de la. Ÿhilofopkie. I JJ 

prêmes différent l’un de l’autre. Ainfi 
puifque , comme nous l’avons mon- 
tré , Dieu eft le fouverain bien , üc 
que la vraie félicité eft aufli le fou- 
verain bien , il s’enfuit que la féli- 
cité fuprême & la Divinité font une 
feule & même chofe. On ne peut 
certainement , m’écriai-je , rien dire 
de plus vrai , de plus jiifte , ni de 
plus digne de Dieu. Je* ne m’arrête 
pas la , me dit-elle} je veux, fuivant 
la méthode des Géomètres y tirer des 
propofitions que j’ai prouvées, cet 
excellent corollaire. Si les hommes 
ne font heureux qu’en parvenant à 
la béatitude, & que la béatitude foi* 
la Divinité même , ils ne font donc 
heureux qu’en parvenant a la JDivir 
nité. Or comme la juftice fait les 
juftes , & la fagefle les fages , la Di- 
vinité fait les Dieux. Tous les hom- 
mes donc qui font parfaitement heu- 
reux , font autant de dieux } dieux, 
dis-je, par participation } car il n’y 
a qu’un feul Dieu par eflfence*. Mais 
quelque beau que ce corollaire te pa- 
roiffe, je vas y ajouter quelque chofe 

tfttLBDELTOfl 

Mfll otk du Palais des Art c 



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1 3 4 L& Confolation 

de plus beau & de plus excellent 
encore. Ecoute : la béatitude paroif- 
fant renfermer tant de chofes , font- 
elles , fi j’ofe m’exprimer ainfi , 
comme autant de membres néceflai - 
rès pour former le corps entier de la 
béatitude , ou en eft-i.1 une qui foit 
comme l’eflence conftitutive de la 
béatitude , & à laquelle tes autres fe 
rapportent, comme autant de proprié- 
tés? Faites-moi comprendre cela, je 
Vous prie. La béatitude , ajouta-t-elle, 
n’eft-elle pas un bien? Oui , fans doute, 
8c même elle eft le fouverain bien. 
Mais , ajouta- t-elle , être parfaitement 
fuffifantà foi-même, fouverainement 
puiflânt , 8c jouir de la gloire la plus 
éclatante ôc de la fatisfàdfcion la 
plus entière , n’eft-cç pas la vraie 
béatitude ? Oui , fans doute ; ôc qu’en 
concluez-vous ? Toutes ces efpéces 
de bien font-elles donc autant de 
parties de la béatitude , ou fe rappor- 
tent-elles au fouverain bien, comme 
à leur principe ? Je crois entendre 
votre queftion j mais je defire ardem- 
ment que vous y répondiez vous- 



de la Philofophie. 1 3 j 

même. Je vas te fitisfaire j & t’ap- 
prendre ce que tu dois en penfer. 
Si toutes ces cnofes étoient des parties 
de la béatitude , elles] feroient diffé- 
rentes les unes des autres j car telle eft 
la nature des parties , que différentes 
entr’elles, elles confti tuent cependant 
un feul éc même tout. Mais je t’ai 
déjà démontré que toutes ces chofes 
ne différent en rien, ne les regardons 
donc pas comme les parties confti- 
tuantes de la béatitude (<z). D’ailleurs, 
il eft certain que toutes fe rapportent 
au bien en général ; car on ne les re- 
cherche que parce quelles ont l’ap- 

{ carence du bien. Le bien eft en effet 
’unique objet de nos defirs j & jamais 
nous ne nous porterons à rechercher 
avec ardeur ce qui n eft pas , ou du 
moins ce qui ne nous paroît pas être 
un bien $ 3c au contraire , nous fem- 
mes naturellement portés à ce qui fe 



(a) ïl en donne cette raifon 1 Alîoqutn ex 
uno membro beatitudo videbitur ejfe conjun - 
St a y quod ficri nequit. Autrement un membre 
feul feroït tout le corps de la béatitude* 



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1 3 <5 La Cônjolatton 

préfente à nous fous l’apparence du 
bien , quand même il n’en feroit pas 
véritablement un. Le bien, encore 
une fois , eft donc l’unique objet des 
defirs de notre ame ; car ce qui nous 
porte à defirer une chofe, eft plus 
réellement l’objet de nos defirs que 
la chofe elle-même. Si quelqu’un , 
par exemple, veut aller à cheval pour 
fa fanté , il defire certainement plus 
là lànté que le plaifir de monter à 
cheval. Puifque donc nous ne déli- 
rons aucunes^ chofes qu’à caufe du 
bien que nous croyons trouver en 
elles , c’eft moins vers ces chofes 

3 ue vers le bien lui-même que ren- 
ent nos defirs. Or nous avons établi 
pour principe , que ce centre où tous 
nos defirs aboutirent , eft la béati- 
tude; la béatitude & le vrai bien font 
donc elfentiellement une feule & 
même chofe : tu ne peux pas endifcon* 
venir. Or je t’ai fais voir que Dieu 
& la béatitude font aulfi une même 
chofe ; Dieu eft donc par eflènce le 
le véritable , le fouverain bien. 
Approchez, venez ici, miférables 



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de ta Thitofophie . 137 

efclaves de la cupidité des chofes de 
ce monde! vous y trouverez un repos 
durable, un port alluré, un afyle in- 
violable ouvert à tous les malheu- 
reux. Tous les tréfors que roulent 
avec eux le Tage (a) & l’Hermus (b), 
tous ceux que Plnde (c) renferme en 
fon fein , dans’ le climat brûlant on 
il coule fur un fable parfemé d’éme- 
raudes & de diamans (</). Tous ces 
objets funeftes de votre convoitife * 



(a) Le Tage , fleuve d’Efpagne, qui tra- 
verfe la nouvelle Caftille , & une partie du 
Portugal. 

(£) Hermus, ou Sarabat , riviere de Nato- 
lie , dans la province de Carafia , qui tombe 
dans l’Archipel. 

(c) Inde , ou Sinde 3 grand fleuve qui donne 
fon nom aux Indes Orientales. Ces trois fleu- 
ves , dit-on , roulent fur un fable mêlé de 
paillettes d’or. 

Quodgue fuo Tagus amnt vehit, fuit ignibus aurum* 

• 0 * 1 . 

Atqut aura turbidus Hermus. Virg. 

Indus littoribus rubrâ ferutatur in <Ugd. Claud* 

{d) Candidis , mifeens viridc lagillos . 




IjS La Confolatiôît 

mortels infenfés ! toutes ces brillante# 
productions que la fage nature a en- 
roui dans de profondes cavernes, ne 
lèrvent qu’à vous aveugler de plus 
en plus. Là lumière des cieux , cette 
lumière qui en fait l’ornement, qui 
les anime & les conduit $ cette lu- 
mière divine peur feule diflîper les 
ténèbres de votre ame. Sans Î6j% fe- 
cours , vous courez infailliblement 
à votre perte : lumière aufli falutaire 
que brillante : quiconque en eft éclai- 
ré , n’e fl plus frappe de l’éclat du 
jour : toute la fplendeur du foleil 
s’éclipfe &: s’évanouit devant elle. 

Cette lumière, lui dis-je , vous 
l’avez fait briller à mes yeux. Je 
conviens de tout ce que vous venez 
de dire. Vous lavez appuyé par 
les raifoiis les plus folides & les 
plus perfuafives. Mais n’eftimerois- 
tu pas encore plus , reprit-elle , l’ÿ- 
vantage de connoître. la nature cm 
vrai bien? Je l’eftimerois infiniment, 
puifque je parviendrais en même- 
tems à connoître Dieu, qui eft lé fcu- 
verain bien. Je vas te fatisfaire. 



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de la Philofophie. <3 9 

ajouta-t-elle, en partant de ce que je 
viens dire , comme d’autant de prin- 
cipes inconteftables. Je t’ai fais voir 
que ce que l’on ne peut trouver qu’en 
plufieurs chofes , ne peut être le vrai 
bien , le bien parfait ; puifque ces 
chofes étant différentes entr’elles , ce 
qui feroit dans l’une , manqueroit 
néceflâirement à l’autre \ & qu’ainfi 
aucune ne pourroit procurer le vrai 
bien , qui, comme je te l’ai montré 
enfuite , ne peut fe rencontrer que 
dans le feul être où fe trouve réunies 
l’indépendance abfolue , la puiflance 
fuprême* la véritable gloire & la fou- 
veraine volupté , qui , féparées les 
unes des autres , ne feroient pas di- 
gnes de nos defirs , & qui ne font le 
véritable bien que par leur réunion. 
Le bien fuprême ne fe trouve donc 
que dans la parfaite unité: ils ne font 
l’un & l’autre qu’une même fubftan- 
ce , puifqu’ils ont les mêmes effets. 

Confiderons maintenant que les 
chofes ne fubfiftent que par l’union , 
& que la défunion les fait périr. Dans 
les animaux * par exemple* tant que 



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I40 La Confolatlon 

le principe qui les anime eft uni au 
corps , l’animal exifte ; il vit : mais 
que cette union cefle , que ce prin- 
cipe de vie fe fépare du corps, rani- 
mai périt ; il n’eft plus. Le corps de 
l’homme fubfifte tant que les mem- 
bres qui le composent font réunis ; 
mais fi on les fépare, fi on les défu- 
nit, s’ils ceftent de former un feul 8c 
même tout, ce n’eft plus qu’une mafle 



informe. Si je parcours ainfi tous les 1 

êtres , je te ferai voir que l’union les y 

fait fubfifter , 8c que la défunion les )’ 

détruit. Or il n’eft point d’être qui , 11 

tant qu’il fuivra l’inftind de fa na- e 

ture, abandonne le foin de fa confer- e 

vation , 8c cherche fa deftrudion 8c ta 

fa fin. Sans doute les animaux qui n 

jouiflent de la faculté de vouloir 8c i 



de ne pas vouloir , ne renonceront 
point d’eux-mêmes à la vie; chacun 
d’eux travaille à fa conferVation , 8c 
fuit la mort avec horreur; mais dois- 
je penfer de même des arbres 8c des 
plantes ? dois-je le penfer de chofes 
inanimées ? Sans doute , tu le dois. 
Car pour parler d abord de$.efpéces 



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d( la Thilçffpphie. 14 1 

végétatives , ne }es vois-tu pas naître 
chacunes dans les terreins qui leurs 
font les plus convenables & les plus 
propres à leur procurer la durée dont 
elles doivent jouir , félon na ~ 
ture. Les unes couvrent nos champs, 
les autres croiflent fur les monta- 
gnes ÿ celles-là prennent nailïanpe 
dans le fol fangeux d’un marais . 
celles-ci s’attachent aux rochers j il 
en eft même que produit abondam- 
ment un fable aride, & ftérile pour 
tout le refte. Changez-les de terrein, 
elles périront incontinent. La nature 
leur a affigné , s’il eft permis de par- 
ler ainfi, à chacune leur pays nat- 
tai j tant quelles y reftent, cette fage 
mere en prend foin , & les y conr 
ferve tout le tems que , félon le$ 
loix générales , elles doivent y de- 
meurer. Pour leur fourni^: la fubfi- 
ftance , de profondes racines vont 

{ tuifer dans les entrailles de la terre 
es fucs qui forment & nourriflent la 
moelle , le bois & l’écorce dont elles 
font composes. Quelle attention de 
(a nature ! ce qu'elles ont de plus dé* 



, y Google 




T 4 1 La Confolation 

licat , la moelle , par exemple , eft 
toujours au centre , enveloppée 

f >luûeurs couches d’un bois dur , qui 
ui-mêtne eft revêtu d’une écorce 
épaifle , efpéce de cuirafle deftinée à 
défendre le corps de la plante des 
injures de l’air , ôc des failons. Peut- 
on voir fans admiration le foin que 
çette mere féconde a pris pour mul- 
tiplier & conferver les efpéces par 
des graines & des femences qui fç 
développent par fucceffion, lesrepro*' 
duifent fans ceffe , & femblent leur 
afliirer une efpéce d’immortalité. 

Les chofes mêmes qui nous paroif 
fent inanimées , n’ont-elles pas auflî 
une efpéce d’inftinét pour ce qui leur 
eft propre ? Le feu , par fa légéreté, 
s’élève vers le ciel j la terre , par fon 
poids , retombe toujours fur elle- 
même. Ainli chaque élément a le 
mouvement & la région qui lui eft 

Î >ropre : l’ail trouve le principe de fa 
ubfiftance ; ailleurs il trouveroit ce- 
lui de fa deftruftion. Les corps durs, 
les pierres , par exemple , ont leurs 
parties fortement attachées les unes 



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de la Philofophu . 143 

aux autres , comme pour réfifter à 
leur deftru&ion. Les fluides au con- 
traire , comme l’air & l’eau , cedent* 
facilement 8c fe divifent au moindre 
effort} mais auffi-tôt leurs parties fe 
réunifient fans laifler la moindre trace 
de leur divifion. Pour le feu , il n en 
fotlffre aucune- 

En parlant du penchant qui nous 
porte a tout faire pour notre confer- 
vadon , je n’entends point parler des 
mouvemens libres 8c volontaires de 
lame , mais des Amples mouvemens 
naturels , tels que font ceux qui nous 
font faire la digeftion fans que nous 
nous en appercevions , ou qui entre- 
tiennent en nous la refpiration pen- 
dant que nous dormons profondé- 
ment* Ainfi les animaux ne défirent 
pas leur confervation par un défit 
fibre & réfléchi , mais par le fimple 
inftinâ de leur nature. De-là vient 
que fouvent, tandis que la nature en 
eft faifie d’horreur , la yolonté de 
l’homme reçoit la mort avec tran- 
quillité , avec joie même } 8c fouve- 
faine maîtrefie d'elle-même^ elle re* 



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M4 La Confoldtion 

nonce quelquefois au penchant in- 
vincible qui le porte à multiplier ôç 
à éternifer fon efpéce. 

Ain fi |)ar un inftinét général, tout 
cherche à conferver fon exiftencej & 
dans les idées de la Providence , cet 
inftind eft le principe le plus efficace 
de la fubfiftance de tous les êtres 
créés. J e vois a prelent de la maniéré 
la plus claire, ce qui tantôt me pa- 
roifloit tres-incertain. Tout cherche 
donc fa confervation , reprit-elle. 
Or tout ce qui cherche fa çonferva- 
tion , craint fur toutes chofes la di» 
vifion de fes parties. En effet , fi on 
détruit fon unité, on détruit fon 
être. Ainfi tout tend à l’unité. Or je 
t’ai montré que la parfaite unité 3C 
le vrai bien font une même chofe : 
tout tend donc au bien, on peut 
le définir parfaitement , en dilant : 
le bien eft ce que tout dejîre. Rien n’eft 
plus vrai que ce que vous venez de 
dire ; car ou les chofes n’ont aucune 
fin a laquelle elles tendent , & alors 
tout ira au hazard ; ou il y a une fin 
dermere, a laquelle tout fe rapporte. 



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de la Philofopkiei I45 

& céttè fin dernie'ré ne peut être qué 
fe fouverain bien. Quelle j oie pour 
moi , $ J écria-t-elIe ! tu commence , 
mon cher éléve , à comprendre, la 
yerité , & cp qui ty a conduit > c’eflJ 
fa connoiflance de la fin de toutes 
chofes f Or comme ç’eft, â cette fin que 
tout te tld , & que fe bien ;eft kuffi b 
but où tendent tous n6s defirt ; nous 
avons rajfon d’en conclure" due le 
fouverain bien eft la fin de toutes 
chofes. ' 

$t nous defirons fincérement con- 
noître la vérité, & que nbqsrié cher- 
chions pas à noûs faire' illufiôn, ; ren- 
trons en nous-mêmes,, portons lç 
flambeau jufquau fond de notre 
Cœur , nous y trouyetons le tréfor 
que nous cherchons vainement an 
dehors dp oousirtiêrirès. ' ^" vérité 
que dé fombtçs nuages cadraient i 
nçs yeux » nota paraîtra àlors; plük 
brillante que lé foleil : car cette malle 
terreftre qui enveloppe notre aniè 
n.en peut éteindre entièrement ta( 
lumière. Nous portons au dedans dé 
nous-mêmes le germe de ‘toutes Jet 

G 



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Xæ Confolation 

yéiités \ l’étude Sc les inftruéHons ne M 
fervent qu a l’y faire éclore. Sans cela, ra 
comment pourrions-nous répondre n ^ 
promptement ôc fi bien aux interro- 
cations que Ion nous fait. La lumière #1 

croit en nous ; & pour la ranimer , ^ 

il ne falloir qu une étincelle d un leu m 

étranger : & fi cela eft ainfi , Platon ^ 

à bien raifon de dire , que ce que m 

nous croyons apprendre , nous le ^ 

fçavions déjà, ôc que toute la lcience 
confifte à fe re (louve nir de ce qu on ^ 
a oublié fans s en appercevoir. j j* 

Platon a raifon fans doute ; car c elt ^ 

déjà pour la fécondé fois que vous me • 

rappeliez toutes ces choies. J en ai ^ 

deux fois perdu la mémoire. La pre- . 

miére , quand mon ante a participe a ^ 

la contagion de la mafle terreftre qui ^ 

lui fert de prifon i & la fécondé » ^ 

lorfque l’excès de ma douleur en a 
comme étouffé toutes les facultés, th j j1( 
bien ! reprit-elle , fi tu réfléchis mu- ^ 
rement fur tous les principes dont tu # 
viens de convenir, tu te rappelleras ^ 
bientôt par quels reflorts la Provi- ^ 
dence divine régit l’univers , ce que ^ 



Digitized t>y x^fOOQlC 



d&là F&ilofbpktA. i <4ÿï 

tu croyois n’avoir jamais fçu. B eft 
vrai que quoique je vous aie avoué 
que j’étois fur cet article dans la plus 
profonde ignorance , j’entrevois en 
ce moment ce que vous voulez m’en 
dire j je vous fupplie néanmoins de 
vouloir bien m’en inftruire à fond. 
Ne m’as-tu pas avoué, il y a un mo- 
ment , que la Sagefie divine gou- 
verne le monde > Je l’ai avoué, fans 
doute , & je le confefle encore: c’eft 
une vérité dont je ne me départirai 
jamais , & voici les raifons qui me 
portent à la croire. Ce monde eft 
compofé de parties fi différentes & fi 
contraires , quelles n’auroient jamais 
pu former un tout fi régulier, fi un 
être fouverainement puiflant ne les 
avoir réunies enfemble , & cette union 
1 n’auroit pas fubfifté long-tems entre 
J des chofes qui tendent mutuellement 
; ^s’entre-détruire , fi cet Etre fuprême 
n’avoit pas confervé , par fa fageffe, 
ce qu’il a formé par fa puiflance! 
L’ordre invariable qui régné dans 
I toute la nature , ces mouvemens fi 
l réglés , qui fe font toujours dans les 

Gij 



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*4$t là Çonf dation \ > . 

menées efpaces de tems & de lieu * 
avec les mêmes influences & avec 
les mêmes effets , ne peuvent être 
que l’ouvrage d’un Être infini, qui, 
immuable , fait tout mouvoir ; & ce 
principe créateur & modérateur de> 
toutes çbofes , quel qu’il foit , je le 
ceconnois pour mon Dieu, < 

Tu penles li bien , me dit r elle ^ 
que je ne te crois pas fort éloigné de 
parvenir à la béatitude , & de revoir 
ra vraie patrie. Mais revenons au 
fujet de notre entretien. Nous avons; 
dit qUç Dieu eft la fouveraine béa- 
titude , qu’une des principales 
propriétés de la béatitude , eft de fe 
îufnre à foi^memê. Par conféquent 
Pieu n’a befpin d’aucun fecoursétrain 
ger pour gouverner l’univers : car 
s’il en avçut le moindre befoin, on 
ne pourrait pas dire qu’il fë ftfffit à 
lui-même. C’eft donc par lui-même 
qu’il régit tout : or il eft le vrai bien 
par eflence \ c’eft donc par le fouve-? 
çain bien que tout eft conduit; il eft 
Je mobile & comme le gouvernail de 
tQUt l’univers ; ç’eft par lui qu’il 



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de h Philofophie . 149 

exiAe, & il ne fubfiAe que par lui» 
J’en: convièns de tout moi! cœur , 
m’écriai-je , & j’àVois quelqn’idée 
que vous vouliez en Venir là. Tu 
commence donc à connoître la vé- 
rité: écoute, ce qui me rêfte à te 
dire te la fera comprendre de plus en 
.plus. Dieu féfervant du bien comme 
d’un gouvernail pour tout -cônduif-e 
en ce mondé $ & tour, comme je te 
l’ai montré , tendant naturellement 
au bien , peut-on douter qué tbüt 
n’obéifle volontairement aux loix de 
cet Être fuprême ; autrement fon 
gouvernement > loin de faire le bon- 
heur des êtres qu’il gouverné , fcrdit 
-une efpéce de fervitude tk de tyrannie. 
Ainfi tant qu’on fe conduira par le 
véritable inttinét de la nature y on né 
s’oppofera point *aux volohtés du 
Créateur. En ! qui pourroit s’y bppjb- 
fer , puifqu étant la fouverain^ béa- 
titude', il éft Touvefafnément puif- 
fant ? Rien donc ne veut ni ne deut 
réfifter au fouverain bien. C’eA donc 
ce bien fuprêmé qui conduit tout 
avec force , & régie tout avec dou- 
G iij 



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ifo La Consolation 

ceiir.,-{^ Ce que vous me dites , & 
la ; mâniéjre dont vous le dites , me 
plaifertt -également , de les hommes 
mfenfés deyroiem bien rougir des 
vaiues objections qu’ils font avec tant 
d’dftentation contre ces vérités. La 
fable , réprit-elle , en te racontant les 
attentats des gé&m }, de. -leur réyotije 
contre .le ciel , n’a pu ite diffimnler 
qu’ils ont été : terralïes & punis com- 
me ils le méritoient, par la force A: 
par la douceur tout emembie. Témé- 
raires comme eus , ces infenfés dont 
tu parles 9 auront le même fort. Mais 
oppofons leurs raifqns aux miennes , 
peUt-être , du dboc>de ces raifoiis 
contraires , foctka-t-îl quelqu 5 étin- 
celle de vérké (é). 

Dieu eft cout-guiiTanr , tu le fçais, 
de perfonne n’en doute. S’il eft tout- 
pinüant , il ny a rien qu’il ne puifle 

(a) Attirait a fine ufque ad finem fortiter 
& difponitsOtnnia fiiavittr, Sap. S. i. 

ifi) Ces objettions font propofées réfo-. 
lues dans les Livres fuiyans. 



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de la Philofophie'. 4 fl 

faire; cependant tu conviendras qu’H 
ne peut faire le mal tk mal n’eft donc 
tien , jràifque celuiqtù petit tout , 
ne le petit faite. Preneü-Veus donc 
pîaifîr , repliquai-je , à m’ehibarràlfler 
dans un labyrinthe de -ralfonneraens 
dont il paraît impoflible de fe tirer? 
Cette multiplicité de principes n’eft* 
elle point contraire &' t’iiffmie - four 
pficîté -de l’effëhee divinè' ! ? Tantôt 
vous commenciez par la béatitude ï 
tous difiez qu’elle eft le fonverain 
bien , & vous ajoutiez que le fouve- 
tain bien eft Dieu; que Dieu confé- 
cpierfiment eft-la vraie béatitude y Sc 
que qniconqüé -jouit de cette béatb- 
tude , eft Dieu. V otts avez ajouté 
que Tefiencè du vrai bien eft eh 
même-rems ïeffence de Dieu & celle 
de la béatimde , 8cqiie le vrai bien 
eft. celui que tout déliré. V ous avez 
dit ertfuite que là bonté de Die» eft 
le fcepftrédcmt il gouverne le monde ; 
que tout en fuit volontairement lès 
loix , 8£ vote- avéz firii par dite ijue 
le mal ri’eft point un être réel. Vous 
avez tiré toutes ces propo'fttkms les 

G iv 



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'%$i „• La Confolalion 

üne$ des autres , ôc vous ne les avez 
appuyées que fur des raifons tirées 
d elles-mêmes,, fans en chercher au 
dehors. Non , mon cher éléve , non,, 
reprit-elle , je n’ai point voulu tem- 
barraffer, mais t’inflruire: & parla 
grâce du Dieu , que nous avons in- 
voquç, nous voilà parvenus à ex-, 
pliquer ce qu’il y a de plus difficile 
8c de plus important. Telle efl en 
effet la nature de l’effence divine, 
quelle ne fe communique à aucun 
être , & n’admet rien d’étranger en 
elle, mais ycomme le dit Parméni- 
des, c’eft un cercle infini de perfe- 
ftions , qui fe renferment toutes les 
unes & les autres. J’ai donc dû ne 
point chercher au dehors les raifons 
,? jp^des vérités que je viens 
d’établir , mais les tirer du fond même 
de ces vérités y car , comme le penfe 
excellemment Platon ^ les raifons 
doivent toujours être analogues au 
fujet que l’on traite. 

Heureux qui , brifant les trilles 
liens qui nous attachent à la terre , 
peut s’élever vers le bien fuprême & 



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de la PkUofophie . 153 

îe contempler dàns fa fourcè. Le fa- 
meux chantre de la Thrace déplorant 
la perte de fa chere Euridice , tira de 
fa lire des fons fi touchans , qu’il 
tendit tous les êtres fenfibles à fon 
malheur. Les forêts couroient après 
lui les fleuves fufpendoient leurs 
cours impétueux les animaux les 
plus farouches oubliant leiii: férocité, 
laifloient ceux dont ils ont accoutumé 
de faire leur proie , écouter en paix 
le chantre divin. Les lions cruels , 
la biche timide , le chien affamé 
& le lièvre craintif, n’étoient plus 
fenfibles qu’à la douceur de fes ac- 
cords. Mais voyant que fes fons ca- 
pables de tout charmer , ne pouvoient 
charmer fa douleur-: impitoyables 
Dièux du ciel ! s’écria-t-il ,• puifque 
vous êtes infenfibles à ma voix, je 
cours implorer le Dieu des enfers. 
Arrivé fur les fombres bords, il met 
en ufage toute la fcience de fa mere 
(a) : fa voix d’accord avec fa lire. 



. (a) LaFable lui donne Apollon pour pere j 
8c Callioppe pour mere. , ' ' 

G v 



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I J 4 Confolation 

exprime de la manière la plustou- 
chance toute la force delà douleur, Sc 
toute 1 ardeur de fon amour. Il adrefle 
à Pluton les vœux les plus ardens & 
les plus tendres. A fes accens enchan- 
teurs, Çerbére; étonné refte fans voix» 
les Furies vengerefles devenues; fenfi- 
hles, pleurent pour la première fois j, 
la roue , infiniment éternel du fup- 
plice d’Ixion , s. arrête fubitement > 
Tantale oublie la foif qui le dévore* 
3c ne cherche plus à l'éteindre. Le 
cruel vautour qui déchire fans cefle 
les entrailles fans cefle renaiflantes 
de l’infortuné Titie, raflalîé dés fons 
enchanteurs , oublie fa voracité^ Plu- 
ton lui-même, l'inflexible Pluton» 
fent la compaflion naître au fond de 
fon ame. Je fuis vaincu , dit-il ^ Or- 
phée tu triomphe ! la vie & la liberté 
a’Euridice feront la récompenfè de 
l’harmonie vi&orieufe de tes chants* 
Je te la rends ; mais voici la loi que 
Je t’impofe. Tant que tu feras dans 
les enfers , garde toi de jetter les 
yeux fur elle : iî tu la regarde , tu^ la; 
perds» Mais qui peut donner des loiç 



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delà Philof&pfiïe. i j J 

à Hamour ? L’impérieux amour n’en 
teçoitque de lui-même. Prêt de fran- 
chir la barrière qui fépare les enfers 
du féjour des vivants-, Orphée ne pût 
réfifter à l’impatience de fon amour. 
11 regarda Euridice , & il la perdit 
pour toujours. 

Cette fable eft pne inftruÆion pouf 
quiconque afpire au ciel. Si , vaincu 
par Les paffions * il jette un regard 
de complaifancé fur les faux “biens 
de ce Las monde ,/it'perd au même 
inftant tous les droits qu’il àyoit 4 
1 héritage célefte. r 

Fin du troijitme Livre . 




< S v; 



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La Confolation 






LIVRE QUATRIÈME. 

L A Philosophie me difair toutes 
ces ahofes avec autant de majefté 
que de douceur y 8c elle alloit re- 
prendre la parole , lorfque prelTé par 
le chagrin que j’avois encore au fond 
de mon cœur, je l’arrêtai, en lui 
diiant : toutes les vérités dont vous 
m’avez entretenu Jufqu’à ce moment, 
me paroiffent invinciblement éta- 
blies , & par la Solidité de vos râl- 
ions , 8c par l’évidence dont elles 
portent le divin cara&ere en elles- 
mêmes. Mais vous ne m’avez rien 
appris d’abfoliimenr nouveau. Vous 
n’avez fait que me rappeller ce que 
la force de fa douleur m’avoit tait 
oublier. Mais pour guérir entière- 
ment cette douleur qui m’accable , il 
faudroit en détruire la caufe , 8c la 
voilà. Je fuis inconfolable de voir 
Dieu Souverainement bon , 
e que le mal Se fade, 8c le laide 




de la Philofophie. I J 7 

impuni. Vous conviendrez que cette 
feule idée fuffit pour jetter l’ame 
dans la plus grande confternation : 
mais voici ce qui mallarme encore 
davantage. Tandis que la méchanceté 
profpére & régné ici-bas, la. vertu 
non-feulement eft privée des juftes 
récompenfes qu’elle mérite , mais 
abbatue , méprifée ; les méchans la 
foulent aux pieds , & lui font fouf- 
frir les peines qui ne font dues 
qu'aux crimes y & cela fe pafle fous 
l’empire d’un Dieu qui fçait tout, 
qui peut tout , & qui ne veut que le 
bien! Voilà ce dont on ne peut ni 
allez s’étonner , ni trop fe plaindre. 

Ce feroit fans doute , me répon- 
dit-elle , le renverfement le plus dé- 
plorable & le plus monftrueux, fi , 
comme tu te l’imagine , dans une 
maifon auffi bien réglée que celle du 
fouverain Pere de famille , ce qu’il 
y a de plus vil étoit' en honneur * 
tandis que ce qu’il y a de plus pré- 
cieux , feroit dans l’humiliation & 
dans le mépris. Mais il n’en eft pas 
ainfî j çar en pofant pour principes 



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158 La Confolatlon . 

les vérités que nous venons d établir,' 
tu comprendras , avec l’aide de celui 
dont le gouvernement eft le fujet de 
notre entretien, que la vraie puif- 
fance eft le partage des bons , & que 
les médians font toujours fbibles & 
méprifables quele vice n’eft jamais 
fans châtiment , ni la vertu fans ré- 
compenfe*, que les gens de bien font 
toujours véritablement heureux , ôc 
les médians toujours réellement mal* 
heureux , ôc plüfieurs autres vérités 
femblables , qui feront celïer tes 
plaintes , & te rempliront d’un cou- 
rage à toute épreuve. Et puifque je 
t’ai fait connoitre la nature & le léjour 
de la béatitude , je crois que , fans 
m’arrêter à bien des chofes qui ne 
font pas abfolument néceflaires , je 
dois te montrer tout de fuite le che- 
min qui doit te conduire à ta vérita- 
ble patrie. Je donnerai des ailes â ton 
ame , afin que fortant de l’abatte- 
ment où elle eft plongée , elle jpuiflê 
s’élever à cette patrie defirable. Je 
lui en montrerai le chemin : je lui 
fervirai de guide , & je lui fournirai 



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de laPhitofophie. 159 

tous lés moyens néceflaires pour y 
parvenir en fureté. Car j ’ai des ailes 
capables de me porter au-defliis des 
nues : par leur fecours , lame mépri* 
fant cës, bas lieux , s’élève dans les 
airs , laiffe derrière elle les nuages & 
les tempêtes , vole au-deffus de % la 
fphére du feu , pénétre jufqu’à ces 
maifons brûlantes que le lbleil habite 
fucceffivement (a) \ elle fuit ce bel aftre 
dans toute fa courfe ; elle s’élève au h* 
deffus de la plus haute des planettes 
(b) y s’élance impétueufement d’un polo 
à l’autre , parvient jufqu’au plus haut 
de îempirée , & vole enfuite au fé- 
jour de la lumière éternelle. C’eft là 
que le Roi des Rois a établi fon trône 
fur desfondemens inébranlables. C’eft 
de là qu’il gouverne le monde , & que 
quoiqu’immuable , il fe porte par-tout 



(a) Les douze lignes du Zodiaque. 

(b) Le texte porte: Âut comitetur iter gelidl 

fini*, 

9 Milts corufci fiderîs . 

Le gelidus fcnex > eft évidemment Saturne* 
ce miles défîgne fes fateüites. ^ 



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réb La Confolation 

fur fon char rapide. Si tu as le bonheur 
de revenir un jour dans cette demeure 
augufte que tu cherches j fans te ref- 
fou venir que tu las connue, tu t’é- 
crieras : ah! voilà ma patrie , je m’en 
fouviens: c’eft de là que je fuis forti: 
<;’çftlà que je veux demeurer éteiv 
nellement. Alors , lî du haut de ce 
* Séjour de lumières , tu daigne abaifler 
tes yeux fur ces ténèbres épaifles 
qui couvrent la face de la terre, tu 
verras que ces fiers * tyrans qui font 
trembler des peuples, ne font, mal- 
gré toute leur grandeur , que de vils 
efclaves , que de malheureux exilés, 
V ous me faites là de bien magni- 
fiques promefles : hâtez-vous de les 
remplir } car je ne doute point que 
vous ne foyez en état de le faire: 
.hâtez-vous de fàtisfaire les defirs que», 
par ces promeffes , vous avez fait naî- 
tre dans mon coeur. Je le veux bien , 
me repondit-elle, Sc je commence par 
te faire voir que les gens de bien font 
toujours véritablement puiflfans , 3C 
que les médians font la . foibl efft 
meme. Ces deux prppofitions fe dé- 



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de la Philofophîc, i6j 

montrent Tune par Pautre ; car le bien 
& le mal étant deux contraires > dont 
les qualités s’excluent mutuellement ; 
fi les gens de bien font puiflans , il 
s’enfuit que les médians ne le font 
pas; & fi je montre au contraire 

S ue les médians font fans puiflance, 
eft évident qu’elle eft le partage 
des gens de bien. Mais pour rendre 
ma aemonftration plus complette , je 
ne m’en tiendrai pas à l’une de ces 
deux propofitions ; je les démontrerai 
. alternativement l’une & l’autre. 

Il y a deux principes qui concou- 
rent néceflairement aux aétions des 
hommes ; la volonté & le pouvoir. 
Le défaut de l’une ou de l’autre , eft 
un obftacle infur mon table a tous les 
a&es humains. Car fi le vouloir man- 

3 ue , l’homme n’eflaie feulement pas 
agir ; & s’il manque de pouvoir , 
en vain s’efforceroit-il de le faire. 
Ainfi quand tu vois quelqu’un ne 
point parvenir à ce qu’il defire avec 
ardeur > tu conclus d’abord qu’il n’en 
a pas le pouvoir ; & par une confé- 
quence contraire , s’il y parvient, ta 



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1 6 l . La Confolatioh 

ne doute point qu’il n’ait été puif- 
fant à cet egard. Or tu ne doutes pas 
non plus que la force confifte à pour 
voir agir , & la foiblëffe à ne le pou- 
voir pas. Rien n’eft plus clair que 
ce radfoanetnent. Eh bien! continua- 
t-elle , te reflbuviens-ru que je t’ai 
montré que tous les hommes, par un 
penchant naturel , tendent à la béar 
titude , quoiqu’ils prennent différen- 
,tes routes pour y parvenir ! Te rapc 

Î e4bs-m aufli que la béatitude &le 
ien font une même chofe , & qu’ainfî 
•on ne peut afpirer à celle-là , fans 
afpirer à l’autre? Parconféquent tous 
les hommes , les méchans comme les 
bons, tendent naturellement au bien. 
Or il e ft certain que les bons ne font 
tels que parce qu’ils parvienrient au 
bien : ils parviennent donc au but de 
leurs defirs ; & les méchans au con- 
traire celïeroient de l’être , s’ils parr 
venoient à ce but defirable. 

Reprenons ce raifonnement en peu 
de mots. Les bons & les méchans 
tendent naturellement au bien; les 
premiers y parviennent , les autres 



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de la Thilofophie . 1 6 | 

n'y parviennent pas : les premiers orit 
donc en partage le vrai pouvoir , 
dont il faut néceffakemént que les 
autres manquent , puifqu’ils n’y par- 
viennent pas. Gela , lui dis-je, me 
paroît indubitable , & fondé fur la 
nature des chofes , & fur les confe- 
quences les plus juftes. . Suppofons , 
ireprit-elle , que de deux hommes qui 
, ont tous les deux le meme projet; , 
l’un Taccompliflfe naturellement, & 
que l’autre prenant toute une autre 
route que celle que la raifbn lui 
difte , ne parvînt point à l’accom- 
plir , ne fît que l’imiter , lequel 
des deux crpirois-tjislq) plus puif- 
fant ?.Et pq&r ; t$ faliœbmgœ* com- 
prendre îTh^rujifiée^ Epbèdh efcsbn ’ e ft-i l 
pas vrai , eft un mduyemênt naturel 
a l’homme ? Ses pieds font naturelle- 
ment deftinés à cet office. Si donc , 

. pour marcher, l’un ne fe fert que de 
fes pieds, & que l’autre ait befoin, 
pour le faire , de fe fervir encore de 
fes mains , lequel des deux penf es- 
tu être le plus fort ? Certainement 
ç’eft celui qui tout naturellement §c 



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1^4 La Confolation 

fans effort, fait ce que l’autre né 
peut faire. Mais tu me demanderas 
peut-être à quoi nous mene ce rai- 
îonnement ? Le voici. 

Le fouverain bien eft l’objet defi- 
rable dont l’acquifition eft propofée 
aux méchans, comme aux bons -.ceux- 
ci y parviennent naturellement par le 
véritable chemin , qui eft celui de la 
vertu ; les méchans au contraire s’effor- 
cent inutilement d’y parvenir , parce 
qü’ils fui vent les routes égarées que 
leurs paffions leur font prendre. J’en- 
tends cela, & j’en conclus avec vous, 
ainfi que des principes dont j’étois 
convenu * cpie-la vraie puiflance eft 
le part#g^d@$ *bon8f^ la foibleffe, 
celui d^fhédi&nspM^urtVas droit à la 
vérité* y ~Sc c’eft une marque affurée 
des progrès de ta convalefçence. Mais 
. pour mettre à profit les heureufes difi 
pofitions où je te vois , je veux en- 
trer dans un plus grand détail , & te 
donner de nouvelles preuves. Tu vois 
déjà qu’elle eft la foibleffe des mé- 
chans qui ne peuvent parvenir à ce 
but commun, où les porte fi forte-; 



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de b Philofapkie. ï6f 

ment le penchant de la nature ; pen- 
chant impérieux &: prefqu’invinci- 
ble , & qui pourtant eft en eux fans 
effet. Que leur impuiffançe eft donc 
grande , & qu elle eft funefte ! Car çe 
n’eft pas feulement de quelques avan- 
tages frivoles qu’ils fe voient privés, 
mais de la feule chofe effenriéUe ; 
ils la cherchent fans cédé vils courent 
après elle jour &: nuit , & les mifé- 
rables qu’ils font , ne pçuyent jamais 
l’atteindre; leurs vains effof* ne font 
que manifefter leur foiblefle, tandis 
que les gens de bien font à cet épard 
le plus heureux ufage de la fuperio- 
rite de leurs forces. Tu regarderois 
en effet comme fupérieur en force & 
en vigueur , celui qui de fon pied 
parviendroit au bout, deP univers ; 
tu dois donc regarder comme un pror 
dige de force, celui qui eft parvenu 
au but fuprême , à ce but où fe ter- 
mine & (es defirs nos idées. Par la 
raifon contraire tout fcélérat eft rem- 
pli Me foibleffe. Car pourquoi les 
méchans fe Uvrent T iU au. vice? Eft- 
ce parpe qu’ü§ ignorent le yrai J>ie&? 



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i$6 La Coéfolâtiori 

Une fémblable ignorance eft h preuve 
certaine de la petitefle de leur génie. 
Connoiflent-ils leurs devons , 8c ne 
s’en écartent-ils que parce que la con- 
voitife & les pallions les en éloignent 
& les précipitent dans l’abîme du 
vice ? Nouvelle preuve de leur foi^ 
bleftè , puifqu’ifs ne peuvent réfifter 
à ces ennemies de leur bonheur. Eft- 
ce avec une pleine connoiflance 8c 
une volontç.décidée qu’ils abandon- 
nent la ygrtu, pour fe livrer au crime? 
En ce cas , non-feulement je ne leur 
eonnois plus de vraie force , mais je 
ne les regarde plus comme des hom- 
mes. Car c’eft n’être plus rien que de 
ne pas tendre à ce qui eft la fin de 
tout ce qui exifie , quand je dis que 
les méchans , qui font le plus grand 
nombre des hommes , ne font rien f 
cela paroît un paradoxe étrange* 
Rien de plus vrai pourtant } car je 
ne dis pas qu’ils n’exiftent en qua* 
lité d’hommes méchans , mais je nie 
qu’ils foient Amplement ? & a pro- 
prement parler , des honkmes. Un 
cadavre eft un homme mpre y qiaû 



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de la Philafopiue . t6? 

ce n’eft point véritablement un hom- 
me. Ainfi les méchans font des hom- 
mes vicieux ; mais ils ne méritent 
point au vrai la qualité d’hommes. 
Car pour être quelque choie y il faut 
en conferver le rang 8c le caraétere'; 
dès quon s’en écarte , on celle d’être 
ce qu’on étoit. Mais les méchans , 
me dira-t-on , ont pourtant une ef- 
péce de puiflance. J’en conviens ; 
mais cette puiflfance pernicieufe eft 
la fuite fatale de l’excès de leur foi- 
blefle. ils ne font puiflkns que pour 
le mal j ôc s’ils avoient le vrai pou** 
voir , qui eft le parcage des gens de 
bien, ils feroient dans l’heureufe 
impuiffance de faire le mal. Mais 
plus ils ont de difpofition 8c de force 
pour le faire, plus ils montrom qu’ils 
ne peuvent rien } puifque , comme 
nous l’avons fait voir , le mal , à para- 
fer ftri&ement, n’eft rien. Pour te 
donner encore une idée plus précife 
de l’efpéce de puiffance dont jouifc 
fent les méçhans , rappelles-toi que 
le fouverain .bien eft ht plus puiftant 
do tous les êtres : cependant 'û pt 



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i68 La Confolation 

peut faire le mal } tu en conviens. 
Revenons maintenant aux hommes: 
i moins que d'être infenfé, on ne 
peut pas dire qu’ils foient tout nuit 
fans : or cependant ils peuvent raire 
le mal. An ! je ne le fçais que trop , 
lui dis-^’e j plût au ciel qu’ils fufTent 
impuiflans a cet égard ! Puifque donc, 
ajouta- t-elle , que le fouverain Être, 
qui ne peut faire que le bien, eft tout 
puiffant, ôc que les faibles mortels 
h puiilans pour le mal , ne le font 
pas pour bien d’autres chofes , con- 
cluons que le pouvoir de faire le mai 
eft au rond une impùiffance réelle. 
Ajoutons à tout cela x que toute puifi 
fance eft defirable , ôc que tout ce 
qui eft defirable fe rapporte au bien, 
comme à fa fin derniere ; or la puits 
fance de faire le mal, ne peut jamais 
fe rapporter au bien , elle n’eft donc 

S s defirable j ôc fi toute vraie puit» 
ice eft en effet defirable , celle de 
faire mal n’en eft donc pas véritable* 
ment une. De tout ceci, il eft aifé de 
conclure que 
tage desgem 



le vrai pouvoir eft le par- 
i de bien, de que la plus 
déplorable 



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de"4k P hllpfopkit, 1 $^ 

déplorable foibleir e , eft celui des 
médians. Platon a donc bien eu rai- 
ion de dire que les Pages font les 
leuls qui fa-dent ce qu’ils défirent. 
Les médians font, il eft vrai , ce qui 
es atte ; mais #s ne farisfonr jamais 
ieurs defirs , quoiqu’ils penfent le 
taire en fiwant leurs goûts déréglés • 
car les adions honteufes ne condui- 
jent jamais à la félicité,' qui eft le 
but commun de tous les defirs des 
nommes. 



Voyez, fur leurs trônes ces Rois 
mperbes ; la pourpre brillante qui les 
couvre, la garde qui les environne 
cet orgueil féroce qui éclate fur leur 
iront , ne font que de vains dehors , 
qui cachent le trouble & la rage qui 
tes dévorent dans le cœur. Ces maî- 
tres de l’univers , font des efclaves 
infortunés qui gémirent fous le poids 
de leurs chaînes. La convoitife verfe 
a grands flots fon poifon dans leurs 
cœurs , la colere les enflamme , le 
chagrin les delféche, leurs efpérances 
trompées font leur tourment. Chacun 
de ces tyrans eft en proie à. mille 

H 




£ jp Là Cotifolation 

tyrans intérieurs. Accablés^ fous 1 
Cruel empire de tant de maîtres in 
humains, font-ils jamais véritable 
ment maîtres de faire ce qu’ils de 
firent? 

Comprends donc enfin à quel! 
bafleffe indigne les vices conduifeni 
Sc de quel éclat au contraire brill 
toujours la probité , & condus-en qi 
les gens de bien ne reftent jama 
fans récompenfe , ni les fcélérats fai 
châtimens. Car on peut regard* 
comme la récompenfe fôlide de n< 
unions , la fin pour laquelle nousL 
faifons. Ainft la couronne propofi 
à ceux qui Courent dans la lice , e 
la récompenfe qui les anime. Ma 
nous ayons déjà vu que la béatittu 
eft en même-tems le bien fuprcnu 
auquel nous afpirons tous. Lé bi< 
eftdonc tout enfemble le mobile üi 
yerfel, la fin & la ïéeompeïife de n 
bonnes aftions. La vertu ne manqi 
clone jamais de fa jufte récompen! 
Le diadème glorieux qui la couromi 
eft à l’épreuve des attentats & de 
/cruauté des méchans, Ils né dépoftil 



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de ta, jPJùioJbpJiU ; ifi * 

lontjâtnais 1 faonnete homme de cette 
fatisra&ion intime & glorieufe infe- 
parable de la probité. Siellelui ve- 
aoit du dehors , elle pourrait peut- 
etre lui être ravie , pu -par celui dont' 
il l’auroit reçue , ou par quelqu’au- 
tre ; mais puifqu’elle eft effenrielle- 
ment attachée à la verra même , il ne 
peut la perdre qu’en perdant fa vertu. 

Enfin on n’afpire aux récompenfes 
que parce qu’on les croit un vérita- 
ble bien : celui donc qui pratique le 
bien , trouve dans le bien même fa 
récompenfe , 8c quelle récompenfe 1 
La plus belle & la plus grande dont 
nous puiflîons jamais avoir l’idée. 
Souviens-toi de la conféquence que 
je tirois il y a un moment, & rai» 
fonne ainfi:La béatitude & le vrai 
bien font une même chofe } celui donc 
qui parvient au vrai bien , parvient à 
la béatitude : ainfi tous les gens de bien 
font véritablement heureux, précifé» 
ment pâme qu’ils font gens de bien. 

Or on ne peut être véritablement 
heureux , fans participer en quelque 
chofe à la Divinité j les gens de bien 

Hij 



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tfi &<* Conf dation -, 

fonrdohc en quelque façon des Dieux, 
dont le bonheur & la gloire ne peu- 
yent être altérés, ni par la durée du 
tems,ni par l’effort d’aucune puiflançe, 
ni par les attentats de la malignité. 

- Par ce que je viens, de dire , le iagq 
comprend aiféméat que le vice ne 
refte jamais impuni j car le Bien « 
le mal , la récompenfe & le châti- 
ment , étant des contraires , comme 
la vertu eû elle-même la recompenle 
de l’homme vertueux , la perverjue 
des méchans fait elle-même leur fup 

plice ; car la peine étant un mal, £c 
le mal une peine, peuvent-ils 1<? 
croire exempts de peines , eux qui 
font entièrement livrés au vice , qui 
«ft le plus grand de tous les maux, 
On peut même inférer de ce que 
nous avons dit ci-devant > qu ils çe " 
fent d’être ce qu’ils étoient j ils n ont 
plus en effet que la feule apparence 
d’hommes. Leur perverfité leur enfait 
perdre la nature. Car comme la pro- 
bité éléve l’homme au-deflusde la 
condition mortelle ,1e vice au con- 
traire le dégrade , le rend fçpt" 



\ 



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de la Philosophie. 17 $ 

blable aux bêtes. Oui , le vice opère 
cette:, honteufe métamorphofe. L’in- 
jufte ufurpateur n’efft plus un homme, 
f'dfi un loup raviflant , un plaideur 
de proffeflion, un monftre de chi- 
cane i & un chien hargneux , qui 
inquéte & maltraite tout fon voifi* 
nage. Ces fourbes adroits , qui ten- 
dent dés embûches d’autant plus dam 
gereufes , qu’elles font plus cachées , 
n ont-ils pas le caraélere & 1 odieufe 
finette du renard? Ces gens colères, 
toujours dans l’emportement & dans; 
Ja rage , ne font-ils pas des lions fu- 
rieux? Cette ame tremblante que tout 
allarme, qui frémit où il n’y a pas la 
moindre apparence de danger ,»n’a^ 
t-elle pas tou çe la timidité du cerf? Ce 
paretteux , cet infenfible , qui croupit 
dans fa ftupidité , ne mene-t-il pas la 
vie de la plus vile (a) des bêtes de char- 
ge ? Cet efprit léger que rien ne fixe, 
qui change à chaque inftant de defirs 
éc d’idées , n’eft-il pas tout fembia- 



( a ) Afinum vmt'< 

H iij 



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1 74 Isa Confolaîion * 

fele à 4’oifeau qui voltige fans celle 
de branche en branche ? Enfin ce dé- 
bauché 3 qui le plonge dans les vo- 
luptés lés plus groffieres & les plus 
honteufes 3 vit-il comme un homme, 
ou comme # pourceau ? C’eft ainfi 
qu’en ceflànt d’être vertueux , l’hom- 
me ceffe d’être homme. La vertu en 
eut fait un Dieu , le vice en fait une 
bête imtnonde * 8c il lui arrive quel- 
que chofe déplus ftmefte que ce que 
la fable nous ràconte des compagnons 
d’Üliffe. 

Ce Prince , après avoir long-tems 
erré fur les flots , fut pouffe par les 
vents dans l’île où regnoit la fameufe 
Circé , fille du Soleil. Cet;te Déefle , 
par la force *de fes enchantemens > 
donna à la liqueur traîtreffe qu’elle 
offrit à ces nouveaux hôtes , le pou- 
voir de les métamorphofer. Us burent 
à longs traits la liqueur pernicieufe } 
auili-tôt la tête de celui-ci fe change 
en une hure de fanglier. Celui-là eft 
couvert de la peau a’un lion j il en a 
les dents 8c les griffes terribles. Cet 
autre mêlé parmi les loups > auxquels 



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de la Philosophie. 175 

il reffemble , veut déplorer fa trille 
avanture ; mais au lieu de gémille- 
mens, il pouffe des hurlemens af-< 
freux. Cet autre , fous la peau d’un 
tigre, devenu animai domeftique , 
rode dans toute la maifon. Il eft vrai 
qu’un Dieu propice avoir empêché 
le chef de ces malheureux de hoire 
dans la coupe empoifonnée^ il l’avoit 

1 >réfervé du changement honteux qui 
ui étoît prépare j mais fes compas 
gnons avoient éprouvé l’indigne mé* 
tamorphofe. Réduits à ta vie des ani- 
maux a ils avoient perdu & la voix &c 
la figure humaine ; il ne leur refta de 
leur premier être , que l’aime feule , 
gémiffante fans celle fur le change- 
nient monftrueux que l’enchanter elle 
tenoit d’opérer. Imputlfante enchan- 
ter elïe ! ta magie n’a donc dé pouvoir 
que fur les corps; il ne peut s’étendre 
fur ies aines : elles font à l’épreuve 
de tes ënchantemens. Ah ! il eftdesr 
poifons malheureufement plus puif- 
fans & plus pernicieux. Ce font ceux 
qui pénétrant j'ufqu’au fond de lame, 
exercent leur fureur fur elle, quoi- 

Hiv 



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ij6 La Conjblatiori 

qu’ils ne laiflent à l’extérieur aucune 
marque du défordre af&eux qu’ils y 
caufent. 

Je le vois!, & je l’avoue , lui dis-je j 
les hommes ! vicieu? fe dégradent par 
leurs mauvaises a&ions; ils n’ont que 
l’apparence d’hommes $ leur ame a 
tous les fentimens des plus vils ani- 
maux : niais je defirerois que ceux 
d’entre, les médians dont l’ame 
atroce exerce fa cruauté fur les gens 
de bien, n’euflent jamais eu le pou- 
voir de leur nuire. Àufïi ne l’ont-ils 
pas , me répondit la Philofophie. 
Cependant s’ils étoient dans l’impuif 
fance die faire le mai, leur peine, & 
leur màlheuri ferôient beaucoup moins 
grands. Gar„ quoique, cela paroiffe 
îrijcompréheulïble , il eft pourtant vrai 
que les médians font plus malheu- 
reux quand ils. ont aflouvi leurs def- 
leins criminels , que quand ils ont 
été dans l’impuiflance de le faire. 
Car ii c’eft un malheur de ; deijirer le 
mal , c’eft un plus grand malheur de 
le pouvoir commettre ; puifque fans; 
ce pouvoir fune r fte,; leur mauvaife 



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Je la Pkilofophce. 1 77 

jvolonté refteroit fans effet , & que 
leurs defîrs pernicieux s’anéantiroient. 
Ainfi c’eft un malheur de defirer le 
mal, un plus grand malheur de pour 
voir le faire , le comble du malheur 
de le faire en effet \ de ces trois efpé- 
;ces d’infortunes fe réunifient dans 
celui qui accomplit fa mauvaife vo- 
lonté, pour le rendre fouveraine- 
ment malheureux. Je le crois ainfi , 
répondis-je j de c’eft ce qui me porte 
à defirçr qu’ils cefient d’être fi mal- 
heureux en cefiant de pouvoir faire 
le mal. Ils cefferont , : ajouta-t-elle, 
ils cefferont de l’avoir ce pouvoir 
funefte , plutôt que tu le perdes , de 
qu’ils ne le penfent eux-mêmes. Que 
cette vie en- effet paroît courte , de 
que le terme le plus . éloigné paroît 
proche à Une ame créée pour l’ im- 
mortalité ! Il ne faut qu’un moment 
pour anéantir les efpérances perver- 
fés des médians , pour rehverfer leurs 
projets criminels de pour les empê- 
cher de' mettre le dernier comble à 
eur mâlheun Si c’eft eh effet uru mal- 
heur d’être vicieux , c’eft' un plus 

Hv 



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178 La Confolation 

grand malheur de letre long-tems, 
de c’eit par conféquent un bonheur 
pour les méchans que la mort vienne 
mettre fin à leur vie criminelle. Car 
fi ce que nous. ayons dit du malheur 
attaché au vice* eft bien vrai, il s’en- 
fuit que ce malheur eft infini quand 
il eft éternel. Cette coliféquence , 
mecriai-je , eft bien furprenante & 

{ bien difficile à comprendre \ je vois 
cependant qu’elle a une connexion 
néceflaire avec ce que vous avez pré** 
çédemment établi. Rien de plus vrai, 
me dit-elle) car ou il faut admettre 
fans difficulté cette conféquencè , ou 
il faut démontrer que les prémices 
font fauffès, ou que cette confequence 
n'y eft pas renfermée j car fi les pré- 
mices font vraies & la forme de 1 ar- 
gument jufte, la conféquence eft 
vraie auffi. Voici encore quelque 
chofe d auffi furprenant, mais qui 
émane également de ce que nous ve- 
nons de aire. L’aurois^tu jpenfë ? Les 
méchans font beaucoup plus heureux 
quand ils paient la jufte peine due 
à leurs forfaits, que quand iis reftènt 



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d&îaPkilofophk. 

impunis. Pour lè prouver , je pour- 
vois dire que le châtiment les cor-, 
rige y qu’il épouvante les autres &c 
leur fort d’exemple » &c. Mais ce 
jreft point par cçs raifens , qui vjern 
tuent d’abord à l’efprk, de tout le 
monde , que je ; veux prouver corn-» 
bien i l’impunité contribue aux nul-r 
heur des méchans; Écoutes-moi : que 
les «gens de bien foient heureux , &c 
les méchans vraiment malheureux, 
nous en lommes convenus. Conve- 
nons mainte nanti que lion mêle quel- 
que bien à ^infortune d’un miféra-T 
ble, il eft moins malheureux que ce-r 
lui dont la mifére n’eft adoucie pais 
rien \ &c que fi à l’infortune de celuir 
ci, on ajoute encore un nouveau de- 
gré de mal , font fort eft infiniment> 
plus à plaindre que le fort de celui 
dont le malheur a reçu quelqu’adourr 
ciffement par l’efpéce de bien qu’il 
éprouve. Or le châtiment dies mé- 
chans eft i^n bien , puifque c’eft la 
juftice qui l’exerce } & par une raifon 
coucraife, l’impumtç de : crimes 

eft un mal, puifque c’eft in juftice 

Hvj 



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*8*0 « La Çohfoîatïori 

manifefte» Lesmcchans font donc: 
beaucoup plus à plaindre, lorfque * 
contre les- régies de là jùftice, ils. 
k échappent au- châtiment quj le^r effi 
dû 5 que' lorfque la juftice les punit,, 
comme ils- le méritants Car om ne 
difconviendr# pas que rien ri eft plus 
_ jtifte que de punir fe crime , ni rien 
de plus injufte que de fo laîffer im* 
puni; & on ne difcônviendra pas nom 
plus que ce qui eft jufte eft un bien* 
ôc ce qui eft injufte, un véritable mali 
Tout eeh*, lui dis-je , fuit .natu- 
rellement de ce; que vous. aveer déja 
établi; mais je vous fuppHe de me 
dire fi vous croyez que le malheur desu 
méchans finiravec leur vie-, & fi leuî 
ame ne fouffrerien après: leur mort ? 
Ah îles fupplices qui lea attendent * 
me répondit-elle r , font- terribles , 
mais d’un genre différent; Car iés uns 
peuvent fervir à lès purifier ,& les 
autres plus affreux , ne fervent qu a 
les tourmenter fans fruit (a). Mais ce 



fa) H' eft évident, par ce paflàge , que là 
créance du purgatoire était celle desp rende** 



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de ta P kilo f aphte* i8l 

n^eft pas de cela dont iL s’agit à pré- 
fenr. Revenons à ce que nous venons 
d’ctablir. Je t’ai montré le néant de 
cette prétendue puiflance des mé- 
chans „ .qui te eaufoit tant; d’indigna- 
tion: je t’ai fait voir que leurs crimes 
ne reftent jamais impunis* que le 
pouvoir qu’ils, ont de tes conmiettré, 
pouvoir quitefaifoit tant de peine 
dont tu defirois fi ardemment la fin , 
ne peut jamais être de longue durée ; 
que plus il* dure , plus il contribue à 
leur* malheur ; & que s’il dur oit tou- 
jours leur malheut feroit infini. En- 
fin? je t’ai fait eonnoître que les mé- 
dians, font plus malheureux lorfque 
la juftice fouveraine les épargne* que 
quand elle les punir , d’ou j’ai conclu 
que leur punition n’eft jamais plus 
terrible que lorfquits paroiffent n’en 
éprouver aucune. Quand je pefe vos 
ïaifons , lui répondis-je , rien ne me 
paroi© plus vrai que ce que vous ve- 



fiéclës de TEglifè ; & . que c’eft contre toute 
vérité que l'esProteftans en regardent le dogme 
f&nme iwc invention nouvelle.. 



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i&2 La ùonfolaiion 

nez de dire; mais que la plupart des 
hommes font bien peu aifpofés, je 
ne dis pas feulement à le croire * 
mais même à l'écouter. Je le fçais , 
reprit-elle j leurs yeux couverts des 
ténèbres de l’ignorance * ne s’ouvrenr 
pas aifément à la lumière de la vé-e 
rite. Ils reflembleiitoà ces oifeaux 
noCfcurnes , que le grand jour aveu- 
gle. Car n’envifageant point l’ordre 
établi par la Providence ; & ne corn 
fultant que leurs fentimens déréglés, 
ils regardent comme un grand bon- 
heur le pouvoir de faire le mal * & 
de le faire impunément. Mais que 
ces idées font contraires à la loi éter- 
nelle ! Voici ce qu’elle nous apprend. 
Quiconque s’efforce d’atteindre à la 
perfection , n’a pas befoin d’une au- 
tre récompenfe ; il la mérite , &: fe 
l’adjuge lui -même» Quiconque au 
contraire , qui fuit fes inclinations 
perverfes, & fe tourne du côté du mal * 
devient fan propre bourreau , en fe 

S itant dans l’abîme de Finiquité. 

> maître de s’attacher par fès 
penfées au ciel ou à la terre , l’efpru 



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de la Philofophie. 183 

de l’homme tantôt s’élève , 8c prend 
fa place au milieu des aftres j 8c tan* 
tôt fe plonge dans l’ordure & dans la 
fange. Mais ces idées font au-defïus 
du vulgaire. Eh quoi! penferons-nous 
comme lui ? Nous mettrons-nous au 
rang de ces mortels méprifables, plus 
femblables à de vils animaux qu’à des 
hommes ? Si quelqu’un , non-feule- 
ment avoit perdu la vue , mais ne fe 
reflouvenoit pas même d’en avoir 
joui , 8c qu’il penfât que rien ne man- 
que* à la perfe&ion de fa nature , 
certainement il n’y a que des aveu- 
gles qui puffent penfer comme lui , 
8c prefque tous les hommes le font. 
Qui d’entr’eux * par exemple , con- 
. cevra que celui qui fait une injure , 
eft plus malheureux que celui qui la 
reçoit ? Cette vérité eft pourtant fon- 
dée fur les raifons les plus folides. 
Jugés-en. Tu conviens que toutfcé- 
lérat eft digne de punition > 8c je 
t’ai fuffifamment montré qu’il eft en 
même-tems malheureux. Tu convien- 
dras aifément aufli que tout homme 
eft malheureux dès qu’il eft digne de 



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184 La Confolatîon 

N châtiment. Or fuppofons que tu fois 
Juge, de qu’affis lur le tribunal, tu 
décides entre celui qui a reçu l’in- 
jure & celui qui l’a faite , lequel de* 
deux, à ton jugement, doit être puni? 
Je n’héfiterois pas, lui dis -je; je for- 
cerois l’aggrefleur de faire à l’offenfé 
une fatisfadrion proportionnée à l’in- 
jure. Celui qui fait l’injure eft donc'* 
plus malheureux que celui qui la 
reçoit, puifqua ton jugement, il eft 
feul digne de punition. J’en con- 
viens * lui dis-je; de je vois que par 
ces raüons , de beaucoup d’autres qui 
fe tirent des mêmes principes, une 
injure ne fait le malheur que de celui 
qui en eflr l’auteur y de non de celui 
qui en eft l’objet; parce qu’une aéfcion? 
honteufe rend , par fa nature , ceux 
qui. la font , réellement malheureux. 
Les Orateurs , reprit-elle , ne con/î- 
derenr guere cette vérité , lorfqu’ils 
s’appliquent à émouvoir la compaf- 
fion des Juges, en faveur de ceux qui 
ont reçu quelque grand outrage* En 
effet , ceux qui en font les auteurs , 
fimt: feula dignes de compaffion. ; &l 



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de la Philofôphieé i 8 9 

le.urs accufateurs , loin de fe déchaî- 
ner contr’eux , devroient les prendre 
en, pitié , comme des malades qu’on 
tnene au Médecin , & les conduire 
ainfî ayec bonté aux pieds de leurs 
Juges, recevoir dans une punition 
falutaire j le vrai remède aux mala- 
dies de leurs âmes déréglées. Leurs 
défenfeürs eux-mêmes ne devroient 
les défendre que foiblement.., ou plu^ 
tôt, pour leur être d’un plus grand 
fecours ,, ils devraient cnanger de 
lly.le ? &c devenir leurs acculateurs* 
Je n’en dis pas aflez. Les méchans 
eux-mêmes , s’ils fentoient que la 
vertu peut encore , par quelqu’en- 
droit, rentrer dans leur cœur, & que 
les châmnens peuvent les purifier de 
leurs finîtes * loin de les envifager 
avec horreur , ils les regarderoient 
comme le principe de leur bonheur y 
loin de chercher à fe défendre, ils 
s’^andonneroient fans réferve ,aux 
.rigueurs falutairos de la Juftice- 
... Par ce que nous venons de dire , 
if eft aifé de voir que, la haine ne 
peut jamais avoir d’accès dans le cœur 



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i 85 La Confolation 

du fage ; car il faut être infenfé pour 
haïr les gens de bien, & inhumain 
pour haïr les méchans. En effet , la 
méchanceté eft une maladie de lame, 
comme la langueur eft une maladie 
du corps. Or fi l’humanité nous ap- 
prend que les malades font dignes de 
toute notre compaflion, pourquoi 
n aurions-nous pas la plus grande pi* 
tié de ceux qui font engagés dans le 
vice , puifque le vice eft la plus fu* 
ne fte de toutes les maladies. 

Quelle fureur vous porté, aveu- 
gles mortels \ à chercher dans la 
guerre, une fin plus prompte ? Àh ! 
fi vous defîretf k moite, la cruelle 
ne vient que trop 'vite au-dèVant de 
vôits. Ihfënfés î les animaux féroces 
(a) arment contre vous leurs dents 
meurtrières , qu’eft-il befoin , pour 
vous détruire , d’avoir recours à- vos 
épées ? Qui peut vous porter à ces 
guerres barbares , où vous vous pré- 
parez une mort mutuelle ? Eft-ce la 



(a) Il nomme les ferpens , les lions, les 
tigres, les ours,&c. 



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dtlaPhilofophie. 187 

différence de vos mœurs d’avec celles 
de vos voifins ? Motif tout à la fois 
inhumain & injufte ! Guidez par la 
juftice de par la raifon , voulez-vous 
rendre à chacun ce qui lui effc dû ? 
Chériflez les gens de bien j ils méri- 
tent tous votre amour : ôc plaignez 
les méchans 5 ils font dignes de toute 
votre pitié. 

Alors je repris la parole , & je lui 
dis : je vois clairement que le bon-r 
heur des uns & le malheur des au- 
tres, ont leur fource dans la bonté 
ou dans l’iniquité de leurs œuvres. 
Mais que penlerons-nous de la for- 
tune ? Il n’eft certainement point 
d’hommes fenfés qui préféré l’exil * 
la pauvreté & l’hmniliation , au plai- 
fîr de tenir dans fa patrie le premier 
rang par fes richeiles , fes dignités 
ôc ion pouvoir. La fagefle ne devient- 
elle pas plus glorieule & plus utile , 
lorfqu’elle peut communiquer aux 
peuples commis à fes foins , la féli-n 
cité dont elle jouit ? La prifon , les 
chaînes & le refte des fupplices in- 
ventés par les loix , ne font deftinés 



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ï88 La Confolation 

qu’aux mauvais citoyens} ils nortr 
été établie que contre eux pourquoi 
donc, par un conttafte injufte ,_ les 
méchans raviflTént-ils les récompenfes 
qui n’étoient dûes qu’à la vertu, tan- 
dis que les gens vertueux fouf&enr 
les peines qui ne dévoient être infli- 
gées qu’aux méchans ? Cette confu- 
«on déraifonnable me jette dans le 
plus grand étonnement , & je vou- 
drais bien en apprendre la caufe; car 
enfin je ferais moins furpris fi un 
aveugle hafard préfidoit à tout ce 
qui arrive ; mais c’eft Dieu qui gou- 
verne tout en ce monde, 3c cepen- 
dant , tantôt par une jufte rétribu- 
tion , le fort des gens de bien eftrero* 
'pli d agrémèns , 3c celui des méchans 
’eft rempli d’amertume; 3c tantôt, au 
contraire, par un renverfement étran- 
ge , les défagrémens de la vie font 
le partage des bons , tandis que les 
pervers jouiffentà leur gré de tout ce, 
qu’ils défirent. En arriverait-il autre- 
ment s’il n’y avoit point de Provi- 
dence? Ah ! répondit la Philofophie, 
fi tu connoillbis l’ordre établi par 



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de là PhUofopfiu. 189 
cette Providence, tu ne penferois pas 
que le chofes arrivent ici-bas fortui- 
temçnt & fans deflein ; mais quoi- 
que cçt ordre ne te fojt pas connu , 

!tu ne dois pas en être moins' per- 
fuadé que ce monde eft bien gou- 
verné * puisqu’il l’eft par un maître 
fQUverainetnent bon. 

L’ignorance eft la fourçe ordinaire 
de notre étonnement. Voir l’étoile 
polaire prefqu immobile , $ç la çbn- 
ilellation qui en eft pioche , prévenir 
avec tant d’empreuement le lever 
des autres aftres , & refter cependant 
fur l’hprifpn long-tems après eux , c’eft 
un phénomène pour ceux qui n’en- 
tendent rien en Âftronomie. Quand 
Ja lune s’éclipfe au milieu de la nuit ? 
& que le? étoiles recôuvent la clarté 
que la fupériorité de fa lumière leur 
déroboit , le vulgaire fuperftitieux , 
faifi d’admiration & de frayeur , 
pouffe des cris lugubres , & croit , 
par les fpns aigus , dont il frappe les 
airs , fecourir l’aftre défaillant , ô£ lui 
jrepdre fon premier éclat. Sçais-on au 
contraire la çaüfe de quelqu eyéne^ 



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I$0 L a Çonfolation 

ment? on n’en eft plus frappé. On voit 
fans farprife les flots de la mer fe 
rompre en mugiflant contre le riva- 
ge, lorfqu’ils font pouffes par un 
vent orageux } on n’eft point étonné 
de voir la neige fe fondre en torrens 
àux premières ardeurs du foleil. Les 
hommes ne font furpris que de ce 
qui arrive fubitement , ou inopiné- 
ment. Ont-ils le tems d’en pénétrer 
la caufe ? la connoiflànce qu’ils acquié- 
rent , en diflipant leur erreur , fait 
cefler leur étonnement. 

J’en conviens , lui dis-je } mais 
comme c’eft à vous qu’il appartient 
de découvrir les caules les plus ca- 
chées , 8c de dévoiler les myftéres les 
plus profonds , daignez m’expliquer 
celui qui me caufe tant de perple- 
xités. Tu me demandes , reprit-elle 
elle en fouriant, la chofe du monde 
la plus difficile. Cette matière eft 
une fource inépuifable de difficul- 
tés. Semblable aux têtes de l’hidre, 
quand on en tranche une, il en re- 
naît mille autres. Il faut , tout le féu 
du génie pour en venir à bout j 



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de là PMlofopJiiç. 

(a) car il ne s’agit pas de moins ici 
que de traiter tout enfemble de la 
Providence , du deftin , des événe- 
mens fortuits de la prefciençe divi- 
ne , de la prédeftination & de la li- 
berté de l’homme. Sens-tu de quel 
poids eft un pareil engagement? Je 
yeux pourtant bien employer le peu 
de tems qui me refte, a faire fur ces 
importantes matières , une courte 
diuertation , puifqu’elle peut con- 
courir à ta guérifon. Mais quoique 
la Poëfie ait pour toi de fi grands 
charmes , je différerai quelque tems 
pour t’en donner le plaint (b). 11 faut 
que je te développe auparavant , par . 
des raifonnemens fuivis , ces matie- 

(<2) Ge ne fut qu’en y- appliquant le feu, 
qu Hercule vint à bout a empêcher la rêpro- 
ftu&ioa de ces têtes horribles , qui , par un 
prodige effrayant, renaifïoient fous le fer qui 
)es tranchait. 

(b) Boëce a bien penfé que çes matières 
fnétaphyfiques ne dévoient pas fe traiter en 
vers ^ c eft pour cela qu’il différé un pèu plus 
fong-tems à s’exprimer poétiquement , quil 
iiî fût dans lç refte de l’ouvrage, , 



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res qui font fi étroitement liées l’une 
à l’autre. Alors elle commença ainfi : 
C’eft de l’immuable volonté de 
Dieu que tout ce qui fe produit en 
ce monde par la génération 5 que 
tout ce qui, dans la nature, eft fujet 
à‘ tant de changerions ôc à tant de 
mouvemens divers , reçoit fon exi- 
ftence , fon arrangement ôc fa forme. 
L’intelligence infinie , fans jamais 
fortir de Ta /implicite qui lui eft 
efïèntielle , eft le mobile univerfel 
de tout ce qui arrive dans le monde 
en tant de maniérés. Cet enchaîne'* 
ment des chofes & des événemens, 
confidéré dans fa fource divine , eft 
ce que nous appelions la Providence} 
mais fi nous l’envifageons dans fon 
objet , c’eft-à-dire dans les chofes 
créées , qui reçoivent de la Provi- 
dence la forme ôc le mouvement, 
ç’eft ce que les Anciens nommoient 
deftin. Au premier' coup d’œil, la 
Providence ôc le deftin femblent être 
une même chofe } mais à les appro- 
-fondir, on en fent la différence }• car 
la Providence eft la fouveraine intel- 
ligence 



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Kgèhce elle-meirie , qùî rëglè& con- 
duit tout j & la déftifféë;-eftle diffé- 
rent - arrangement des chofës créées ; 
par lequel elle les met chacune à fa 
place. La Providence en effet e’m- 
braffetoutà la foistoutesles chofes de 
temonâe , quelques différentes , quel- 
ques innombrables qu’elles foient , 
éc la deftinée eft attachée à' chaque 
thôfe en particulier , & diverfifiée , 

Ï >our ainfi aire, autant que les chofes 
e font par les différentes combinai- 
fons du' mouvement • desc modifica- 
tions, de^ tëms ^îdés liéiix^ de forte 
que cet ordre des- chofes* 6tdes*ems 
réuni dans les idées? de Diéu, êft ce 
qu'on doit appelle* Providence ; ëc 
quand on le confidérè divifé §c distri- 
bué fucceffivement aux créatures , ç*eft 
ce qu’on a nommé déftin. Ces deuï 
chofes font donc différentes 9 l’une 
cependant dépend de l’autre. Car 
l’ordté des deftinées n eft que l’effet 
de la Providence. En effet , comme 
un ouvrier, en concevant l’idée de 
l’ouvrage, qu’il projette,' le produit 
intérieurement tout entier, quoiqu’il 



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f$4 

ne, l'exécute- équité , ^ne ftKc^lîîvfit 
jçqqt audéhors» t)e atàgi? * 

videuce f |>arrUn: feul.a&e, -régie d’uoe 
tnaniexe immuable fout ce qui dok 
fe faire dans. l’univers j & elle le fer? 
enfuite du deftifls jHW l’fàéetyPf .&i 

détail fiû?ce(iîvsi»*u* > . fif- de mille 

doue : que 

le deftiu: exerce fofi -a&ion par l'utt 
fluence dilfeéfce deda Providence, foi* 
q u’il l'exerce- par l’impulfton particu» 
liere de l’ame , ou par eelle.de toute 
la nature,, f^iç par l’induénCç de» 
aftrês s feic pair ie miniftere des Auw 
ges you par l'artifice dtes<démons-_, fiait 
enfin, que toutes ee$ puiflànceS y .cor? 
eeurent ,'ou.qae quelques-uiies feun 
lemsne y aient, part , il eft majeur» 
certain que l'idée universelle 5c u** 
va^ibW ^de- «eufi, ^-q»id<dï; &,&i?e 
au tnonde j telle qu-ellejefteà BSewl* 
efir «e que ^pus dem» *£f*dkr. Peei 
videiice:, &: que ledèÆk a ; €|ft ÿpéâlÜ 
miniftre de cette Providence, quilfert 
à développer., dan» k fui testas* temfy 

ce Ciue k Pf®yidenfie a 



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j£F*jlé éft foümfcâtr dèl&n ' & lé 
dente lui-même , tout dit fuj'ét aïte lbix 
fottVéraiûes defaProvicleflcejrtaïsIa 

Providence embraie bien des eWe$ 
«ame dépenddnr anAtvimUÀÂv-jKl- j P 




*wni «.eues qui îont plue 

âmes* a k Divinité. t exemple füi- 
Mnr va éclaircir ma penfée. Suppôt 
forts an grand nombre dé cercles con- 
centrraues mns les uns dans fes au- 
fres , le plus petit étant le, plus pio- 

fî e wifiman , deviez I 

1 égard des autres une efpécé de cen- 
, autour ditquef ils tôuriiêiït : îg 
pte éloigne au contraire, éft celui 
*mtle diamètre a le plus d'étendue, 
Z: e jP ace «F dembralfé deVientplu* 
grand a proportion <pi*i! s'éloigne^k- 
mtage du point centrai. AinS, pen- 
q«îl eè dans k pfus grande ,al 
Ktton , ce qui touche de fiaslrèh fu ' 
JW 1 - "**» éprouvé au. 
u^ e% Pi ce «J™ «Il le pi,*. 

«fl** %4ux 
|®^ade&if;«<|uien ë&ÿL^ 
«e en dépend moins , ttcéquieffu»? 



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19 ^ La Conf dation 

invariablement à Pieu, en eft ,tout à 
fait exempt. L’ordre du deftin n’efl: 
donc , .par rapport à la Providence , 
que ce que l’effet eft à Ton principe \ 
le raisonnement , à l’entendement J 
la circonférence du cercle , à l’indivi- 
fibiiitç de fon centre ; & le tems , à 
ï éternité. ‘C’eft cet ordre du deftin 
qui donne le mouvement aux deux 
& aux aftres , qui conduit les élé- 
mens , 5c les change mutuellement 
les uns dans les autres. C’eft par fes 
loix que la génération remplace fans 
celle les êtres qui périflent, par d’au- 
tres qui leur fuccédent : ce font elles 
qui règlent les a&ions 5c le fort des 
hommes j par un enchaînement aulli 
invariable que la Providence, qui en 
eft le premier principe. Tel eft en 
effet l’ordre admirable de cette Pro- 
vidence immuable $c infiniment fini-» 
jple } elle produit au dehors , d’une 
maniéré toujours entièrement con- 
formé à fes vues, cette multitude de 
chofes qui , fans l’ordre qu’elle* leur 
prefcrit, feroient' abandonnées au ca- 
price du hafard. Jl eft 



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de -la Pkitofophie. i 97 

homrhçs iie pouvant apperçevoircet 
ordre àdriurable \ s^ha^inent que 
tout : içi-bas eft dans uUè cOnfuuon 
univerfelle j mais il n’en eft pas moins 
certain que , par la direéhon de la 
Providence , il n’eft point .d’être qui 
de foi ne tende au bien. Car (comme 
)ë ? te fai déjà évidemment ; 1 démontré ) 
les Scélérats ei^mèmés rié'font point 
te mal, corhme mal $ ils’ né ' le font 
que patte qu’il fè préfente' à ‘létir 
imagination fous l’apparence du bien. 
Ils ne cherchent que le bien; & s’ils 
n’y parviennent pas , c’eft une erteur 
fatale qui les égare ^ màis lëuà égare- 
ment n’eft, ni ne pëuï êtrëd’efïet dë 
cet ordre divin vqüi étnane du bien 
fùprcrhé. CependaHt , me dirài^tu , 
peut-il' y avoir une confufion plus dé- 
plorable & plus injufte~ quë celle qui ré- 
gné fur la tàerre ? Les bienS & lps maux 
y font indiftinétément lq partage des 
bons & des méchahs. Des 1 bons & des 
médians : àh V les hommes ont-ils 
aflfez de lumiete ôc d’équité pour dis- 
cerner les gens de bien d’avec ceux 
qui rte le font pas ? Leur opinion à ce 

I iij 



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. vÇq ^vfdaàoç. 

fujçr ne.fe coatredit-eUe pas Je pli$ 
fwveptf-Jd'f# jugement des «as, 
çft digne de rëcompealê » : qui , a» 
fègemgnf -'4e? autres , ‘ jaéop les 
derniers fuppliçes. Mais iuppo/dns 
un moment qu’il eft parmiles honi- 
mes quelqu’un dallez éclairé pour 
pouYPir «pnnojtre les gens de bien 
& les mecbans ? le fera-t-il ajïêz pçuf 
approfondir cette dupofiûon inté- 
rieure de lame, que j’appellerai {ou 
^R?P<^ainent, S’il tn’eft permis de me 
f er . vl * à fou égard, d’un . terme qui 
femme n’être propre qu’au corps? 
£fr ! pourquoi n’en ulèrois-je pas ? 
Ç^eiiii cju-?-, .ignore la différence des 
;tetdj>éfameds > p’ert-d pas également 
furprif ;de, ce que parmi ceux qui 
jouiflfent d’une bonne lànté , il en eft 
à qui les choies douces font hécef- 
faires , taudis que les anagrs convien- 
nent d beaucoup d'antres; & q«e dans 
lé nombre de- ceux qui font malades, 
il en eft à qui lesrçmédes doux fuffi- 
ff nt * tandis qu’il faut , pour, la gué- 
rifon des autres , ufer des plus vio- 
lera? Cela au contraire n’a rien d’ér 
! ! 



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tonnânt poüi: les Médecinsqtu ço n* 
noiffeOt là différence -des «tempéra^ 
fneiiS p ôc 1 quifijavent jUgerdfes diffé- 
irèns degrés dé fànté & de maladie. 
Or , dis-*moi qa’efbce qui fait k faute 
4e famé ? « J eft-ce pas k probité? 
Queîiel- éû font leà * maladie^ ? né 
foftt-ce pas les vices-? Etquel eft ce- 
lui qui ^ait conserver ’^ée» qui °éft 
bien -, l &^détruirè ce qui eft- mai? 
n’eft-ce pas Dieu ? Ce fouverairi maî- 
tre des efprits & des coeurs , qui du 
haut de ion trône éternel* jette un 
regard de : providence fur tous les 
êtres crées , connoit^ par & faïence 
infinie, -ce qüi conviait a chacun, 
6c lé lui préparé pàr fa fouverainé 
bonté. La merveille confifre donc en 
ce que la Providence fait avec inteb- 
Iigeftce 6c defiein , ce qui ne jette les 
hommes dans la.furprile , que pareè. 
qu’ils ignorent quel en eft le motif * 
l’ordre 6c la fin. Car pour appro- 
fondir lés fecrets de dette Providence 
divine , autant qu’il eft permi s à la 
taifon humaine de le faire, je t’ap- 
prendrai que fouvent elle condamné 



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.VXdk Cànfôlamn - 

ce quj parpît a téi fext X la juftice & U 
prpbite vfn|iri£. ;v Notre bon; ami Lu-j 
cainnebrçous que k 
caufe de Çéfaç trouva ! ,grace devant 
les Dieux ; tandfsqüe çélle,de Potm 
pée paroiffoit la plus jufte aux yeux 
4e Ç^rpn.; Çç quirfefâit donç ici-bas 
de Contraire; à tes idées , n’e^ eifc pa$ 
moins dans l’ordre; le défordre ap- 
parent ^qui» t’afflige fi fort,’n’exifte 
que dans ta Fàufle opinion. lylais fup- 
pofons pour, un moment quelqu’un 
fl ’aflez ponnfe conduite, pour fneriter 
l’approbatipn de Dieu &: desf hom- 
mes ; mais qui ir ait pas allez de force 
d ame pour foutenir [avec jconftancè 
la, mauvaife fortune, & qui peut-être 
abandonnerait la vertu , la regardant 
comme inutile , parce qu’elle ne l’au- 
roit pas garanti de l’adverfité , la la- 

{ jefie çdmpatiffante; de la, Providence 
e ménagera cet homme foible , & 
lui épargnéra des reyers qui pour-t 
roient lafîer là patience , & k porter 

(a) Vïftrix caufa DU s placuic , fed vifta 
Çatonu Luc. . 

i ï * 



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éfô làr Philofophie . ioV 

fcu mal. * D’ùn àutré côte , ‘s'il e(^ 
une vertu parfaite en ce monde , uni 
homme faint , de qui approche dé 
Dieu autant qu’il eft permis à là foi- 
bleflè humaine d’en approcher , là 
Providence ne permettra pas qu’il lid 
arrive la moindre adverfité ; elle lé 
rendra inacceffible aux maladies. Car ; 
comme l’a dit excellemment quel-*- 
qu’un qui perife mieux que moi, le 
corps d’um nommé faint eft paîtri de 
perfe&ions’ de de vertus/ CTeft par 
une difpofîtion également fagé dé 
cefte Providence adorable , que -fou-* 
vent le 'pouvoir foüverain eft entre 
les mains des gens de bien , afin qu’ils 
foient én état de réprimer l’infolencé 
des médians. Quelquefois, félon la 
différence des càra&eres , elle mêle , 
pour les uns, les biens ^vec les maux ; 
elle interrompt , par quelqu’adver- 
fités , la profpérité de ceux-ci /de 
peur qu’elle ne les corrompe; elle 
permet que ceux-là éprouvent les plus 
grands ‘revers , afin d’ exercer leur pa- 
tience, dé de perfe&ionnér leur vertu.' 
La: • timidité des uns s’effraie-t-elle 

Iv 



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fjQZ taÇonf&latioti. 

f^isjraifon ? La péméfké des autres 
brave-t-elle tout avec audace ? La 
Providence leur fait faire, parle* 
advetfité ? , ^expérience de leurs forr 

f es ? &c leur apprend £ fe c0nnqîtr4 
fux-ruêmes. Il en eft qui , par .unS 
mort glorieufe^ ie fprtt f acquis une 
réputation immortelle ;il en éft d au- 
tres dont la cpnftance inébranlable au 
milieu des plus grands fupplices, 
nous a .fait voir qu il n’eft’ rien dont 
la vertu ne puilTe triompher, . Ainfi 
tout, .par la fag$iïe v de la Providence, 
arrive à propos , de pour le plu* grgpd 
bien d’un chacun, jufqu’à ce mélange 
paeme de biens & de maux qu’éprqu* 
vent les méçlïarts. Car s’il leur arrive 
desdilgraces , il n’teft tién de plus oon* 
venablé ^pujiqu’au jugement de tout 
le monde , ils iont dignes de puni- 
tion j punition ’falutaire pour eux , 
puifqu’ellejert à les corriger, & fâfafr 
taire pour les autres qu’elle épou» 
vante , & quelle détourne du crime; 
Si au contraire ils jouifTent de quet 
que profpériré, jc’eft une 1 leçon ri-» 
apprend aœtgèm de bien 



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dt îà Pkilojtpfik* 4tÔ$ 

fe peu àer cas qu’ils doivent feiré dè 
la fortune , puilqU’eHe fe prête fi in- 
dignement aux defirs de iniquité. 
Peut-être auflîHa Providence , n’ae- 
corde-t-efle des biens àoertaines gens , 
que paire qu* elle prévoit qu’indubb 
taWeitient I’iridigérice pOrtetok ati 
înal leur naturel fougueux , 8c inca- 
pable de rien fouffrir. Ainfi elle les 
retien^ par fes bienfaits ; elle le$ 
corrige meme. Car considérant d’uti 
côté le mauvais état de leur conf- 
cience chargée de crimes honteux j 
6c de Pautre , l’état floriflant de leur 
fortune, ils craignent qu’en conti- 
nuant leur vie criminelle , ils ne pen- 
dent tous les avantages dont ils jouit 
fent j 6c ils changent leurs ; mœurs 
corrompues , pour éviter un change- 
ment de fortune , dont l’idée feulé 
les fait frémir. La Providence permet 
que d’autres ne s’élèvent au comble 
du bonheur , que pour tomber dé plus 
haut dans^’abfme qu’ils fe font creiH 
féeeux^ême^.JI en eftd’autres a qûi 
elle n’accorde le droit de vie 6c de 
mort , qu’afin quils exercent la pa- 



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*®4 . La Cq% faction.' 

tience des gens de bien & qjî’ils 
failent iiibir à ceux <jui font pervers» 
comitte çux» le jufte châtiment de 
leur méchanceté, Gar jcg n’eâ pas fhu- 
lément entre les gens de bien & les 
.méchans , qu’il y,a une guerre éter- 
nelle } les méchans le la font entr’^tx 
mêmes : & comment pourroient-ils 
§ accorder enfemble ? Chacun d’eux 
n eft jamais d’accord avec fa propre 
confidence , qui, déçhirée parles re- 
mords,. détefte le mal , après Taycir 
fait. Souvent mçme t l’horreur qu’ils 
ont pour de plus méchans qu’eux, les 
forte a haïr l’iniquité , & a mener 
une vie vertueufe *aiin de ne plus 
teflernhler à;çeux qu’ils abhorrent ; &: 
ain/î , , par un miracle indigne de la 
Providence , les méchans fervent a, la 
converfion ides méchans mêmes. Il 
n’y a que Dieu feul qui puifTe tirer 
de cette forte le .bien du mal. Telle 
eft la fageffe de fon gouvernement^ 
que ce cjui s’écarte dans un fens de* 

1 ordre général qu’il a établi r rentre 
dans un autre ordre de la Providence : 
c^r fous fon empire , rien ne fe fait 



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âe lu Philofopkie • f Q % 

âu hafarcl , .tout a fbn motif & fa fin^ 
Àu refte , ii ne m’eft pas poffible cl® . 
fuivre la Providence dans toutes fes 
opérations ; il n’eft permis ni d’entreç 
dans le fan&uaire de fés confftils, 
ni d’en développer îe$ myftçre^ Jjç 
me contante aonc d’avoir montre 
en général, que Dieu auteur de tout 
être , gouverne toùt par ce penchant 
invincible qui fait que tout tenç^au 
bien j &. qüé Rapprochait ainti .tout 
de lui-même , tout ee qui eft fous Ion 

S ire eft bien & dans l’ordre dç la 
mée. AufG ce qui paroît mal aux 
yeux de notre aveugle raifon , nous 
paroîtroit tout différent fi nous pou- 
vions pénétrer les refïbxts fçcrets de 
la fage conduite de -la Providence. 
Mais je vois qu’un fuj çt fi. difficile &: 
fi fublime , & un raifonnemènt fi 
long, commencent à te fatiguer. Je 
vas donc prendre le ton poétique 
pour te délafler un peu , & te donner 
la force d’aller encore plus av4nt. 

Si ton ame veut, connoître , dans 
fes effets , la fageffe tqute-pùïfrante 
du Dieu qui lance le tonnerre , quelle 



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&b(i * 'Lâ> écnfofanon 1 

élévè fès regards jufquau firmament. 
Les aftres donc il brille , confervent 
Sentr’eux, une paix éternelle. Le fo- 
ïeiî , malgré îa T rapidité de loi? chaci 
ne fort point de| facafriere pour ailef 
fondre lesglaées du nord. L ourfe qui 
roule fur 1 un des jpôles du monde , 
toujours élevée fur 1 horifon , voit fans 
envie le refte des étoiles fe plonger 
dans tes flots jamais çe s’y rafraîr 
cb|r * comme elles. C’eft toujours Iè 
baeme aftre qui dit â la' nuit d’éteridre 
for l’univers fon voile ténébreux ; c’eft 
ie même qui tous les matins l’avertit 
de le replier pour faire place à. l’au- 
rore. Àinfi l’amour de l’ordre renou* 
yélle. fans "cède le cours des globes 
céiéftès, Àinfi il conferVe entr’eux 
une harmonie invariable. Il fait éga- 
lement fentir la puiflance aux élé- 
tnens $ il accorde I numide avec lefec , 
8c le froid avec le chaud. U donne au 
feu cette légèreté rapide qui le porte 
toujours Vers les cietix 5 if dorine à la 
îterre ce poids toujôurà.égal qui la 
maintient invariablement dans fort 
àffiette. C’eft cet amour bienfaifant 



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êehPhUojhpBle. Sof 

â ui fait éclore mille fieu* s charmante* 
ans les beaux jours du printems ; il 
mûrit dans l’été les riches dons de 
Gérçs ;;il nous fait recueillir} danp 
1 automne lés fruits les pins ahank 
dans , ramene enfuke lu trïfte & 
humide faifbn de l’hiver.? Çar cettiê 
alternative falotaire «> il produit St 
conferve tout ce qui iefoire ; 8c le 
dérruifant enfuite , il 1$ mit périr St 
difpacâîtrc quand le moment fktaleft 
arrivé. Pfend^ cesrcvblutioni,r-Êxxe 
fuprême affis fur fon ;trone^ tient en 
fes .mains iss renés, de l’univers ÿ ü, 
toute-puHïânce effle principe de toui 
ce qui s’y feit ; fà volonté en efl: ht 
loi , & fa fagefle ( eh eft le juge; Ii 
ddmne le mouvement à rpury& fe 
dirigeant à Ion gté , il rameneà for* 
dre tout ce quiparoît s’en écarter: Si 
la Providence abandonnoit le foin dù 
inonde y û elle ceffbic un inûant de 
contenir les êtres dans le cercle qu'elle 
leur a tracé, tout fe détruirait & ren* 
treroit dans le néant; mais l’amouiî 
du bien contient tout dans l’ordre , 
Sç conferve tout , en faifani tout re* 



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Îoî La Çonfolation 

monter à la fôurce d’où il eft forth 
Vois-tu maintenant la jufte eonfé-* 
quence de ce que nous irons dit juf* 
qu’a préfent ?.Et gueUe eft-ielle ,■ lui 
dis-je ? Que chacun doit erre facis- 
fâit ide fon fort. Comment cela peut- 
il être y\ répliquai- je tout étonné ? 
Le voici , continua-t-elle. Tout ce 
qui arrive ici bas d’agréable où de 
fâcheux* , fert à récontpenfer ou i 
exercer la vertu, & à punir & cor*, 
rigér'lervice. La mauvaife fortune, 
cotnme la*bonne , eft donc toujours 

C fte ou avantageufe , ; 8c nul dès-» 
s n’a droit de s’en plaindre. Ce 
que vous .dites , eft:une vérité cer- 
taine , répondis-je j ? & plus je con- 
fidére ce: que vous venez de dire de 
la Providence : & du deftin , plus 
cette vérité me paroît conftanre. Il 
faut pourtant convenir qu’elle eft con- 
traire. à l’opinion dê là plupart des 
hommes , qui penfeiit & qui difent 
hautement qu’il y a des malheureux 
dont la fituation eft très-déplorable. 
Je le fçais bien , mç dit-elle , & je 
veux bien condefcendre à ces idées 



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de la Philosophie. *09 

du vulgaire, & ne point trop m’écar- 
ter de fa maniere-de parler, ni de fes 
ufages. Mais r répondsrmoi $ ce qui 
eft avantageux , n’eft-il pas un vrai 
bien ? Or ce qui fort à corriger ,1e 
vice, ou à exercer la vertu, eft avan- 
tageux y n’ai- je pas droit d’en con- 
clure que la fortune qui produit 
ces bons effets , eft un vrai bien. Et 
telle eft celle de ces hommes efti-»- 
mables qui brifent les chaînes quilés 
attachent au mal, & s’efforcent d’en- 
trer dans le chemin de la vertu } ou 
de ceux qui y marchent depuis long*- 
tems , en combattant avec: courage 
contre les obftaçles <Jui s’y rencon- 
trent, Quant à la profpérité , qui fert 
de récompenfe à la vertu , le vul- 
gaire* lui-même la regarde comme un 
vrai bonheur. J’en conviens , lui dis- 
je y mais uufli regarde-t-il/ comme le 
comble du malheur l’adverfité /, qui 
fort de châtiment au vice. Prends 
garde, reprit4elle , de ne pas te jetter 
dans une erreur infbutenable , en en* 
trant trop dans .Ippiulon populaire. 
De_ tout cçque tu viens de m’accor- 



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(Il O * Z*a Confolûûûti 

der » rü céfidce^que rôute fottuiie, 
quellequ’eile Jfbit ,effc un bien pour 
ceux qui pratiquent y ou qui cher- 
chent a pratiquer ia veroj ; . 8c qu'au 
contraire tout tourne à mal pour 
•ceux qui perfévecent dans le vice. 
Je Fai.uyoué, lui dis-je, 8c cela eft 
vrai, cpioique perfonne n’ofe le dire. 
Ifh omme fage» , ajouta-t-elle , ne 
doit émc p as plus s’allarmet quand 
il a a cofflnbattre' contre l’adverfité , 
que l’homme courageux quand il 
iaut marcher a l’ennemi; car plus ii 
f a d’ûb&acles a vaincse , plus ii y a 
pour celui-ci de gloire à acquérir 
plus il y a pout l'autre de moyens de 
croître çn mérite ^: en ùng^fTe. Là 
vertu même ne tire fon nom que de 
la vigueur avec laquelle elle refifte à 
ta at d’achrerirtés (a). Vous donc qui 
y avez feit tant de progrès , tfuÿe? 
une vie molle 8c voteptueufe qui 
cnervéroit votre ame , 8c oombattefe 
avec courage contré fai œofpcrirè 
ainfi que contre ladver&e ne vous 

r (<$ Apefkephe i tous les.gehs de tten. 



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Mla Phtlofophie. * h 

Ulffaut,»! abat? re par celle-ci, ni cor- 
rompre par l ? ayrre * & tenant en tout 
ce jufte milieu où réfide; la vettu: 
quiconquê en. fort peut rencontrer 
me ombre de félicité,; mais il n’ob- 
tiendra point le prix ineftimable ré^- 
iervé à la pratique de h vertu. En 
un mot * l%omme eût toujours; maître 
de tirer avantage de Ci condition 
quellq quelle fbit : fùtrelle . des plus 
«livrables , félon les idées du vul~ 
jgaire , elle peut fcrvir à exercer la 
confiance , à corriger fes défauts , bu 
à punir les vices* : > 

; Agamemnon paya duo fang bien 
précieux le lient favpjable quicon- 
duifitfa Sotte à Troyes. Il fut obligé , 
pour l’obtehit , d’étouffer les fenti- 
mens de fa tendreffe paternelle , ëc 
de confentir au facrifke de f infortu- 
née Iphigénie fa fille , mm Miniftre 
des Dieux égorgea en la pr.éfence vil 
éprouva enfuite* pendant dik ans en- 
tiers , toutes les horreurs d'une ctuelle 
guerre; mais enfin il vengea» parja 
ruine de Troyes , l'opprobre de Ion 
irere. Ulyflfe eût le cœur percé- de 



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21 4 La Çonfohàion- 

douleur /<Juand ii yit Tes compagnons 
dévores par lé géant Poliphè'me; biais 
il veftgeà leur mort , eii -privant, dè 
la lumière du jour ce îîfohftre affreux , 
6c lui faifant .payer par des larmes 
de fang , celles que le malheureux fort 
de fes compagnons lui àvoient fait 
répandre. C’eft a fes pénibles travaux 
que rimmôrtél Alcide doit toute fa 
glojire. Il lui fallut dompter l’indom- 
ptable orgueil des Centaures , terrafïèr 
un lion formidable, & en arracher la 
fanglante & çrloirieufe dépouille j per- 
cer de fes fléchés des. monftres aflés, 
ravir le tréfbr confié à la gardé d’un 
dragon fuïieùx , enchaîner d’une main 
puifrante ce mbnftre à trois têtes, gar- 
dien des enfers j faire dévorer par fes 
propres chevaux un Prince inhumain; 
couper les tètes renaiflàntes de l’hydre 
de Lerne, teirrafler le géant Anthée ; 
éteindre, par la mort de ■ l’infamé 
Cacus , le jufte refFentimeht d'Evan- 
dre ; abattre le môàftrüeüx fanglier 
d’Érimanthe. 11 couvrit de fà peau ces 
épaules robuftes qui dévoient un jour 
porter le ciel ; il en foutint en effet lé 



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de lû. Philofoph.it. ’ ijiJ 

poids énorme fans en être ébranlé , 
ic cet for le dernier d^rfes travaux. 
Le ciel, dont il avoit été le foutien, 
devint pour jamais fon féjour. 

Mortels courageux , fuivez ces tra- 
ces glorieufesrj combattez aÿç£ con- 
ftance , vou£ triompherez des obfl^ 
çle$ qui £e rencontrent fur la terre, 
$c le ciel fera la récompenfe éternelle 
de votre courage & de vos combats. 

Fin du quatrième Livre* 





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XJ 4 ' Confotàti&n * 




1 1 F RE CINQUIÈME. 

T APkitefofAic^âraCâldrt toulok 
JL f changer de cériverfackm*, mai s je 
l'arrêtai, en lui di&ftf : Pexhdrtftrionr 
que Vous vetiefc def&ké , effi fatrè doute 
irès-beile , très-foBde & ttès-dîgne de 
vous j mais j’éprouve en ce moment 
que la queftton de k Providence eft, 
comme vous le difiez tantôt , unie &c 
impliquée avec bien d’autres j car je 
ne puis m’empêcher de vous deman- 
der fi vous croyez qu’il y ait un ha- 
fard , & ce que c’eft. Je veux me 
hâter , répondit-elle , cfe fatisfaire à 
la promette que' je tfa£ faite de te 
montrer le chemin par lequel tu dois 
retourner à ta véritable patrie. Les 

S ueftions que tu me fais peuvent fans 
oute avoir quelqu’utilité; mais elles 
nous éloignent un peu de notre but, 
ÿc je craindrois que , fatigué par ces 
digreflions , tu n’eufles pas la force 
de parvenir où je yeux te conduire. 



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Rafliwez^vo^s , kii dis-je q.<feft peut 
moi une. récréation & un repos que 
d’apprendre ce qui pique & datte ma 
curiofité* Dailiears^n réMvantd’une 
manieçe folide ces, différentes quen 
fiions quernotr? difl^çationjfaic naî- 
tre , le rèfte en deviendra beaucoup 
moins difficile, Je veux- bien , ajotfta- 
elle > condefçeiidilea te$4^s*écfans 
perdra de tems*, elle commença ?m£k A 
Si on définit le hafard , un événe- 
ment; produit p^r'un rrçpuysment for- 
tuit, 3f qui : 4ÿ^. ^eitef.^bnpexipd 
avec les pri^ipesordinaiiresîd^^ pbd- 
tes * je le diràfr . Wdimeftç U it^y.a 

E oint dp halar d?^ i c$ dk ab>fbH 

îmenc vilide de fejls* Gar puifque 
Dieu, ne permet pas que. ïjen fiw&e 
de L’ordre de fa. Prçy*dç*ce v ü itfc 
peptrien ^riyer.^iiRitlKeiiaetlt qui 

n’ait éré jxrefcrk.ou peffmk par elle* 
EUsn ; «b; i s E PB ' ;RIJSH j fi’eft '■ uft 
axiome -confiera $ & qui ;palïé de 
tout tems pour iiyçoiîtpftable.. Jl.eft 
vrai que les aiicien^ lWtendoJent 
ptutotde la matière; <m£ tfesl caufts 



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ai 6 La Çonjblatîpn > 

te fi quelque chofe n’avoît 'point dé 
principe , ôn pourrait dire qù’ellç 
viendroit de rien. Or , comme cela 1 
eft impoffible , il eft impoffible aufly 
que le hafard , dans le fens que je 
viens de le définir, (bit quëlqae chofe 
de réel. ' 

Mais n’y a-t-il donc rien , répli- 
quai-je , qu’on pùiflé-appeUër de ce 
nom , quoique fe vulgaire ne fçache 
pas bien ce que c’eft ? N’y a-t-il rien 
de fortuit^ & qu’on puifle artri- 
buerau hafard PÀriftote , me dit- 
elle^ va té répondre pour moi. Il a , 
dans fa Rhyfiquey Cxpliqué cette que- 
ftion en peu de J mots* : te d’une ma- 
niéré qui paraît très-conforme a la 
vérité. ToiXteS lèS fois, dit ce grand 
Philofophe , que l’on fe propole de 
faire quelque) xhôfey te que ^ par des 
caufes inconnues, la chofe arrive tout 
différemment dé cë qu’on fe propo- 
foit > c’eft* un événement imprévu* 
que l’on appelle hafard. Par exem- 
ple, fi quelqu’un', dans le deffein 
de cultiver fon champ , en remue la 
terre , te ip- trouve un tréfor , cette 

découverte 



♦ 



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dé la Phllofopkie: iiy 

découverte eftregardée comme l’effet 
fortuit du hafard. Néanmoins elle a 
différentes caufes , dont le concours 
la produite. Car fi le propriétaire du 
champ Peut laiffé inculte , & fi quel- 
qu’homme riche n’eût eu la fantaifie 
d’y enfouir fon tréfor , il n’y auroit 
jamais ete trouvé. Cet événement 
heureux & inopiné , n’eft donc fortuit 
que parce que celui qui a caché fon 
or , & celui qui a cultivé fon champ, 
y ont concouru , fans en avoir l’in- 
tention. On peut donc définir le ha- 
fard, un événement inopiné, produit 
par différentes caufes, qui concou- 
rent enfembleàceque fon faifok par 
an autre motif, & pour une autre fin : 
& ce concours eft l’effet de l’ordre in- 
variable établi par cette Providence 
adorable , qui dilpofe tout avec la— 

f efle , & fait que chaque choie vient 
ans le tems & dans le lieu qu’elle 
lui a marqué. * 

Dans la région habitée par ce peu- 
ple guerrier- qui combat en fuyant , 
& par une retraite artifieieufe, n’en- 
gage fes ennemis à le pourluivre que 

K 



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44 $ La Connotation , 

pour les. percer de coups , d’autant 
plus inévitables , qu’ils fout moins 

5 révus, le Tigre & l’Euphrate forcent 
’un même rocher j mais bientôt leurs 
Sots fe fépareiu, & collent dans des 
lits différent Si, dans la fuite de 
leurs cours , ils fe réunifient de nou- 
veau, les vaifleaux de tout ce qu’ils rout 
Joient avecleursondes, portés d’abord 
féparément par chacun de ces. fleuves, 
fe trouvent', après leur jonélion, for* 
tuitemeiu réunis &ç mêlés, de mille 
maniérés différentes-; mais ces com- 
binaifons qjielques fortuites quelles 
paroilTent , font L’effet naturel de la 
pente du terxeii* fur lequel coulent 
ces fleuves,. & de la direttion de leur 
çours. Ainfl le, halard ,, quoiqu’il pa* 
roiffe indépendant de çour,,eft pourr 
tant aflujetth aux loix de la, Provir 
<iençe &ç n’exift# que>par elles. 

Cela eft ainfl fans doute, .répondis 
je ; mais cet enchaînement des cher 
fes, cet ordre dudeftin, ne détruit-il 

S as la, liberté, de Lhomme ? Non* nie 
it-elle j L’homme? eft véritablement 
libre, ta liberté eft l’appanage> de 



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ii-là Pkifafdpkiè* tfp 

foute créature raifonnabte. Car tout 
être doué de raifon', éft capable par 
lui-mêrAe de difcéruer les chofes,6c 
de conirtoître ce qu’il doit defiret ou 
fuir. Dès-lors il peut fe porter à Fun^ 
êc le détourner de l’autre. Àinfi tout! 
être en étatde mifonner & de juger y 
a la liberté de vouloir ou de ne pad 
vouloir, ll eft Vrai que cette faculté 
n’eft pas égale dans tous les êtres rai-* 
fonnables. Car les fübftantes céleftes 
ont une intelligence plus* pénétrante, 
une volonté plus pure, un pouvoir 

Î dus parfait de fe porter à Céqu’et* 
es défirent Les âmes moins libres 
qu’elles , lé deviennent encore moins 
quand, s’éloignant dé la Divinité., 
elles font renfermées' dans la prifori 
d ? un corps* mortel , & elles* femWent! 
perdre toute leur liberté, & devenir 
entièrement efclaves , lbrfque fer-* 
triant les yeux a la' raifort , elles fé 
plongent hon teufemerit dans le vices 
Car aufli-tôt quelles fe détournent 
de la foùveiraihé Vérité , qui éft 1$ 
traie lumière , pour s’attacher an* 
cbofes d*ici L ba$ , l’ignorance vient- lés 
Kij 



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220 La Confolation 

couvrir d’un voile ténébreux j elle! 
font agitées de mille affe&ions tu- 
multueufes & déréglées ; ^ fi elles y 
confentent , fi. elles s’y livrent , elles 
appéfantiflent les fers quelles fe font 
forgés elles-mêmes , de leur liberté 
corrompue devient le principe de 
leur efolavage honteux. Dieu qui voit 
tout , qui entend tout , a prévu tout 
cela de toute éternité , & a deftiné à 
chacun ce qu’il a mérité par fes bon- 
nes ou par fes mauvaifes aétions. 

Homère célèbre avec tous les char- 
mes de la poëfie 9 le Soleil , pere de 
la lumière. Cependant ce ioleil im- 
puiffant ne peut pénétrer ni les en- 
trailles de la terre * ni les abîmes de 
la nier. Les yeux du Créateur de 
l’univers font bien plus pénétrans. Ni 
la profonde mafle de la terre , ni les 
nuages épais de la plus ténébreufe 
nuit , ne peuvent rien dérober à fa 
vue. D’un feul regard , il voit tout 
ce qui a été , tout ce qui eft, de tout 
çe qui fera } de puifqu’il eft le feul 
qui connoiffe tout , c’eft lui feul auffi 
qui eft le vrai foleil & la vraie lu* 
miere dji ntonde, 



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de la Vhilofophïe. Ht 

Me voilà , lui dis-je , accablé dç 
nouveau par le poids d’une difl^culté 
bien plus grande encore. La pref- 
eience de Dieu me paroît abfolu- 
ment contraire à la liberté de l’hom- 
me. Car fi cette prefcience s’étend fut 
tout , & qu’elle foit effentiellement 
infaillible, il faut néceffairement que/ 
ce qu’elle a prévu arrive. Si donc, de 
toute éternité, elle connoît non-feu- 
lement les *6tionsMes hommes, mais 
encore leurs deffeins & leurs defirs 
les plus cachés , que devient leur libre 
arbitre , puifque tout arrivera infail- 
liblement , comme laura prévu cette 
prefcience infaillible ? Si en effet l’é* 
vénement pouvoit la tromper , elle 
n’auroit plus une connoiffance allurée 
de l’avenir. Sa prétendue fcience ne 
feroit qu’une opinion douteufe , de 
fujerte à l’erreur ; ce qu’on ne peut 
dire de Dieu fans blafpnême. Je lçais 
qu’il y en a qui croient réfoudre cette 
difficulté , en difant que les chofes 
n’arrivent nas néceffàirement parce 
que Dieu les a prévues } mais que 
Dieu les prévoit nçcellairement, parce 
Kiij 



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%%% La Cenfolaâpn 

d’elles doivent arriver. Maisjerfap*' 

f roiüfe point leur idée; ear c’eft tom* 
er aune difficulté dans une autre. 
En effet , alors la néçeffité ne (en 
plus , i| eft vrai , du çôté des chpfes 
futures ; mais elle fera du côté de la 
inrefcience. Au refte , ce n eft point là 
véritable état de la queftion. Il s’agit 
uniquement de prouver que les événe- 
ment prévus arrivent née affairement 
fms que pour cela la pçpfcience de 
Dieu néceffite leurs caufes efficien- 
tes. Je me fers x pour expliquer ma 
penfée , d’un exemple familier. Si 
quelqu’un eft affis , l’opinion de ceux 
qui le croient dans cette pofture , eft 
- néceflàir ornent yraie; & en retour- 
nant la propofition, on peut dire que 
fi ceux qui le penfent amfi , penfent 
vrai : il eft neeeftàire en effet qu’il 
fpit affis. Il y a donc néceffite des 
deux côtés ; & l’exiftence de lachofe& 

Ja vérité de l’opinion qu’on en a , font 
alors également néceffaires. Cepen* 
dant la vérité de l’idée de celui qui 
me croit alfis , n’eft point la caufe de • 
ce que je le fuis ; mais plutôt c’eft 



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àt lu Hilofophie . 21$ 

batcé que je fuis effectivement aflis , 
que Ton idée eft vraie; & quoique 
la caufe de ma fituatiou vienne d’ail- 
leurs , cependant il y a , ainfi 'que je 
î’aidit , néceffitë des deux cbtés. On 
doit raifonnet de même de la Provi- 
dence & des choïès futures- Cat quoi- 

3 u elles foient -prévues parce qu’elles 
oivent arriver , fe qu'elles n’arrivent 
nas prétifément parce qu’elles font 
prévues , cependant il fembleroit qu il 
y aurait neceffité abfolue , ou que 
Dieu prévit les événemens parce 
qu’ils doivent arriver ; où que ces évé- 
hemensatrivaflent parce queDieu les 
aurait prévus; ce qui fuffiraflûtëment 

g rur détruire la liberté de l’homme. 

'ailleurs , y a-t-il rien de plus dé- 
raifonnable que de dire que des évé- 
nemens futurs foient la caufe de lâ 
prefciente de Dieu. Ce qui ne doit 
re faire que dans la fuite des teins , 
peut-il être la caufe de cette pres- 
cience , qui eft de toute éternité ? 
L’avenir n’en peut pas plus être la 
caufe que le palTé. A cet égard , tout 
eft égal entr’eux ; car s’il eft de toute- 



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224 La Confçlation \ 

néceflité qu’une chtofe foie ,, quand je 
fuis fur qu’elle eft > il eft également 
néceflaire quelle arrive , quand je 
fuis fur qu’elle arrivera. L’événe- 
ment d’une chofe prévue , eft donc 
abfolument inévitable $ que fi elle 
n’arrive pas comme je le penfe, 
l’opinion que j’en ai eft une erreur 
véritable, & non pas une fcience. Eh! 
comment avoir une vraie connoif- 
lance d’uA événement , s’il ne doit 
pas certainement & néceflairement 
arriver ? Comme la fcience ne peut 
s’allier en aucune façon avec l’erreur, 
il eft indubitable que ce qu’elle con- 
çoit évidemment devoir arriver, ar- 
rivera , de toute néceflité , de la ma*- 
niere qu’elle le conçoit. Comment 
donc comprendre que Dieu, de toute 
éternité, a prévu les événemens, s’ils 
font incertains ? Car s’il croit qu’ils 
arriveront infailliblement, & que 
cependant il foit poflible qu’ils n’ar- 
rivent pas V il fe trompe j ce qu’on 
ne peut ni dire ni peiner fans blaf- 
phême. D’un autre côté , s’il ne les 
connoît que pour ce qu’ils font, c’eft- 



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de la Philosophie. l %$ 

à-dire pour des chofes contingentes > 
qui peuvent arriver , ou ne pas arri- 
ver, quelle idée aurons-nous alors de 
fa preicience? Elle ne différera pas de 
ce ridicule oracle de Tiréfias : Tout 
ce que je dirai fera ou ne fera pas . 
Elle n’auroit aucun avantage fur fo- 
pinion des hommes , fi fa connoif- 
fance fe bornoit à regarder l’avenir 
comme quelque choie d’incertain.: 
mais comme il ne peut y avoir la 
moindre ombre d’incertitude dans cet 
être adorable , fource & principe de 
tous les êtres, il eft confiant qüe les 
chofes dont il a prévu l’exiftence , 
arriveront infailliblement. Mais que 
devient alors la liberté de l’homme , 
dont la volonté & les aéfcions font 
liées par k néceffité que leur impofe 
l’infaillibilité de la prefcience ? Et fi 
l’homme eft dépouillé de fon libre 
arbitre , quelle confufion, quel dé- 
fordre , quelle abfurdité ne s’enfui- 
vra-t-il pas ? Qu’on cefle alors d’en- 
courager les gens de bien par l’efpoir 
des récompenfes , & d’épouvanter les 
les médians par la crainte des fup- 



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Ii6 La Confolation 

plices* Alors ce que nous appelions 
équité deviendra. le comble de l’in- 
juftice \ car pourquoi récompenfer 
ou punir l’homme qui ne peut plus 
rien mériter , puifqu’il ne fait plus 
rien par la détermination de fa vo- 
lonté , dans la néceflïté où il eft de 
juftîfier , par fes aâions , l’infaillibi- 
Jiré de la prefcience divine ? Alors il 
n’y aura plus ni vices ni vertus j le 
bien & le mal , tout fera confondu, 
&, ce qui eft le comble de l’impiété, 
nos mauvaifes aâions mêmes auront 
la Providence pour principe , puifquê 
toutes les choies qui fe font ici-bas , 
fe font par fes ordres , & que l’hom- 
me , privé de fon libre arbitre , fera 
nécemté a les exécuter. Toute notre 
efpérance eft donc éteinte j toutes nos 
prières deviendront fuperflues. Car 
que nous refte-t-il à eipérer ou à de- 
mander, ii tout arrive par un enchaî- 
nement néceflàire , & que rien ne 
peut changer ? Le feul lien qui unit 
l'homme a Dieu, ne fubfiftera donc 
plus ? Nous avons penfé jufqu a pré- 
lept qu’une humble priçre nous atti^ 



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dé la Pkilofopht*. nj 

foit les grâces de Dieu : de-lâ eft venu 
ce commerce facré , par lequel nous 
nous élevons jufqu’à la lumière inac* 
ceffible qu’il habite , pour nous en- 
tretenir avec lui. Mais fi une fatalité 
toute-puiflànte néceffite nos aftions f 
nos prières n*ont plus aucune force 5 
îl n’y a plus aucune union entre 
Dieu & nous*; êc féparés de ce prin- 
cipe fouverain de* toutes chofes , 
Inômme dépourvu de fon foutien , 
rétombera dans le néant. 

Quelle contrariété régné parmi les 
chofes les plus étroitemenr unies! 
Dieu a-t-il donc mis tant d’oppofi- 
tion entre deux vérités , -que quoi- 
qu’elles fubfiftent chacune prife à parr, 
elles ne puifient cependant fublîfter, 
enfèmble? Non , les vérkés ne peu- 
vent être contraires les unes aux au- 
tres ; ellçs font indiffolublement unies 
«ntr elles par des nœuds fecrets • mais 
notre ame appefantie , accablée par 
le poids de fon corps mortel, n’a 
point a#e£ de lumière pour les ap* 
percevoir^ mais pourquoi brûlè-teua 
donc <fun fi grand defir de découvrir 

K vj 



, y Google 




ll8 La Cehf dation 

ies vérités cachées ? Sçait-elle déjà ce 
qu’elle recherche avec tant d’em- 
prefTement & tant d’inquiétudes ? 
Non fans doute. Mais fi elle l’igno- 
re , que cherche-t-elle donc , l’aveu- 
gle qu’elle eft? Peut-elle defirer , 
peut-elle rechercher ce qu’elle ne 
coimoit pas ? Sçait-elle où le trouver! 
Et n’en ayant aucune idée, comment 
le reeonnoîtroit-elle quand le hafard 
le loi feroît rencontrer ? N’eft-ce 
point que cette ame, quand elle 
contemploit l’intelligence fuprême, 
y puifoit les idées générales & par- 
ticulières de chaque être y & qu’à 
préfent qu’elle eft renfermée, dans la 
prilon ténébreufe de Ibn corps , elle- 
a perdu la connoillànce difhnéle &, 
particulière de chaque ehofe, mais 
que cependant il lui en refte encore 
quelques notions générales ? Ainfi- 
lorfque l’homme cherche la vérité 
on peut dire que s’il ne la connoît 

S F comme il faut , du moins il ne 
nore pas abfolument ; mais cod- 
ant les idées générales qui lui font 
reliées , il s’efforce , par ce peu de 



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de la Philofophie; xig 

connoiffimces qui lui relient, de par- 
venir à une connoiffiuice plus par- 
faite, en rappellant ce qu’il a oublié, 
pour le joindre à ce peu qui relie 
encore gravé dans la mémoire. 

Voilà , me répondit la Philofo- 
phie , une vieille plainte ou on fait 
depuis long-tems contre la Provi- 
dence. Cicéron , dans fes Livres dë 
la Divination , s’eft beaucoup tour- 
menté pour y répondre : tu es depuis 
long-tems dans le même embarras r 
mais perfonne jufqu’à prélent n’y a 
répondu avec allez d’exaélitude & dé 
Iblidité. La difficulté vient de Pim- 
puiffance où font la plupart des hom- 
mes de comprendre la fimplicité infi- 
nie de la prefcience divine. Si l’on 
pouvoit s’eP former une julte idée , 
toutes .les difficultés s’évanouiroient 
bientôt. Je vas eflayer de le faire , 
après avoir diffipé ce qui fait à pré- 
lent le fnjet de ton trouble & de ton 
embarras. Je te demandes d’abord 
pourquoi tu nç goûtes pas la réponfe 
de ceux qui difent que la prefcience 
lie blefle point la liberté , parce qu’elle 



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2$Qt La Confolâtion 

n’impofe aucune néceflîté aux chofes 
futures. Car, dis-moi , n’eft-ce pas 
uniquement parce què dès qu’elles 
font prévues , elles ne peuvent plus 
ne pas arriver , que tu conclus qu’elles 
font néceffités ? Mais fi , comme 
tu en es convenu , la prefcience n’im* 

E ofe aucune néceflîté , pourquoi , li- 
res dans leur principe , devien- 
droient-elles néceflaires dans l’évé- 
nement ? 

Pour te faire entendre les confé^ 
quences de ces raifonnemens , fup- 
pofons un moment qu’il n’y a au- 
cune prefcience, les actions libres ne 
pourront être cenfées contraintes ou 
nécelfitées par ce qui n’exifte pas. 
Convenons maintenant que cette 
prefcience exifte , mais d’elle n’im- 
pofe aucune néceflîté aux chofes fu- 
tures , je crois que la liberté de 
l’homme refte pour lors également 
dans tout fon entier. 

Mais, me dirasrtu, fi la prefcience 
ne néceflîte pas les événemens , il eft 
toujours certain qu’elle eft une mar- 
que aflurée qu’ils arriveront infailli- 



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de la PhilofopJiie . 23 1 

blement. Mais arriveroient-ils moins 
infailliblement s’il n’y avoit point de 
prefcience ? Ce qui n’eft que la mar- 
que & le ligne d’une choie , eft bién 
la preuve de fon exiftence j mais elle 
n’en eft pas le principe. C’eft pour- 
quoi il faudroit commencer par dé- 
montrer que tout arrive par les loix 
d’une héeeffité abfolue , avant d’éta- 
blir que la prefcience en eft la mar- 
que. Car s’il n’y a aucune, néceffité, la 
prefcience ne pourra en être le ligne. 
Ce n’eft d’ailleurs ni par les lignes 
d’une chofe, ni par aucun autre moyen 
pris hors d’elle , mais par fés feuls prin- 
cipes intrinféques que l’on parvien- 
dra à faire une démonftration folide. 
Mais comment peut-il fe faire , dira- 
t-on , que les chofes prévues n’arri- 
vent pas ? Vaine demande. Je ne dis 
point que je crois qu’elles n’arrive- 
ront pas , }e dis feulement que quoi- 
qu’il foit certain quelles arriveront, 
il n’eft pas moins certain cpi’elles ne 
font aucunement néceflitees. Pour 
£ aider à le comprendre , rappelles- 
toi mille' chofes qui fe font tous les 



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23 * Conjolation 

jours à nos yeux. Un habile cocher , 
par exemple , conduit un char avec 
adrefle j il fait obéir à fon ^ré les che- 
vaux fougueux qui le traînent , &c. 
Eft-ce par néceffité que cela fe fait ? 
Non , lans doute. Il n’y auroit plus 
d’art ni d’adrefle en rien lî tout fe 
faifoitpar les loix d’une néceffité im- 
périeule. Ce qui fe fait donc libre- 
ment , n’étoit certainement pas né- 
ceffité avant fon exiftencej ainli bien 
des événemens arriveront librement 
dans leur teins/ Car tout le monde, 
je crois, conviendra que ce qui ar- 
rive , étoit futur , de la même mar 
nie% qu’il arrive (a) J l’exiftence de 
ces choies eft donc parfaitement libre, 
quoiqu’elle ait été prévue. Car h 
connoiflance & la préyifion des cho- 
fes futures , ne leur impofe pas plus 
de néceffité, que notre connoifïànce 
. & notre vue n’en impofent à celles 

(a) S’il arrive néceflâirement,il étoit prévu 
devoir arriver nécefïàirement; s’il arrive libre- 
ment, H étoit futur contingent , & prévu com- 
me tel. 



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de la Fhilofophie. 253 

qui arrivent journellement fous nos 
yeux. 

Mais voilà précisément , me diras- 
tu , le point de la difficulté. Je ne 
puis fuppofer qu’un événement futur 
puifle être prévu , & refter libre 8c 
contingent. Cela Semble impliquer 
contradiction ; car s'il eft prevu , il 
arrivera nécessairement j 8c s’il n’ar- 
rive pas néceflairement , il ne peut 
être prévu ; puifque la prefcience ne 
peut avoir pour objet qu’une vérité 
dont la cértitude foit infaillible. Car 
encore une fois , prévoir comme cer- 
* tain , ce qui eft libre 8c contingent , 
c’eft moins avoir une connoiflance 
lumineufe , qu’une opinion ténébreu* 
fe , & fujette à l’erreur. 

Toute l’obfcurité de cette matière 



vient de ce que tout le monde croit 
connoître les chofes à fond , 8c telles 
qu’elles font elles-mêmes ; ce qui eft 
abfolument faux. Puifque l’étendue de 
nos connoifTances ne dépend point de 
la nature des chofes , mais de celle 



notre intelligence ; car pour expli- 
quer ma penfée par une comparai- 




134 La Confolation 

fon, l’œil & la main connoiffent 
d’une maniéré différente, la rondeur 
d’un même objet. L’œil * quoique 
éloigné , n’a befoin que d’un regard 
pour fajfir tout d’un coup la figure de 
l’objet j mais la main éft obligée de 
s’en approcher , de s’y attacher & de 
le fui vre dans tout fon contour, avant 

3 ue de pouvoir en connoître la ron- 
eur 5 l’homme lui-même le connoît 
d’une maniéré différente , par les 
fens, par l’imagination , par la raifon 
& par l’intelligence. Les fens ne peu- 
vent juger de la figure que comme 
inhérente à la matiefe. L’imagina- 
tion détache la figure du fujet meme, 
& en juge féparement. La raifon va 
plus loin , faifant abftra&ion des in- 
dividus , elle confidére l’efpéce en 
général , & fe forme l’idée de l’uni- 
verfel. L’intelligence a des vues en- 
core plus fublimes j fans s’arrêter à 
ces idées générales , elle confidére la 
fimpücité de l’efTenee'conftitutive de 
chaque chofe , & , ce qu’il faut bien 
remarquer , ces différentes facultés 
renferment les qualités de celles qui 



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de là Philofophie. ijy 

leur font fubordonnées ; mais les in- 
férieures ne peuvent atteindre aux 
objets des plus parfaites. Car les fens 
& bornent uniquement à la matière; 
l’imagination ne peut fe former l’idée 
des univerfaux , ni la fimple raifon 
celle de i’effence. L'intelligence au 
contraire , infiniment pluS élevée , 
fuge de tout ce qui a rapport aux cho- 
fes , de la même mamere étant elle 
en conçoit l’effence. Car fi elle con- 
fidére les objets fenfibles , leur figure 
& leur idée générale , eÜe ne le fait' 
ni par le miniftere des fens*, ni par 
celui de l’imagination , ni par celui 
de la raifon même , mais par fa pro- 
pre lumière , qui embrafiè # & pénétre 
tout. De même , la raifon , quand 
elle fe forme l’idée des univerfaux , 
ne fe fert ni de la force de l’imagina- 
tion , ni du fecours des fens. Voici 
l’idée générale que la raifon de l’hom- 
me a de lui-même. L’homme eft un 
animal à deux pieds & raifoqnabie (< a ). 



(a) Notre Philofophie a retranché avec rai- 
fbn de la définition de l’homme, ces mots, à 



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ï}6 La Confôlaûori 

Or cette idée générale renferme des 
cqnnoifïànces qui font du reflort de 
Imagination & des fens \ mais fans 
leur\ fecours , la raifon les acquiert 
par fts feules lumières. Enfin l'ima- 
gination elle-même , en qui les efpéces 
qui font fon objet, entrent d'abord 
par, les fens, ne laifle pas de fe les 
Former enfuite par fa propre force , 
quoique tous les fens reftent dans 
une entière inaéfcion. Tu vois donc 
que c'eft bien moins de la nature des 
objets , que'de celles de nos différen- 
tes facultés, que provient la diffé- 
rence de nos connoifTances. Et cela 
doit être ainfi : car le jugement étant 

deux picdsA En effet, ils y font pour le moins 
inutiles , puifqu’ils n’expriment ni le genre ni 
la différence fpécifîque de la chofe définie. Ils 
n’en expriment point le genre ; car l’homme, 
en qualité d’animal , n’eft pas plus du genre 
des animaux a deux pieds, que de ceux à qui 
la nature en a donne quatre. Ils n’en expri- 
ment pas non plus la différence , puifqu’il n’y 
a point d’animaux à quatre pieds qui foient 
raifonnables. La raifon ne diffingue pas plus 
l’homme de ceux-là, que de ceux qui n’en ont 
que deux. 



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de la Philofophie • 2 3 7 

un a&e propre de la faculté qui juge, 
il eft bien plus naturel de croire 
quelle le forme d’elle-même & par 
lies propres forces , que par l’influence 
d’une caufe étrangère. 

Ces anciens fages, trop peu con- 
nus , qui ont illuftré l’école de Zé- 
non , penfoient que des objets maté- 
riels il fort fans cefle une foule d’ima- 
ges invifibles qui viennent s’impri- 
mer dans les âmes , comme le ftyle 
grave rapidement fur des tablettes , 
ces lignes qui font les interprètes de 
nos penfées. Mais fi l’ame n’agit 
point par elle-même ; fi purement 
paflive , elle n’eft qu’un fîmple mi- 
roir où les objets viennent le pein- 
dre , d’où lui peut venir cette ardeur 
qu’elle a de tout connoître ; & cette 
faculté de connoître en effet chaque 
chofe, de faire l’analyfe des objets 
qui lui font connus , d’en divifer à 
cet effet lçs différentes parties, 6c 
de les réunir enfuite fous un feul & 
même point de vue ? D’où vient 
peut-elle à fon gré s’élever jufqu’au 
plus haut des creux , & defcendre 



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I38 La Confolation 

enfuite dans les plus profonds abî- 
mes ? Pourquoi, recueillant fes con- 
noiflànces , & les comparant enfem- 
ble , fçait-elle faire triompher là vé- 
rité des ténèbres de Terreur ? Ah ! 
certainement elle eft douée d’une 
force aétive , d’une faculté puife 
faute , dont feroit incapable un* être 
qui , femblable à la matière , ne fe- 
roit propre qu a recevoir les impref- 
fions des objets extérieurs. J’avoue? 
pourtant que ces impreffions précé- 
dent d’ordinaire nos idées. La lu- 
mière. qui frappe nos yeux , la voix 
qui retentit à nos oreilles, femblent 
réveiller notre ame. Ces fenfations 
lui rappellent les idées qui y répon- 
dent y elle en fait l’application au X 
différens objets, & réunit les images 
qui entrent en elle par les fens , au* 
idées purement ipirituelles qu’elle 
renferme en elle-même. 

Si dans les fenfations corporelles, • 
quoique les qualités des objets fenr> 
«blés affeâfent les* organes des fens , 
Sc que Timpreffion faite fur eux pré- 
cédé le fenrimentcte Tame Sè Vex* 



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de ta Philofaphiè . 

cke , en y recueillant les idées aux- 
quelles elle ne faifoit pas attention 
auparavant \ fi; dans ces fortes de fen- 
faqpns , dis-je , le fentiment inté- 
rieur de lame n’eft point une im- 
preffion purement paflive qui lui 
vienne; du dehors j mais l'effet de fa 
propre: activité qui s’apperçoit , & 
juge de ce qui fe fait dans les 
corps *, à combien plus forte raifon 
les êtres qui font abfoiiunent indé- 
pendans* de lia matière , ne font-ils 
point afliqettis., dans leurs idées , aux 
efpéces fenfibles’, mais jugent de tout 
par les feules force* de leur intelli- 
gence ? Aufli voyons nous que cha- 
que elpece a une façon de connoitre 
qui lui eft propre; Ges animaux qui 
vivent dans la mer , auffi. immobiles 
que les rochers auxquels ils font atta* 
chés , font doués de la feule faculté 
de fentir, & deftitucs de toute autre 
qualité ultérieure. Les: autres ani- 
maux qui par leurs divers mouve- 
mens , nom ; donneur lieu de< croire 
qu’ils ont des defir s & des : avecfionr, 
avec la faculté de^fentir:, ont encore 



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140 La Confolation 

l'imagination. La raifon eft la pro- 
priété elïèntielle de la nature humai- 
ne , comme l'intelligence l’eft de la 
nature divine ; & cçlle-ci eft évi- 
demment la plus parfaite , puifqu’elle 
renferme tout le refte. Si les fens 8c 
l'imagination , parce que les idées 
abftraitès des univerfaux ne font pas 
de leur reflort , ofoient foutenir que 
la raifon ne les conçoit pas , 8c lui 
parler ainfi: ce qui eft à notre portée, 
ne peut être confidéré d’une maniéré 
générale , & par abftraftion’ à tout 
fujet ; donc ou vous ne concevez pas 
les univerfaux, ou nous n'avons au- 
cun objet qui nous foit propre ; or 
nous fommes bien allurés d’avoir des 
objets fur lelquels nous exerçons nos 
fonctions , donc vous ne pouvez avoir 
aucune idée des univerlaux. La rai- 
fon ne pourroit-elle pas leur répon* 
dre ; facultés fubalternes , vous ne 
pouvez vous élever au-delïus des 
chofes corporelles & fenfibles ; pour 
moi qui les conçois d’une maniéré 
plus noble & plus parfaite que vous* 
j’ai d’eux des idees générales que 

vous 



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de la Phitofophie. *4! 

vous êtes incapables d'avoir. Reftez 
donc dans votre fphére, & ne me 
difputez pas les connoiflances que 
j ai , parce qu’elles font au-deflus de 
vous. C’eftlans doute à la faculté de 
connoître la plus parfaite qu’il faut 
s’en rapporter fur ce fujet j ôc nous 
qui , avec les fens ôc l’imagination , 
pofledons la faculté de raifonner ,* 
nous lui donnerions fïïrement gain 
de caufe en ce procès. Le même tort 
que les fens ôc l’imagination auroient 
avec la raifon , dans la fuppofition 
que je viens de faire , la raifon l’a 
vis-à-vis du fouverain Être , lorf- 
qu’elle penfe qu’il ne voit pas l’ave- 
nir autrement qu’elle. Car tel eft ton 
raifonnement. On ne peut pas pré- 
voir avec certitude ce qui ne doit 
pas néceflàirement arriver^ Il n’y a 
donc point en Dieu de prefcience dès 
événemens futurs j ou s’il y en a , 
elle leur impofe une nécelfité abfo- 
lue. Voilà comme on raifonne. Mais 
fi nous pouvions voir par les lumiè- 
res de l’intelligence infinie , ce que 
nous ne voyons* qu’imparfaitemenç 



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24Z La ConfoUtion 

par celles de la raifon , nous convien- 
drions que cette foible raifon doit le 
céder à l’intelligence fuprême , plus 
encore que les fens & l’imagination 
ne doivent le céder à laraifom 

Élevons-nous donc , s’il eft pofli- 
ble , jufqu’à cette divine lumière , 
nous verrons en elle , ce que nous ne 
trouverons jamais en nous-memes j 
nous y verrons , dis-je, comment les 
événemens futurs, quoiqu’ils doivent 
arriver librement, font pourtant pré- 
vus avec certitude , & que cette pre- 
vifion non-feulement n’eft pas une 
opinion vague & imparfaite , mais 
au contraire , eft une fçience vérita- 
ble , de infiniment parfaite dans fon 
infinie fimplicité. 

Que la nature a pris de plaint a 
Varier les figures des animaux qui vi- 
vent fur la terre ! Les uns rampent 
fur la pOuftiçre , & ne s’y traînent 
qu’ayec peine j les autres , d’une aile 
légère & rapide , fendent, les airs 
parcourent fans peine l’immenfe éren? 
due de la plaine azurée ; d’autres im- 
fïiineiaî iur latecre la trace de leurs 



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delà Philofaphie , x^y 

pas , & ranrôt ils traverfent fesi cam- 
pagnes } tantôt ils s’enfoncent? ckns 
FépaifTeur des bois. Mars toutes ces 
efpéces différentes ont cependant la 
tête également panchée vers la terre. 
L’homme feul porte la tête droite & 
élevée} & s’il veut ufer de fa raifon, 
il verra que puifque fes yeux font 
faits pour contempler le ciel , fon 
ame doit fe détacher de la terre. Ne 
feroit-il pas honteux pour lui que 
fon cœur fut attaché aux chofes d’ici- 
bas , tandis que fon corps , par fa po- 
fture, l’avertit fans cefle de fe porter 
vers celles du ciel ? 

Élevons-nous donc vers le Très- 
Haut } & puifqu’il eft confiant qu’il' 
ne faut pas juger de la maüîere de 
connoître par la nature de l’objec 
connu, mais par celle de la faculté qui 
connoît, confidérons , autant qu’il eft 
permis à des mortels de lefaire , quelle 
eft la perfeétion de la nature divine, 
afin de mieux juger de la nature de fes 
connoiflances. Il ne faut que conful- 
ter la raifon pour avouer que Dieu 
eft éternel. Confidérons donc ce que 

Lij 



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244 £# Çonfolatiort 

c eft quê 1 éternité ; l’idée que n oui 
en concevrons nous conduira à celle 
de la nature 8c des çonnoiflances de 
l’jÊtre éternel. 

L’éternité eft la jouiflance entière 
8c parfaite d’une vie fans commence- 
ment , fans fucceflion & fans fin. 
Cette idée va s’éclaircir en la compa- 
rant avec celle du tems. Pour tout 
ce qui eft temporel , le préfent n’eft 
que le paflage du pafle à l’avenir. 
J^ien de ce qui eft fujet à l’empire du 
tems , ne peut jamais jouir tout à la 
fois de fa vie toute entière. Le jour 
d’hier a cefle d’être pour lui, & le jour 
de demain n’exifte pas encore. Dans 
celui même d’aujourd’hui , vous ne 
jouiflfezpà la fois que d’un inftant rai 
pide 8c paflager. Tout ce qui eft donc 
îiijet à la fucceflion du tems , quand 
même , ainfi qu’Ariftote l’a penfé du 
monde, il n’auroit jamais eu de com- 
mencement , 8c que fa durée dût s *é-» 
tendre autant que celle des tems, à 
parler avec précifion,ne mérite pour* 
tant pas le titre d’éternel, pidlqu’il 
nç réunit pas enfemblç tous les poinfs 



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de la Philofophie . ±45 

de fa vie j & que jouiflaht à peine 
du préfent , il ne jèuit plus du palTé, 
& ne jouit pas encore de l’avenir. 
Ce qui eft véritablement éternel , 
doit jouir tout à la fois de toute la 
plénitude d’une vie fans fin. Rien ne 
dpit être ni paiïë ni futur pour lui. 
Toujours > & tout en lui-même * l’im- 
menfe fucceffion des tems, n’eft rien 
à fon égard. Tout eft toujours pré- 
fent à fes yeux. C’eft donc à tort que, 
de ce que Platon paroît avoir cru que 
le monde a toujours exifté & durera 
toujours , quelques-uns en concluent 
que ce monde créé eft éternel com- 
me fon Créateur. Car il y a bien de la 
différence entre avoir une durée fans 
fin, mais fucceffive , comme le monde 
l’a dans l’opinion de ce grand Philofo- 
phe , & jouir tout à la rois , fàns fuc- 
fcelfion &fans partage d’une vie infini- 
ment parfaite \ ce qui ne peut fe dire 

? [iie de Dieu. Au refte , ne va pas pen- 
er que la préexiftence du Créateut 
aux chofes créées > puiffe fe mefurer 
par la durée du tems \ cette préexi- 
ftence eft une propriété eflentielle de 
L iij 



, v Google 




2.^6 t La Consolation 

la nature divine, avec laquelle le 
tems n’a aucune proportion. Si dans 
fa fucçeflîon infinie , il paroît l’imi- 
ter en quelque choie / il lui eftab- 
folunaent iropofJible de l’égaler. C’ell 
pourquoi ne pouvant jouir , comme 
e ll e , <1 une parfaite immutabilité *il 
dégénéré en un mouvement fucceffif 
& fans fin \ 8c ne pouvant réunir fan 
exiftence en un feul point , il fe par- 
rage 8c s’écoule dans ces espaces îm- 
menfes que forment le pafle 8c l’ave- 
nir. Dans l’impoilibilité où il eft de 
jouir tout à la fois de toute la pléni- 
tude de fon être, il imite xi’4fiat im- 
muable de Dieu , mais feulement 
en ce qu’en quelque forte, il ne ceflfe 
jamais d’exifter , 8c refte préfent au- 
tant que peut le permettre la rapi- 
,dité avec laquelle le moment prélent 
-s’enfui^. Ce moment , tel qu’il eft, 
eft une foible image de cette éter- 
nité tou jours préfente Dieu. Mais 
comme il ce (le d’être auffi-tôt qu’il 
exifte, il fe renouvelle fans celfe; 8c 
U1 î e fucçelïion perpétuelle, forme 
j’infinité des lîéeles. Ainli ce n’eft 



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de la P hilofophie» 2*47 

quen continuant à s’écouler fans fin , 
qu’il acquiert fbn etendue \ étendue 
immenfe , mais qu’il ne peut réunir 
dans un feul point fixe & immuable. 
Si nous voulons donc , a 1 exemple 
de Platon, donner aux chofes des 
noms qui leur conviennent, celui 
d’éternel ne fera donné qu’à Dieu 
feul {a) \ & puifque toute faculté in- 
telligente connoît les chofes félon fa 
natute , &c que celle de Dieu eft de 
jouir tout à la fois de l’éternité toute 
entière , fa lumière infinie indépen- 
dante de la fucceffion des tems , reu* 
nit le paflfé Sc l’avenir , & 'lui fait 
tout voir comme toujours prefent j 
& ainfi te que nous appelions pres- 
cience , eft moins une prévifion de 
l’avenir , qu’une vue limple Sc sâuelle 
de toutes chofes éternellement pré- 
fentes à Dieu. Aufli cette connoif- 
fance n’eft, à proprement parler, que 



(a) Il y a dans le texte : appelions le monde 
perpétuel ; mais ne donnons qu’à Dieu le nom 
d’éternel. Deum quidem aternum mundum veri 
dicamui ejfe ptrpetuum. 

Liv 



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*4$ La C onfolation 
h. divine Providence, qui du haut de 
ion trône , voit toutes chofes tout 
à hi fois , & d’un feul coup d’œil. 

Dis-moi maintenant, mon cher 
bicve , comment pourrois-tu penfer 
que la vue de Dieu néceffite les évé- 
nemens, puifque celle des hommes 
ue les néceflîte pas ? Car tu convien- 
dras que tes regards n’impofent au- 
cune néceflité à ce qui le fait fous 
tes yeux. Or, s’il eft permis de com- 
parer en quelque choie l’homme avec 
Dieu, tout eft éternellement préfent 
a les yeux, comme l’inftant préfent 
1 eft aux tiens. Sa prefcience ne change 
donc en rien ni fa nature ni les pro- 
priétés des choies. Elles lont prefen- 
tés a les yeux telles qu’elles arrive- 
ront .un jour. Infaillible dans les ju- 
gemens 3 d un feul 8c même regard , 
elle voit comme néceflitées celles qui 
doivent arriver néceflairement , & 
comme libres , celles qui arriveront 
librement. Ainfî, quoique du même 
coup d œil , tu voies un homme fe 
promener fur la tersre , & le foleil 
rouler dans les deux , tu fçais très- 



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de la Philofophie • 149 

bien que le mouvement du premier 
eft parfaitement libre , & que celui 
de l’autre ne l’eft pas. La jprefcience 
de Dieu n’altére donc en rien les qua- 
lités des chofes toujours préfentes à 
fon égard, & qui ne font futures qu’eu 
égara à la fuceelïïon des tems. Ce 
h’eft donc pas par une fimple conje- 
cture , mais par une connoiflance cer- 
taine , & fondée fur la vérité même , 
que Dieu voit ce qui arrivera , quoi- 
qu’il fçache qu’il arrivera librement'. 

Si tu m’objeétes maintenant que 
ce que Dieu voit comme futur , ne 
peut pas ne point arriver ; & que cè 
qui ne peut pas ne point arriver*- 
n’eft plus libre , mais nécefïité , je 
t’avouerai ici une vérité très-folide , 
mais qui ne peut être cdhntfe que dô 
ceux qui s’élèvent jufqu’à la cdritenj- 
plation de la Divinité : oui, je le 
dirai , le même avenir peut être re- 
gardé comme nécfeflaire , relative- 
ment à la connoiflance de Dieu , quoi- 
que relativement à fa propre nature 
6c à celle de fon principe , il refte ^ 
toujours véritablement libre. Il y a 
L v 



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4 J o La Confolation 

en effet deux elpéces de néceflîtés ; 
l’une ablolue , l’autre conditionnelle. 
Tous les hommes mourront $ voilà 
une néceflité abfolue.. Cet Homme fe 
promene j car je le vois : voilà une 
nécelïité qui n’eft que conditionnelle. 
Car quoique néceflairement ce que 
je vois exifte , il ne s’enfuit pas qu’il 
exifte néceflairement. Rien en effet 
ne force cet homme à marcher j il le 
fait librement & par la pure volonté, 
cependant dès que je le vois mar- 
cher , il faut néceflairement qu’il 
marche. On peut dire de même, que 
çe que la Providence voit , ne peut 
pas ne point être , quoiqu’il foit 
pourtant libre de la nature & dans 
ion principe. Or Dieu voit. comme 
actuellement prélentes , toutes les 
aétions libres qui doivent fe faire 
dans la luire des tems j elles ibnc 
donc néceflaires conditionnellement, 
& eu égard à la connoiflànce que 
Dieu en a ; mais conlîdérées en elles- 
xnemes , elles n’en lont pas moins 
libres. Ainlî tout ce que Dieu a pré- 
vu , arrivera fans doute j mais tout 



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de la Vhilofophie . %% I 

ce qui' eft l’effet du libre arbitre » 
ne change point de nature au mo- 
ment de fon exiftence. En effet, il ar- 
rivé librement , parce qu’avant que 
d’être , il a pu ne pas arriver. 

Mais qu’importe , diras-tu , que 
nos aâions ne foient pas neceflitees 
en un fens, fi elles le font dans , un 
autre , par la connoiflance antécé- 
dente que Dieu en a ? 11 n’eft pas 
difficile de répondre à ta difficulté. 
Rappelles-toi ce que je t’ai dit du 
mouvement du foleil qui parcourt 
les cieux , 8c de celui de l’homme 
qui marche fur la terre-, l’un & 
l’autre , dès qu’ils exiftent , ne 
peuvent pas ne point etre } 1 un 
cependant n’étoit pas libre avant 
fon exiftence , & l’autre l’étoit. 
De même les chofes qui font pré- 
fentes aux yeux , exiftent certaine- 
ment j mais les unes font une fuite 
néceffidte des loix de la nature , 8c 
les autres dépendent entièrement de 
la volonté de leurs agens. Ce n eft 
<lonc pas fans raifon que j’ai dit que 
« qui , conûdéré relativement à la 
Lvj 



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1 5 2 « La Confolation 

connoiflance de Dieu , peut être re- 
gardé comme nécefTaire, eft pourtant 
véritablement libre, fi on leconfidére 
ta lui-même. De même que tout 
ce qui eft du reffort des fens , eft 
nniverfel & fingulier tout enfemblej 
fingulier confidéré en lui-même , 8c 
nniverfel quami la rai ion le confidéré 
fous une idée générale, & par abftra* 
ffcion à tout fujetr 

Mais y ajouteras-tu , fi je peur, a 
mon gré , faire ou ne pas- faire ce que 
Dieu a prévu , 8c que je vienne à 
changer de defiein , je tromperai fa 
jprefcience , qui a prévu ce que' je ne 
ferai pourtant pas. Je réponds à cela, 

3 u’il eft vrai que ru peux changer de 
eflein f d ton gré y mais tu ne trom- 
peras pâs plus pour ceb cette Provi- 
dence adorable , qui f^kit que tu peux 
changer , 8c qui fçair en même-rems 
f\ tu le feras, ou non ; que tujpeux 
tromper ceux qui te voient, lorfque , 
fous leurs yeux , tu exerces ta liberté 
au gré de ton caprice. 

Quoi ! me diras-tu encore , lescon- 
noifiànces de Dieu changèrent tyw 



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de la Philo fophie . 253 

àu gré de mon inconftance ; & puis- 
que je peux vouloir une chofe , & 
le moment d’après en vouloir une 
autre, laconnoiflance que Dieu a de 
moi éprouvera donc là même varia- 
tion ? Non , fans doute, mon cher 
Élève! L’œil de Dieu voit l’avenir 
tout entier , comme toujours pré- 
sent. Ses connoiffimces ne varient 
point comme toi , en faififiant tantôt 
un objet , tantôt l’autre. Mais telle 
eft la propriété eflentielle de fa na- 
ture infiniment fini pie, qu’éternelle- 
ment invariable , il voit d’un feul 
regard , tous les chaneemens de ta 
volonté. Tit peux par-là réfoudre la 
difficulté que tu faifois il y a un 
moment , en difant qu’il paroifîbk 
indigne de Dieu qùe fa fcience tint 
en quelque chofe de nos aétions fo* 
turés. Elles n’en dépend en rien j & 
telle eft fa perfeéfcion fbuveraine , 
qu’embratfant tout par une contfoif- 
fance toujours aékuelle & infiniment 
fimple, elle donne l’ordre à tout , de 
ne le reçoit de riem 

De tout ceci, concluons que l’hom- 
me jouit d une pleine liberté j qu’en 



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*Î4 La C onfolation , &c# 

confluence les loix font juftes dans 
les recompenfes quelles propofent 
aux bonnes aétions , ÔC dans les châ- 
timens qu’elles décernent aux mait* 
vailès. Dieu, dont la prefcience éter- 
nelle, voit toutes nos aétions comme 
tou/ours préfentes , les juge de toute 
éternité , & prépare dès-lors une ré- 
compense infime aux bons, 3c des 
Supplices terribles aux méchans. Ce 
n eft donc point en vain que nous 
mettons notre elpérance en lui, & 

? ue nous lui adreftons nos vœux. 

ils partent dun cœur jufte & droit, 
ils ne feront point rejettés. O hom- 
mes ! fuyez donc le vice \ pratiquez 
la vertu. Qu'une jufte confiance vous 
anime , , 3c . que l'humilité de votre 
la fafle monter vers le trône 
de 1 Éternel. Si vous ne vous faites 
point illulîon à vous-mêmes, vous de- 
vez fçayoir avec quelle ardeur vous 
etes obligés de vous porter au bien , 
çuifque vous ne pouvez rien faire qui 
échappé aux regards d'un Dieu fou- 
veramement jufte , & qui voit tout. 

Fin du cinquième & dernier Livre. 



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TABLE DES MATIERES. 



A 



Adversité , d’autant plus accablante, qu’elle 
fuccéde à une plus grande profpérité ,/>. $% 
Plus avantageufe aux hommes que la prol- 
périté, 

AGAMEMKON,fes travaux, Tes malheurs, m 



Albin , protégé par Poece , *7, 

Amalasonte. Honneur qu’elle rend à la 
mémoire de Boecë. Vie de Boèce , xxxy 

Ame. Son immortalité, . $9 & 80 

Son activité, , . 

La vertu eft le principe de la fanté j le vice, 
celui de fes maladies , *99 

Ame du monde , 1 20 & fuiv« 

Ames punies & récompenfées après la mort , 
r t8o 



Amis. On ne recomioît fes vrais amis que 

dans l’adverfité , 8 5 

Amour. Principe de l’ordre & de l’union qui 
régné dans l’univers , 84 & 106 

11 ramene les âmes à leur premier principe, 
H2 , & note 12? 

Awcius , le premier des Patriciens qui ait 
«mbraffé la Religion Chrétienne., Vie de 
Boëce, , 



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*%6 TABLE 

Àniciüs Probus, trifaïeul de Bocce, homme 
très-illuftre, xüj 

Anîonïn fait tuer Papiuien , 104 

Aristote explique ce que c’eft que le ha- 
zard, lï6 

t> , . B 

Bazile, mjufte accufateur de Boëce , t8 
Béatitude. Sa définition, 88 

La vraie béatitude ne confiée point dans les 
richeffes, 

Ni dans les dignités, ÿ 8 & fuiv. 

Ni dans la gloire , 10^ 

Ni dans les voluptés, 108 

Elle ne fe peut trouver qu’en Dieu , 13 1 & fuiv. 

Bibliothèque de Boece , 3 <> 

Bien. Il ne peut y avoir deux louverains 

* 3 * 
130 

i 13 9 

XŸj 
xix 
ixiv 
xxv 
xxxij 
xxxiij 
ixxvj & fuiv. 



biens , 

Quel eft le fouverain bien ? 

Il confiée dans lunne parfaite 
Boece* Ses Çonfulats, 

Ses ouvrages, 

Minières de Théodoric* 

Perfécuté, 

Sa prifon , 

Sa mort , 

Son tombeau, xxxvj K. îuiv. 

Son éioge par le Pape Silveftre feCond, xxxvifj 

Par leP.CaufBn, * dii 

Par Scaligef, • 

Par l’Abbé Fleuri , *ij v 

Êar M. Macquer, 



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DES MATIERES. ïffl 

Traductions de Boëce , ^ v# 

Boëcê fe plaint amèrement de ion fort, i 
r & fuiv. 

N’a jamais accepté aucunes charges que pour 
l’avantage des gens de bien, , i& 9 7% 
Avantages dont la fortune l’a comble , 4 ® 

Il eil perfuadé de l’immortalité de l’ame, 52, 

Buziris puni de fa cruauté, 7* 

C 

Campanie. Boece empêçhe que cette Pro^ 

vince ne foit ruinée p?tf un monopole, 17 
Gêlëstin V , Pape , •' 

Cérisier (de ) Sa critique , xlix & foiv. 
Ciel. Le ciel eft notre vraie patrie, 1 60 
Circé change les compagnons dUliffes en 
bêtes, 

Conigaste. Ses ufurpations réprimées par 
Boëce, 

Conservation. Tout tend a la confer^ation 
de fon être, i 3 5>&fuiv. 

Courage. Exemple d’un grand courage, m 
Crésus. Quel fut fon fort. 45 

Cypribn. Délateur infâme, confondu par 
Boëce, 17 

Destin. Sa définition, *9* 

Sa conduite, ^ 3 &fuiv. 

Dieu. Comment il a créé le monde, 1 x 9 
* , fie fuir. 



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M8 TABLE 

Souverainement bon , 13$ 

Il gouverne tout par û bonté , 148, ifi 

-Il Voit tOUt, 210, 2ff 

Il exifte dune maniéré bien différente des 
créatures, a47 

Dignités , fimeftes entre les mains des me- 
chans, 70,7f 

Xyc lont pas un vrai bien , 7 3 > 99 & fiiiv. 

E 

Elpis , première femme de Boëce , xvj 

Épicure croit que la volupté eft le fouverain 
bien, 

Éternel. Dieu feul eft , & peut fèul être vé- 
ritablement éternel , 147 

Éternité. Sa définition , 244 

F 

F ALTONiA. Son tombeau , xiv 

Fortune. Injuftice de la fortune envers Boe- 

Sa conduite, 40 

Sa juftification, 4^ 

Elle ne peut rendre l’homme heureux, *7,74 
Félicité. La connoifïànce de la fauflè béa-* 

. tirade , conduit a la véritable , 87 & fuiv. 

Idée de la vraie félicité ; 1 1 7 

Fin. La fin de toutes chofès, eft le fouverain 
blen > ’ 144 

G 

Gauoence, accufateur de Boëce; .1 9 



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DES MATIERES. ïf* 

GerBERT, Archevêque de Reims, & enfmte 

Pape , célèbre les louanges de Boece , xrxvu) 
Gloire. Elle eft lapaffion des grandes âmes.. 



Elle ne peut rendre l’homme heureux, îoé. 

Elle eft concentrée ici-bas dans des bornes 
bien étroites, „ 76,8 



110 



Hazard. Ce que c’eft, ^ f 

Hercules. Ses travaux, fon apothéofe, ^ 



Homme. Sa définition , 3 S & *3 * 

Eft le iouet de la fortune, ' . A 

Neft malheureux que quand il croit etre , J * 

Ceffe g d&e homme quand il s’adonneju 

L’homme fage eft incapable de haine , 18 J 

« a funériorité fur les animaux, *y 

Tous les hommes tendent naturellement a la 

béatitude, " , . -x 

Ils connoiffent tout .hors ce qui les conduit a 
la vraie béatitude, 

Us participent a la Divinité , 3 3 



Imeereectioh. L’imperfeftion fuppofe là 
perfection , 118 

lu jure* Celui qui fait une injure, eft plus 
malheureux que celui qui la reçoit , 183 

Injustice de&honuùes envers la fortune , 4* 



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A?0 



table 



Intelligence. C’elt la fùprême Intelligence 
qui conduit l’univers i / j.g 

Intelligence. Safupériôrité fur les fens * ima- 
gination , & la raifon même , x 4 o 

Jupiter. Dans le veftibulede (on palais, (ont 
deux tonneaux, dont l’un contient les biens, 
& l’autre les maux de la vie, 45 

L 

Lettres fappofées pour perdre JBoëce , 20 

Liberté. Elle eft l’appanage de toute créa- 
ture raifonnable , al g 

Accord de la liberté avec la prefcience de 
Dieu , 221 &fuiv. 

.Pourquoi l’homme comprend-il fi difficile- 
ment cet accord? 218, 233 ' 

Luitprand , Roi des Lombards ,fàit décorer 
le tombeau de Boece, . xxxvj 

M 

Manlius Torquatus. Sa févérité , x 

Sa vi&oire, .. 

Méchanceté. Elle fait le fiipplice des mé- 
chants, ï?x 

Méchants. On doit plus les mépriièr que les 
craindre, V IZ 

Enhardis par l’impunité, 

fis font là foibtefle même, i*8, 160 &fuir. 

Usl ? n iZ lus "heureux quand leurs deffeins 
réuffiffent, i 7 *&fuiv. 

Leur châtiment eft un bonheur pour eux. 

Os ne font jamais d’accord enftmble, *o 4 



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DES MATIERES. 16 1 



Mort. La mort eft defirable aux malheu- 
reux, \ 

La nature la fuit , lors même que la volonté 



ladefire, x 4$ 

Muses fenfibles aux malheurs de Boëce, i* 

N 

Nature. La nature fe contente de peu, $8 
Sa puiflânee , 95 

j$es foins, *4* 

Nécessité abfolue & conditionnelle , i* o 
Néron. Ses attentats. 

Contrafte de fa conduite avec la dignité fuprê* 
me dont il eft revêtu, iQ* 

Comme jl traita Sénéque , 104 

O 

Opilïon , injufte accufateur de Boëce , 1 * 

Orphée. Sa defccnte aux enfers , 5 



Othon DI, Empereur , fait élever un tombeau 
à Boëce, xxxviij 



Parménides. Belle penfée dè Parménidçs , 

152. 



Passions. Elles offufquent les lumières 4e la 
raifon, 37 

Patrice & Hipp ace , fils de Boëce , xxi j 

Paul Émile attendri fur le fort de Perfée fou 
çaptif, 4f 

Paulin, Çonfulaire délivré par Boeçe, des 
alternats dç fes ennemis , 



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i6z TABLE 



Philosophe. Faux Philofophe,’ 80 

Philosophie. Defcription allégorique de la 
Philofophie, • 3&fuiv. 

Platon enfeigne la réminifcence, 14 6 

Fenlée de Platon , 1 f 2 

Opinion de Platon fur la durée du monde , 

* 4 * 

Poliphéme , puni par Uliflês , 2 1 2 

Prescience drBi*u.42üc ne Lleflè point la 
liberté de l'homme , 24i&fuiv. 

Vraie idée de la prefcience , 247 

Providence, 34 

Vraie idée de la Providence, 1^3 

Ptolémée , Aftronôme & Géographe , 7 6 

R 



Raison. Sa (ùpérioricé fur les fens & 1 ima- 
gination, 240 

ÏIegnier , Traducteur de Boece , Ixij & fuiv* 

Rhétorique, n’eft mile que quand elle eft 
dirigée par la Philofophie , ^ 

Réminiscence, 

Richesses. Leur nature, 61 

Incapables de rendre l’homme heureux, $6 y 

$ & 

Souvent funeftes , 68 Sc fuiv. 



Rois , moins dignes d’envie qu’on ne le penfe, 

iéo 

Rusticiennb, fille de Symmaque, fécondé 
femme de Boece, jvîj 



%r 



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DES MATIERES. 



S 

Sage. Le fage fçait également bien ufer de la 
bonne & de la mauvaife fortune, * io 

Sagesse. Sa conduite , 

Perfécatée par les médians , i* 

Sénateurs. Leur ingratitude envers Boëce, 

1 9 

Sénéque. Comment il fut traité par Néron, 

104 



Socrate , vainqueur de l’injuftice & de la 
mort , 1 1 

Surprise, étonnement . L’ignorance en eft le 
principe^ - *. •«-•y * 



Tems. Chaque chofe a fon tefns , ? 1 

Théodoric , Roi d’Italie , & fuiv. 

Perfêcute Boëce , xxxj&fwv. 

Sa mort, xxxv 

Triguilla. Boëce s’oppofe à fes criminelles 
entreprifes , 

Acculàteur de Boëce , xxv 

Tristesse. Elle fait vieillir l’homme avant le 
tems , 1 

Elle le rend incapable de tout, 7, 

V 

VÉB ité. Les pallions font un grand obftade 
à 1a vérité , 32 



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»*4 TABLE DES MATIERES. 

Vertu. Elle n’eft jamais fans récompenfe , 

170 

Tout lui eû avantageux , 20S 

Vice. Le vice rend l’homme malheureux; 

^ i7^&fuiv. 

Ujlisses dans l'antre de Poliphême , ziz 

Unité. Tout tend à l’unité, 144 

Fin de U TaMedesA£uicrcs> 



Y&UDILTOti 

HtiMktanwitoiiii 



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